I II
du mariage avait attirée de tous les envirous, que le cortège entra dans la grande cour du palais des Thermes, et delà dans la chapelle où Tatten* dait le clergés A son arritée , les moines entonnèrent un Gloria Patrie pendant lequel Tévêque, le comte et le futur époux allèrent prendre les places qui leur étaient destinées, au milieu du chœur. Le comte Eudes fit ensuite approcher les hérauts, et leur donna l'ordre d'aller chercher sa sœur Adelinde , et de l'avertir qu'elle était attendue pour la cérémonie.
lies hérauts sortirent aussitôt de la chapelle. Arrivés près des hâtiments destinés à l'habitation des femmes, ils furent étonné$ du silence qui régnait dans cette partie du palais. Les deux sei>tinelles , postées à la porte , leur assurèrent que personne n'était sorti du gynécée *. Ils franchissent le vestU[>ule, ils entrent dans les premières saUe^ , qu'ils trouvent silencieuses et désertes; ils appellent , personne ne r^éppud* Ne sachant plus quel parti prendre,» un d'eux $e décide à aller prévenir le comte de l'impossilÂUté où ils sont de remplir la mission qui leu? a été con^ fiée.
Dans la chapelle où , déjà , l'on commençait à trouver que la future mettait peu d'empresse-
* VoycE la not« XIV.
i.t II
raent à se rendre à Tautel , on n'est pas peu surpris devoir un héraut traverser, seul et rapidement, la nef, monter les degrés du sanctuaire , et parler bas au comte Eudes. L'évéque Gozlin et le futur s'approchent du comte, qui paraît leur communiquer quelque nouvelle importante.
Après trois minutes d'hésitation , on voit le comte Eudes, Grimoavd et Févéque suivre tous les trois le héraut , et quitter la chapelle. Le comte était d'une pâleur mortelle, les deux autres paraissaient surpris , indignés.
Bientôt un bruit sourd se répand dans toute l'assemblée; on se dit à l'oreille : « lia future a disparu ; on ne trouve point la mariée. » Chacun veut s'assurer de la nouvelle , tous défilent l'un après l'autre, et les moines les premiers. La grande cour est remplie d*une foule de personnes de toutes les classes , hommes^ femmes, •moines , soldats , «qui s'interrogent , se répondent avec action , dont les uns rient , dont les autres froncent le sourcil et paraissent indignés. Tout le monde voudrait pénétrer dans le gynécée du palais; mais les gardes s'y opposent et ne laissent passer par respect pour leur habit que les moines, que les clercs.
Cependant, le comte avait déjà parcouru Tapparlement de sa sœur , et il l'avait appelée en vain. Dans la chambre qui précédait celle où
l'iîxorcismf. 57
couchait Adelinde, il avait trouvé, comme on les avait laissés la veille , la robe, le manteau magnifique de la future, étalés sur des sièges, même le bandeau précieux ^ qui devait ceindre le front de la mariée.
«Mais, observa l'évéque GozIin,si Adelinde s'est enfuie , aurait-elle emmené ses femmes avec elle? je n'en vois paraître aucune. »
En cet instant le comte se ressouvient que la chaoibre de Barbara communique avec celle de sa maîtresse, il en reconnaît la porte , et y frappe à coups redoublés.
« — Est-ce vous, ma chère maîtresse ? répond de l'intérieur Barbara ; il me semble que , dans un pareil jour, vous auriez dû m'avertirbien plus tôt.
— Ouvre! dit le comte d'une voix de tonnerre.
— Eh ! comment le pourrais -je ? je suis enfermée. »
A ces mots, le comte prend son élan, et d'un coup de pied enfonce la faible porte de la cham^ bre de Barbara.
En voyant la foule qui remplit le gynécée, Barbara reste interdite et troublée ; à toutes les questions que lui adressent le comte et Grimoard elle répond qu'elle ne sait rien de tout ce qui a pu arriver pendant la nuit ; que sa maîtresse est allée se coucher tranquillement la veille, après lui avoir ordonné d'enfermer , suivant l'usage , ses femmes
58 CUA.P1TRE IV.
l daus leur salle commune. Elle se garda bien
d'avouer qu'elle l'avait laissée seule avec un étranger qu'elle-même avait introduit; elle au-* rait été trop coupable , et sa vie même eût été
^ en danger.
« — Quoi ! les autres femmes sont aussi enfermées ? dit le comte.
— Voilà la clef de leur chambre^ répond Barbara. »
*^ Le comte Eudes la prend brusquement^ et
la remettant à un domestique, il ordonne qu'on les fasse toutes venir.
Elles arrivent bientôt, en témoignant aussi leur étonnement de ce qu'on les appelait si tard à la cérémonie. Mais, du moins, elles n'avaient pas perdu leur temps : toutes , présumant que leur maîtresse aurait voulu avoir ce jour-là des femmes plus expertes pour présider à sa toilette, et qu'elle n^avait pas besoin d'elles^ s'étaient occupées de letir parure. Elles étaient vêtues de robes blanches du tissu le plus fin; leurs ceintures , couleur de feu et brodées en or , contras-
'.^ taient avec la blancheur de leur vêtement; une
couronne de rosés blanches ornait leurs che-
^ veux , qui tombaient en boucles sur leurs épau-
les demi-nues. Elles ressemblaient à ces prêtresses du paganisme , qu'on voyait partout* dans les
ti,i .H
L£XORClSM£. Sq
Gaules avant l'établissement de notre sainte re<^ ligfon.
En vaiii Eudes les interroge : elles ont dormi la nuit entière profondément, n'ont rien vu, rien entendu. Sur les traits altérés du comte on voyait se peindre , tour à tour, la honte, la colère.
«Ne serait-ce point, se disait-il en lui-même, le comte d'Évreux qui l'aurait enlevée ? ce comte à qui je l'avais si justement refusée, parce qu'il avait laissé les Normands s'établir dans une partie de ses domaines! Oh ! s'il en était ainsi,
comme j'irais , à la tête de mes braves, ravager ses propriétés ! Je tuerais , j'égorgerais tous ses serfs, hommes, femmes, enfants; je brûlerais ses villes , ses châteaux , ses métairies. » Et ses yeux étincelaient de rage. Tout à coup , se tournant vers Barbara :
« Dans la chambre de ta msu tresse, n'y auraitil pas .quelque secrète issue ? y>
Barbara croit se rappeler ({lie, sous une ta^ pisserie, est une petite porte que sa maîtresse n'avait jamais ouverte, à ce qu'elle croyait, et par laquelle on devait probablement descendre dans le jardin. Cet aveu est comme un trait de lumière pour Eudes. Il veut vérifier si cette porte a été récemment ouverte^ et rentre précipitam*ment dans la chambre d'Âdelinde , où le suivent
l'évêque, Grimoard et toute la foule qui remplissait l'antichambre. Pendant que le comte Eudes tâtait toutes les tapisseries de la chambre, ^ pour tâcher de découvrir la porte secrète, un
moiue s'écrie qu'il croit voir remuer quelque
' \ ; chose dans le lit d'Adelinde^ placé tout au fond
de la chambre. Tous les yeiîx se portent aussitôt
• sur le lit , et l'on entend dire de toutes parts :
• a Oui ! c'est très-sûr , il y a quelqu'un dans le
lit!»
A ces mots , Eudes , qui lui-même avait jeté la vue de ce côté , se précipite vers le lit , soulève brusquement une couvertiire, et recule d'effroi. Une figure horrible , noire , ayant à peine des traits humains , mais dont la tête est couverte d'une magnifique coiffe de nuit, se lève sur son séant, au milieu du lit; et bientôt le monstre saute à terre. La foule épouvantée jette un cri de terreur , et se précipite vers la porte pour sortir ; tous les moines font des signes de croix; l'abbé Ebles, au contraire, veut se saisir de l'épée de Grimoard , qui était resté stupéfait, immobile.
En ce moment , un moine ( c'était Abbon ) sort de laibule, demande, d'un signe de main, ' qu'on fasse silence , prie le comte Eudes de^lui permettre de parler , promettant qu'il va expliquer tout ce mystère. A ces mots, on se tait,
l'exorcisme. 6i
on se presse en cercle autour de lui , non sans regarder de côté le monstre affublé d'une coiffe, qui va tranquillement s accroupir sur un siège, et parait aussi attentif que le reste de l'assemblée au discours d'Abbon.
ff Nobles seigneurs , dit le moine , et - vous , très-sàint évêque de notre cité, vous saurez que, cette nuit , je travaillais avec ardeur à l'épithalame que voici ( et il montra ses tablettes ). Vers le milieu de la nuit , un sommeil invincible s'est emparé de 4:ous mes sens; ma tête ;s'est involontairement penchée sur le dos du siège où j'étais assis; ma main est restée immobile au troisième pied -du vers que je traçais. Dans ition sommeil , je me suis cru transporté dans urie chambre magnifique^ presque semblable en tout à celle où nous sommes en ce moment. Sur un lit de repos était couchée une jeune fille vêtue (l'une simple tunique blanche y et dont le sein et les bras étaient couverts d'un voile. On eût dit que Morphée avait versé tous ses pavots sur les yeux de la dormeuse; que...» (Eudes, à cette comparaison , fronça le sourcil , et le moine s'aperçût que le comte n'était pas très-sensible aux beautés de la poésie : il n'acheva pas sa phra« se. ) «Une porte s'ouvre, d'où je vois -sortir un guerrier farouche, à barbe épaisse, suivi d'un de ces êtres qui tiennent le milieu entre l'homme
6a CHAPJTHE IV.
et la béte^ et que les païens nommaient sàtjr-
res^ lesquels, comme vous savez ^ avaient une
queue au bas du dos , et des cornes à la tête.
: ' C'est ainsi que nous autres chrétiens nous re-
*^ présentons le diable ; et cest btîen là sa vraie
forme, comme l'assurent tous ceux qui Font vu. Le diable de mon songe était sans doute celui de la luxure , car il semblait inviter du geste et de la voix le guerider à ravift à la jeune fiile ce qu'elle avait de plus précieux ; il soulevait ie ^ , voile qui couvrait le sein de la dormeuse , et
montrait au guerrier des appas teb que nous en voyons à nos vierges dans les tableaux qui décorent les églises chrétiennes. Mais, ô prodige! au moment où le guerrier , par les insinuations de l'esprit immonde, allait se jeter stu* sa proie, comme le milan sur une colombe, le plafond de la chambre s'est ouvert, et j'en ai vu descendre, au milieu d'un nuage, un ange parfai- / ' tement beau , armé d'iine lance d'où semblaient
jaillir* des éclairs: c^était sans doute l'archange saint Michel. Ce héros béleste donnait la main à une femme d'une haute stature, qui n'avait d'au^ tre vêtement que cehii que les poètes donnent à la Vérité j c'est-à-dire qu'elle était entièrement nue. L'ange s'est précipité vers le lit, et, d'un coup de lance, il a percé le guerrier à l'instant même où il serrait déjà dans ses bras la jeune
•••1 li-
l'exorcisme. 63
dormeuse. Le guerrier roule mort dans la ruelle. Mais le satyre, ou plutôt le malin esprit sous les traits du satyre, s'est apprêté à venger la mort du guerrier , il a voulu saisir l'ange avec ses griffes ; il en est résulté un terrible combat. Je voyais avec étomiement que l'épée de l'ange traversait souvent le corps du diable ; mais ses blessures se guérissaient aussitôt. Vous savez, illustres auditeurs , que les anges peuvent bien empêcher les diables de faire tout le mal qu'ils projettent, mais ne peuvent leur ôter l'immortalité dont ils jouissent par un malheureux privilège. La femme nue ( et c'est sans nul doute une sainte ) , pendant le combat de l'ange avec le diable, s'est approchée de la jeune fille, qui, s'étant éveillée au bruit des combattants, témoignait la plus vive frayeur; elle lui a dit d'une voix ferme : a Ne crains rien; tu as eu confiance « dans mes reliques , qui , même en ce moment, « sont près de toi ; tu en seras récompensée. a Monte avec moi au ciel ; viens jouir avec moi a des plus doux plaisirs. » Et, en même temps, de concert avec l'ange, la sainte l'a soulevée de son lij. Le diable , en rugissant , a voulu leur ravir cette belle proie ; mais la sainte a fait trois signes de croix, et le monstre est' resté immobile. Alors , l'ange lui a dit : <c De la part du « Très-Haut , je le condamne à garder, trois jours
Rf
<c au moins , cette figure sous laquelle tu t'es
« transformé , afin que tu sois un témoignage
« de la puissance de Dieu et de ses saints sur les
[\ a malins esprits qui tentent de séduire les bom*
ii a mes. » Le nuage qui avait apporté 1 auge et
: ! la sainte est alors descendu près d'eux , a enve-
''H lopp^ le lit, et j'ai vu, comme au travers d'une
' *| vapeur, l'ange et la sainte tenant, entre leurs
bras, la jeune fille, s'élever dans l'air; et le pla-
> fond s'est refermé sur eux,
a II me semble, ô chrétiens qui m'entendez,
iT que je suis très-fondé à croire que la chaste et
belle Adelinde jouit, en ce moment , dans le paradis , de tous les plaisirs célestes ; qu'une sainte, quelle priait de préférence à toutes les autres, l'a sauvée des séductions de ce siècle pervers ; et que le monstre que voilà, et qui nous ^ écoute , n'est autre que l'esprit malin qui s'était
promis la perte d'une âme si pure et si vertueuse.»
A peine Abbon eut-il fini de parler, que le plus ^rand nombre cria :
a Miracle! oui, Adelinde est une sainte; priez pour nous , sainte Adelinde !» ,
Le comte Eudes ne criait pas; il paraissait absorbé daus ses pensées. 41 tenait toujours à cette idée, que sa sœur avait été séduite, enlevée par le comte d'Évreux ; mais il n'était pas
l'exorcisme. 65
fâché que le peuple eût une autre opinion ; qu'il crût qu'elle était montée au cieL
Quant à Barbara , elle était loin , aussi elle , de crier au miracle avec les autres : elle avait parfaitement reconnu le singe des pèlerins introduits par elle, et par elle seule ^ dans le château; elle avait même deviné qu'après la fuite de sa maîtresse , le singe , qu'elle avait laissé dans une petite loge sur le jardin, trouvant ouvertes ces secrètes issues, s'était introduit jusque dans la chambre d'Adelinde, et qu'effrayé par le bruit affreux qui s'était fait dan^ la maison, il était allé se cacher, dans le lit, sous les couvertures. Mais le moyen de faire au terrible comte de semblables révélations! le supplice de la croix eût paru trop doux pour la punir de son imprudence.
La voix de l'évéque Gozlin la tira de sa rêverie :
« — Avez-vous connaissance , lui disait-il , que votre maîtresse eût une dévotion particulière pour quelque* sainte ?
— Sans doute, répondit-elle; jamais telle ne se couchait sans adresser de ferventes prières à
sainte » £n ce moment, elle aperçut, sur une
table, le reliquaire que lui avait confié Nitard, et le montrant à l'évéque : «f Tenez , reprit-elle ,
fr voilà les reliques» de ki sainte que ma maîtresse
préférait à toute autre. »
L'évéque s'approche aussitôt de la tabJe , ouvre avec respect le reliquaire , en tire un vieux lambeau d'éto£fe de laine, devant lequel se prosternent tous les assistants , même ceux qui , d'abord y avaient paru les plus incrédules. L'évéque y prend ensuite un rouleau de parchemin jauni par le temps, d'où pendaient des sceaux en cire rouge. Il déroule le parchemin , fixe long-temps les yeux dessus , et dit :
«c Je vois là une écriture dont tes caractères me «ont absolument inconnus. »
Mais Abbon s'était approché de l'évêque, et avait cru reconnaître des caractères grecs. C'était le seul moine de son monastère qui sût , et très-imparfaitement encore, expliquer cette langue. Il prend le rouleau des mains de l'évéque, et après quelques minutes d'hésitation , il déclare que cet écrit est un certificat authentique , portant que ce morceau de laine est vraiment la dernière jupe qu'ait portée sainte Marie l'Égyptienne ; qu'elle la laissa au saint prêtre Zozitne , lorsqu'elle se décida à aller vivre toute nue dans un désert ; que Zozime la déposa dans une église de ûonstantinople , comme l'atteste le patriarche des Grecs, dont on voit au bas du certificat la signature et le sceau.
l'exorcisme. ' 67
« Vous n'en pouvez plus douter, mes frères, s'écria alors Abbon : cette sainte , qui jm'est apparue dans mon songe, était vraiment sainte Marie l'Égyptienne; elle a voulu se moQtrer à moi telle qu'elle a vécu dans le désert, et telle qu'elle est entrée dans Le séjour céleste. Quelle faveur ! et quie je m'en croyais peu digne ! 9 £t de gfosses larmes tombèrent de ses yeux, inondèrent son visage. L'attendrissement gagna tous les cœurs; on n'entendait de toutjss parts que des soupirs et des sanglots. L'évéque, alors, dér cida d'une voix émue que la sainte relique sciraijt portée en pompe dans l'église de Saint-<îertnaiu, et que, plus tard, on construirait, pour ly placer avec honneur, une chapelle partie culière.
Quant au singe , que l'on prenait pour Tesprit malin, il fut décidé que Ton prononcerait $ur luî les prières de l'exorcisme; et le prélat ordonne aussitôt k des gardes de le saisir. On n'y pai'vint pas sans peine ; car lanimal, leste et rusé, saytait des chaises sur le lit , du lit sur quelque table. Enfin , un moine imagina de lui présenter le reliquaire. Aussitôt l'animal , qui était depuis long-temps habitué k se prosterner devant cçttie relique, se couche ventre contre terre, 3ttitude que Nitard lui faisait toujours prendre lorsqu'il montrait sa relique. 11 fut dès lors facile de s'en
emparer et de le lier fortement par les bras et les jambes. Les spectateurs reconnurent tous la puissance de sainte Marie, et, pleins d'admira* tion , crièrent de noyveau au miracle.
L'abbé Ebles fit signe à ses- moines de se ranger sur deux lignes ; lui-même , portant le saint reliquaire, descendit le gynécée, et alla se placer itous le dais. L'évéque et les deux comtps se -rangèrent derrière Tabbé. Le singe, toujours lié , avait été couché sur un brancard,- que portaient quatre archers robustes à la suite de la procession. Une foule innombrable l'escortait : les moines chantaient des litanies, et TabbéEbles ayant jugé à propos d'y introduire le nom de sainte Marie l'Égyptienne, toutes les fois que le clergé entonnait ces mots ; Sancta Maria yEgyptiacay le peuple répondait : Ora pro nobis; et, chaque fois, avec un redoublement de ferveur.
Dès que la procession et le peuple furent entrés dans l'église de Saint-Germain , on procéda à l'exorcisme. Ou récita beaucoup de prières , on fit de nombreux signes de croix sur le singe étendu sur le brancard au milieu de la nef; m^is en vain l'officiant criait -il de toutes ses forces : Fade , Salaria , le malin esprit ne sortait point du corps du singe; et, au contraire, lorsqu'on s'approchait de lui, il montrait les dents
L£XOKGISM£. 6(J
et faisait d'effroyables grimaces. Un des moines, malin et satirique, ayant osé s'approcher de trèsprès du singe, prétendit qu'il l'avait entendu vomir des imprécations contre les plus saints personnages de l'abbaye ; qu'il avait appelé l'é* véque Gozlin, un hypocrite et un débauché; le moine Abbon , un fou livré à toutes les superstitions ; l'abbé Ebles , un ambitieux dont bientôt il s'emparerait. Sur cela , l'évêque et l'abbé déclarèrent que le. démon qui occupait le corps du monstre était un de ces démons opiniâtres qu'on ne parvient à faire déguerpir des corps qu'ils possèdent, qu'après avoir obtenu, par des prié' res multipliées et de longues pénitences, l'in* tervention du ciel et le pardon des péchés du peuple. L'évêque Gozlin ordonna donc de porter l'animal, possédé du diable, dans la chapelle particulière qu'il avait dans le palais du comte. a C'est là , s'écria-t-il , que j'irai , chaque jour , prier avec ferveur sur ce pauvre animal qui souffre des douleurs inouïes de l'hôte incommode qu'il recèle dans ses entrailles. Oui , mes frères, je prierai sans cesse; je jeûnerai, s'il le faut , trois fois la semaine , pour obtenir de Dieu le Père la même faveur qu'il avait accordée à son adorable Fils qui , comme vous savez , chas-^ sait sans peine lés diables de toute espèce ; qui força un troupeau entier de porcs, possédés par
le» plus infâmes habitants de Fenfer, d'aller se noyer eux-* mêmes dans les eaux d'an fleuve.
J'espère donc, ô vous fidèles qui m'écoutez, que cet animal , aujourd'hui si farouche, je pourrai, dans quelques mois, le présenter à vos yeux, aussi souple, aussi doux que les animaux de son espèce qui tous les jours vous amusent, dans nos villes , par leurs spirituels tours et leur adresse. »
On emporta le singe dans le palais de Goztin.
Pendant que tout ceci se passait . les palefreniers du palais des Thermes avaient amené à l'abbé Ebles , en le priant de l'exorciser, car ils ne doutaient point que ce fût un démon, un âne qu'ils avaient trouvé dans les écuries , sans que personne pût dire comment il s'y était introduit; mais l'abbé Ebles ne jugea pas à propos d'entreprendre ce nouvel exorcisme ; il ordonna que l'âne serait conduit au naoulin de l'abbaye, et employé aux plus rudes travaux.
On procéda ensuite à l'installation du reliquaire dans Féglise. Après des chants de joie et d'adoration, ou plaça la jupe de sainte Marie tout près du fémur de saint Germain. Dès le jour même, il s'opéra d'éclatants miracles : je dirai ceux dont j'ai été témoin .
Une jeune Parisienne , non mariée , était enceinte depuis plusieurs mois, et, pour cacher sa
i/exoucisme. 7 1
faute à ses parents , elW^ proposait bi^n, dé& qu'elle sentirait le^ preiiiière$ douleurs, de se rendre en toute hâte dans la foret voisine de la ville de Paris , et cf y enterrer , de ses propres , mains, l'enfant qu'elle n;iettrait; au monde. Sa eu* riosité l'attira dans l'église, le soir même du jour où on y avait placé les reliques de sainte Marie. A peine se fut-elle approchée de l'autel, qu'elle ' mit au monde un gros enfant , à la vue de tout le peuple, et presque sans douleurs. Ce fut , sans nul cloute, par la vertu des reliques de la sainte, qui voulut prévenir le crime affreux qu'elle avait * projeté.
Le même jour, un mécréant, un juif, osa entrer dans le temple pour se moquer de nos saintes cérémonies. 11 s'était mêlé dans la foule pour mieux voir et entendre. Mais qu'arriva- 1- il ? Quand il était entré, ses poches, bien fermées, étaient remplies de pièces d'or, etquand il sortit, il n'y trouva pas une obole, Quoique ses poches ne parussent pas avoir été ouvertes, ni déchirées.
Enfin , une jeune veuve souffrait , depuis plusieurs nuits, des agitations, un feu intérieur qui ne lui permettait de reposer ni le jour ni la nuit; elle vint à l'église de Saint-Germain, y fit sa prière, et s'endormit. Pendant son sommeil, elle crut voir la sainte qui lui annonçait qu'elle
72 CHAPITRE IV, l'exorcisme.
avait tout près d'elle leVemède à ses maux. Elle s'éveilla, et se trouva la main dans celles d'un jeune homme , qui la reconduisit à sa maison , et qu'elle invita à souper. Je me suis assuré que, depuis ce temps , si elle ne dormait pas toujours la nuit, elle ne se plaignait plus du moins de ses insomnies.
cHAPiims y.
Ecce diieetus meus lo^uitur mihi : Surge, propera p arnica mea, coUifnba mea, formosa mea, et verù.
CaKT. CAITT. II , xo.
K Voilà que mon bien-aimé m*a dit : Lève-toi, hÂtetoi, mon amie , ma colombe, ma toute belle , et viens ! »
VoYBz-vous, au milieu du fleuve, une barque solitaire ^glisser rapidement sur les eaux? Un homipe ( c'est Nitard), placé à la proue, tient à la main deux rames qu'il fait mouvoir à de lents intervalles , car le courant suffît pour emporter la barque. A l'autre bout , assis sur des voiles repliées, sont les deux amants. Adalbert entoure d'un de ses bras là taille déliée d'Adelinde, dont la tête repose sur le sein de son ami.
a — Oh! cesse de pleurçr , lui disait-il, douce amie ; les larmes do«t tu arroses ma poitrine pénètrent jusqu'à mon cœur, le déchirent , le brûlent. Regrettes-tu donc d'avoir suivi un amant qui ne t'a ravie à un frère ambitieux et
kl
dur , que pour t'aller déposer dans les bras de sa mère ? Oui , mon Adelinde , dès aujourd'hui peut-être, tu la verras, cette digne et courageuse mère : elle te recevra comme sa fille, sa fille bien-aimée.
^ — Adalbert, mon ami,tesparoles sont pour moi comme celles du Dieu qu'adorent les chrétiens :
* ,^^ il guérissait , avec quelques mots^ les malades,
* - ' et ressuscitait les morts. Mais la plaie de mon
âme est profonde. Ne me reproche point de
. , donner quelques larmes à ma patrie , à ma fa-
. " mille, que je fuis pour suivre un étranger qui
ne croit point au Dieu que je sers. Tu es né au milieu d'un peuple que, dès mon enfance (ne t'offense point, Adalbert, de ce que je vais ajouter ), d'un peuple que l'on m'a appris à regarder comme le plus cruel, le moins civilisé des peuples.
* — Quand tu auras vécu , chère Adelinde ,
parmi ces prétendus barbares , tu leur rendras plus de justice. Crois qu'ils ont des lois, de
Ma
l'honneur. Tu penses que leur religion n'esf pas ; ■' aussi pure que la tienne; je ne veux point te
contredire : bientôt, je l'espère, tu verras que, % plus dégagée de superstitions, la religion des
Danois leur fait aussi un devoir de la probité, de l'hospitalité, de toutes les vertus, et surtout du courage Mais laissons cet entretien trop
LKS JfUGJTIFS. 7S
sérieux; ne parlons que du bonheur d'être en* semble. Ce jour , combien je i'ai désiré ! Je Tap* pelais de tous nies voenx.
. — Et moi, dit Adelînde; quelle année triste, douloureuse y j'ai vu s'écouler pendant ton absence L. Oh! Adalbert, il m'en souviept, c'est aujourd'hui n>éme l'anniversaire du jour où je te ▼is pour la première fois. Ce jour , il ne sortira jamais de ma mémoire. J'étais venue du palais des Thermes dans la forteresse qui termine l'île où s'élève la ville des Parisiens ; j'y embrassais mcm frère , que je n'avais point vu depuis quelques jours , lorsqu'on vint lui annoncer qu'une députation de trois chefs de^ Normands qui étaient restés daiis quelques villes de la Neustrie, après le dernier traité de paix conclu avec eux , lui demandait une conférence. Il les reçut à l'instant même, et en ma présence. Parmi -ces envoyés si remarquables par leur haute stature, leur chevelure blonde ,. leurs traits prononcés et fiers, enfin par l'éclat de leurs armes , mes yeux ne s'arrêtèrent que sur le plus jeune. Qu'il me parut beau |... (Quand je m'aperçus qu'il fixait sur moi ses grands yeux bleus , si doux y si expressifi^, une rougeur subite couvrit mon visage ; je sentis mes genoux fléchir.
--r-Oh! mon Adelinde, tout ce que tu éprouvais dans cette première entrevue , je le ressen-
tais bien plus vivement encore; je crus voir en toi la femme dont mon imagination m'avait si souvent montré le modèle ; la femme qui , cent fois, s'était présentée à moi dans mes songes , comme une fée protectrice. Elle avait celte taille élancée, ces regards modestes, cette douceur... Tu proféras quelques mots, et ta voix résonna à mon oreille , ou plutôt sur mon cœur, comme le son le plus mélodieux de la harpe de nos scaldes.
— Le soir, Adalbert, lorsque je fus de retour dans le palais des Thermes , comme je pleurai , en pensant que, peut-être, je ne te reverrais" plus! Mais une de mes femmes m'apprit que mon frère' avait fait conduire avec honneur les envoyés dans le château de Saint-Éloy, à Gentîlly, château peu distant de celui que j'habitais* ; que la négociation qui était l'objet de leur ipessage les retiendrait quelquesjours dans nos contrées. Dès lors, l'espoir rentra dans mon ame ; je me dis : Il n'est donc pas entièrement perdu pour moi !... Je ne pus fermer les yeux de toute la huit ; jamais je n'avais éprouvé tant d'agitation , de trouble. A peine l'aurore parut, j'allai promener mes rêveries sur la terrasse des jardins qui domine la vaste plaine de Saint-Germain.
Ijes scrns d'une rote, et bientôt après les accents
* Voyez la note XV.
(l'une voix douce et passionnée vinpent frapper mon oreille. Je courus aussitôt vers un créneau du parapet , d'où je pouvais voir jusqu'au pied (le la muraille. Oh! que devins-je , quand je t'a* perçus y chantant et mesurant des yeux la hauteur des murs qui nous séparaient ! Le roucoulement d'une tourterelle qui semblait soupirer aussi son amour sur un arbre, tout près de moi, te fit tourner la tête de mon côté. Je te vois encore, Adalbert, accourir, t'arrêter audessous du créneau , me tendre les bras , joindre les mains , et t'écrier : a Belle Adelinde !...» J'aurais dû me retirer , fuir : je n'y songeai même pas. C'était la seconde fois que je te voyais, et il me semblait que je te connaissais depuis longtemps : nos cœurs étaient d'intelligence , comme si nous nous étions dit l'un et l'autre ; Je t'aime! Tu^e priais de t'ipdiquer comment tu pourrais pénétf er dans le palais ; je te répondais , avec bien du regret , que la chose me paraissait impossible ; que mon frère serait bientôt instruit de tes visites ; que, bien qu'il eût accueilli avec bienveillance les députés des Danois, il abhorrait cette nation ; que , dans le gynécée où je vivais au milieu d'une foule de femmes mes esclarves, je ne pouvais recevoir aucun homme, et surtout des étrangers... Tu étais désespéré. Tu me demandas alors si je pouvais du moins
87 CHAPltaK V.
descendre dans ie jardin, la nuit , lorsque mes leçnnaesr seraiafit endormies; j avouai que, de mon appartement même ^ ufie issue particulière conduisait sur cette terrasse. Tu în'appr» alors que , non loin du lieu où nous étions, tu a'vais découvert >un ancien aqueduc , dont les ruines s'élevaient encore dans la plaine, et qui travers sait autrefois la terra^e pour porter dé Teau dans les jardins; qu'à la vérité, une petite porte, assez récemment posée , fermait l'issue de laquéduc; mais que, si }e voulais, il me serait £si* cile.... Je t'entendis, Adalboert : je ne promis pas d'ouvrir la porte; mais , le soir, lorsque tu vins, n'est41 pas vrai que la porle céda .au moindre effort ?
— Douoe amie , s'écria Adalbert , que j'aime à t'entendre raconter ainsi nos premiers amours. Mais, dis aussi, mon Adelinde : ai-je jamais abusé de ta confiance ? Tu m'avais &it promettre de te respecter, dé ne pas profiter même de ta Êiiblesse : «h bien ! pendant quinze nuits, tu m'as reçu, tantôt dans le jardin, et plus d'une fois dans ta chambre même ; et qu'y faisions^ nous? nous jurions de nous aimer toujours; nous formions de ^ doux projets pour l'avenir; uous nous livrions à l'espoir que nos deu^ ua^ tjons, en se connaissant luieuK, s'uniraient, n'en formeraient plus qu'une seule...
L£S FUGITIFS. JQ
— Ah ! (lit Adelinde en souriant , ne te vante pas trop de ta retenue : tu oublies qu'un soir....
— Il est vrai ^ chère Adelinde : ce soir-là, dévoré de désirs, je te pressais dans mes bras , je te courrais de baisers...; mais je vis de grosses larmes s'échappa de tes yeux ; tu me demandais d'une Toix suppliante de ne pas déshonorer celle que j'aimais; je te vis faire d'une main égarée ce signe religieux auquel les chrétiens ont recours' au milieu des grands dangers... Mes bras te relâchèrent ; tu me vis , à tes genoux , te demander pardon de mon offense.
— Oh ! combien je t'en sus gré, Adalbert :
cet instant redoubla mon amoor pour toi. Hélas! je l'avoue, emportée moi-même parla plus aveugle passion , je n'aurais pu te résister. Et ensuite , que de regrets eussent suivi mon imprudence! Mais Tappelons-nous plutôt cette autre nuit, Adalliert^ nuit si triste, et pourtant si douce, où je te reçQS, pour la dernière fois, dans ma chambre. Tu venais de recevoir l'ordre àe partir, dès le lendemain, de Paris avec tes deux compatriotes.
— Oui , ton frère , excité par l'oi^eilleux évêque Goziïn, avait rejeté avec dédain nos propositions. Et pourtant , que demandions-nous ? quelques lieues carrées de terrain dans la partie la plus déserte de la Neustrie. Oh! comme je mau-
8o CHAPITRE V.
dissais et le comte Eudes et son odieux conseiller !
— Ce fut alors, Adalbert, que, témoin de mes larmes , de mes soupirs, tu juras , par tous les dieux de ton pays, de t'exposer à tous les dangers pour venir m'arracher des bras de quiconque oserait te disputer la femme de ton choix.
— Et toi , Âdelinde , tu me pris par la main , et tu me conduisis vers un tableau, où Ton voyait un homme nu sur une croix ; là , fléchissant le genou , tu dis : a O mon Dieu , soyez témoin et «garant du serment que je fais, en votre prête sence, de n'oublier jamais, d'aimer toujours le « guerrier que je tiens par la main. J'espère ce que , par mes leçons et par mes prières , je « l'amènerai , ô nïon divin Maître , à croire en « vous, à vous adorer, à vous craindre ; et alors a vous l'aimerez, comme je l'aime moi-même; « vous nous couvrirez de votre égide contre les «méchants.» Ainsi tu parlais, Adelinde; et pourtant, pardonne ce reproche que je ne renouvellerai plus , lorsque , après ime année d'absence , je suis revenu vers toi , toujours plus amoureux et fidèle , je t'ai trouvée à la veille de t'unir au comte Grimoard* Sans doute, tu ne m'avais point oublié ; j'en ai la preuve , puisque je te serre aujourd'hui dans mes bras; mais en-
LES FUGITIFS. Si
Bu, tu avais cédé aux ordres de ton frère : soumise, obéissante, tu marchais à l'autel.
— Écoute-moi y mou Adalbert, écoute-moi avec attention 9 et peat-étre tu ne te croiras plus en droit de m'adresser une plainte. Malgré la promesse que tu m'avais £siite , je ne recevais de toi aucun message ; j'ignorais si tu existais encore , si tu m'aimais toujours. Durant dix mois eutiers, je ne fis que pleurer, que gémir.
— Adelinde ! s'écria vivement A.dalbert, crois qu'un obstacle invincible s'opposait à tout ce que je tentais pour te retrouver, pour revenir près de toi. Judith'', ma bien-aimée mère, craignait que je ne tombasse dans les mains du perfide Gozlin; car c'est ainsi qu'elle l'appelle toujours. Quoiqu'elle soit née, comme toi, dans Paris même , elle déteste la nation des Francs , depuis qu'elle est l'épouse du magnanime RoUon; mais surtout elle abhorre leurs prêtres^ qu elle appelle des hypocrites sans cœur et sans foi. Ce n'a été qu'après une longue résistance de sa part, que mon père l'a déterminée à me laisser partir, sous un déguisement, et avec ce bon Nitard, qui nous écoute. « Va,m'a-l-il dit; enlève, s'il le faut, ta maîtresse. Si « tu amènes près de moi la sœur du comte Eudes, « je te la donnerai aussitôt pour épouse ; et tu « m'auras plus servi dans mes projets^ que si tu «m'avais conquis, en Neustrie, dix comtés. »
S'A cKwinx^Ev^
Comme \\ sera satisfait , mon père-, quaocl il me verra à tes cétés, quand je te présenterai à lui et à 1er fière Judith! quand je dirai- :'«c ^j'étais ar- «rivé un- jour plus tard, ô mou pêne, elle n-'é- « tait plus à ipoi ; Adelinde eût luit le bonheiar « d^ttn^ autre .ép'otîx!.^ î « w *
— AhPne parle pa^s.aiti^i, àdalbert; ne érois pas que, ji^mais) j'e^uss^ pèmiîsÀ im âutt*e bMoine de mé serrer dans dès bras, de me souiller de •ses baiser$... ' ....
. — Que veox-tu dire, Adelinde? Ne te mariais-tu pas? Tout B'était-il pas préparé pour la cérémonie?
— Oui , je me serais mariée ; mais...
— Eh bien ! parle donc; qu'aurais-tu fait ?
— Adalbert, apprends un secret que je renfermais dans mon cœur :... j'aurais fait comme la bienheureuse Schola^ique.
— Et que fit Scholastique ? Quelle «tait cette femme? Tu excites vivement ma curiosité.
— Quoi!' mon Adalbert, tu ne sais pas l'histoire des deux dmants é^Aus^ergne?
' — Je Tt'eh ai jamàiîi entendu parler.
Je te dirais bien cette histoire-; maïs elle
«st' un. peu longue. •
-^ N'^importe ; parle. Yki tant de * plaisir à t'entendre. » -
Jusque-là ,' Nitard , témoin de l'entretien des
LES VUGITIPS. 83
jiBunes^àmoureux, s'ennuyait beaucoup de ne pouvoir y prendre .part ; il n'avait pa» trouvé mo^en de gUsser <un seul petit kuot au milieu de leur loiag dialogue. Mais quand il vif que Ton allait commencer une histoire, il demanda la permission d'approcher pour mieux entendre.
Q-^Soit^ dit Adalbert en souriant : je connais ton gôut pour les histoires. i> '
Nitaard, posant >ausst tôt ses .rames sur les deu< bords de la barque^ Tint s'accroupir aux pieds d'Adalbert; et, les coudes sur les genoux, le meatoa dans ses mains, il écouta attentivement Adelinde qui paria ainsi :