DÉBORDEMENT DE PAPIER-MONNAIE DANS LE PAYS
Nous voyons en Russie soviétique le tableau bien connu que nous ofîre l'histoire des époques où, dans d'autres pays, la circulation monétaire a été désorganisée. Les exemples devenus classiques de la Grande Révolution Française se répètent constamment dans la République soviétique actuelle.
Lorsque, sous la menace de l'ofïensive allemande, en 1918, les bolcheviks eurent évacué Pétrograd, l'atelier pour la fabrication des billets de banque fut transféré à Moscou. En plus de cet atelier, un autre fut installé à Penza dans les locaux d'une fabrique de biscuits. On y occupa 1.800 ouvriers travaillant sur les machines les plus
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perfectionnées. Cependant, ni la presse de Moscou, ni celle de Penza, n'arrivaient à satisfaire la demande, sans cesses croissante, du papier-monnaie. Il a fallu aménager un troisième atelier à Perm, dans l'Oural. Les trois ateliers occupent 12.000 ouvriers. En 1919, un quatrième atelier fut créé à Odessa.
Lorsque les paquets . contenant les billets de banque expédiés du centre tardent à arriver en province, il en véi^ suite une situation catastrophique et une panique généralet.
« L'Economitcheskaïa Jisn « parle de ce «phénomène^ paradoxal à première vue, que malgré le travail ininterrompu de la presse à billets et l'usage des coupures, noussoulfrons non pas de la surabondance de la monnaie, mais de son manque. La province montre de nombreux exemples où la, production n'a pas pu prendre de l'extension par suite de naanque de signes monétaires dans les caisses des^ sections départementales du Commissariat des Financesn(l).
Le Gouvernement soviétique est obligé de faire paraître des décrets interdisant l'emploi non justifié des signes monétaires dans les diverses institutions et ordonnant d'accepter en paiement les signes monétaires, quels qu'ils-; soient, en menaçant presque de la peine de mort ceux, qui refuseraient d'accepter des papiers déchirés ou détériorés.
Il est obligé, en résumé, d'atténuer, dans la mesure du-, possible, le manque de signes monétaires, La fabrication des billets de banque a été militarisée ; les ouvriers qui y sent occupés sont considérés comme mobilisés et jouissent, en ce qui concerne les salaires, le ravitaillement, les primes, d^' privilèges spéciaux. Ils travaillent en deux équipes de douze heures chacune. La productivité de travail est augmentée jusqu'à celle d'avant-guerre, c'est la seule branche del'industrie où les bolchfiviks ont pu constater un succès, ('i)
(1) Economitcheskaïa Jisn, n» 92, 1921.
(2) C'est absolument le même tableau que celui que l'on, observait au cours de la Révolution Française de 1780.
Les ateliers qui fabriquaient les assignats n'arrivaient pas^
Cependant, rien n'y fit. L'argent se déprécie de plus en plus et les émissions des billets de banque augmentent sans cesse.
En 1918, le pouvoir soviétique se- borne à imprimer les anciens, billets : Romanov, Douma, Kerensky. En 1919, cela ne suffit plus. Au l^'" janvier 1920, les anciens billets comprennent 48 % et les nouveaux billets, dits Penza,. 52 % de la somme globale de la monnaie fiduciaire en circulation. Au l^J" avril 1920, la disproportion augmente encore : les anciens billets forment 32,1 % et les nouveaux billets soviétiques 67,9 %de l'ensemble des signes émis.
Le tableau ci-après indique la rapidité avec laquelle augmentent les émissions depuis 1919 :
à satisfaire les demandes du Trésor. La Convention fonda un atelier spécial, avec 400 ouvriers, pour fabriquer les assignats. Le travail, dans cet atelier, se poursuivait sans arrêt, de sorte qu'un jour les ouvriers déclarèrent la grève, caria journée de travail durait, sans interruption, de 6 heures du matin à 8 heures du soir. On avait promulgué un décret prescrivant de ramasser tous les chiffons de coton, tous les lambeaux, débris de toutes sortes de bulletins, électorauxw Plus tard le Directoire publia un décret qui déclarait : « Les directeurs des fabriques d'assignats ont le droit de réquisitionner pour leurs besoins, tous les ouvriers de rimprimerie ; quant aux ouvriers qui s'opposeront à cette réquisition ils seront reconnus coupables de complot, en vue de porter préjudice à la production, et seront arrêtés ». {Sioarm. Les finances de l'Ancien Régime et delà Révolution. 1885, v. II, p. 307 pasSi)
Le 1er août 1793 des représailles, furent décrétées pour refus d'accepter les assignats.
Le 5 septembre 1794, il fut déclaré que quiconque discréditera les assignats par des faux bruits, sera puni et le délateur sera récompensé. (Ibid., p. 313. — Courtois, Histoire des' banques en France. 1881, p. 99). Les résialtats de toutes ces m«sures ont été, en France, les mêmes qu'en Russiesoviélique: une nouvelle dépréciation de l'argent.
Emissions mensuelles (moyennes) (en millions de roubles):
1917 (novembre-décembre) 2.908
L'espoir de voir disparaître l'argent devait s'évanouir, dans ces conditions. Le bolchevik le plus insouciant même en matière économique, a dû comprendre que tant que le socialisme n'est pas réalisé en Russie soviétique, le problème de l'argent ne doit pas être négligé ; sinon, le pouvoir soviétique lui-même périra dans les ruines du système monétaire.
A présent que les récentes réformes-concessions ont posé la question de la libre circulation des marchandises à l'intérieur du pays, la question de l'argent est devenue plus aiguë encore.
De quelle façon le Gouvernement soviétique pensait-il la résoudre ?
§ 3. Le repentir des dirigeants soviétiques.
Il existe, auprès du Commissariat des Finances, une conférence spéciale chargée de préparer la réforme qui naturalisera le budget et introduira une nouvelle mesure de valeur. On se propose de créer, pour faire fonction de cette mesure, une unité de travail enregistrée.
On prend pour unité de mesure du travail une journée normale de travail d'un ouvrier de la première catégorie des tarifs, et exécutant les 100 % du programme de production; cette unité s'appelle « unité de travail » ou « trade ».
Ce serait une erreur de croire que le projet se propose d'introduire cette mesure pour tout l'ensemble des transactions économiques. Point du tout.
«Le but de l'enregistrement du travail n'est que d'assurer, aux organes économiques réglant l'industrie, les données les plus précises, et facilement comparables, sur le
fonctionnement rationnel de l'organisation économique et sur le rendement du travail dans toutes les institutions et entreprises de l'Etat ».
«L'unité du travail» ne prétend nullement se substituera l'unité monétaire en tant qu'instrument de circulation. Comme règle générale, elle ne s'étend pas aux entreprises privées, individuelles. (1)
Ainsi, l'introduction de « l'unité du travail » n'a en somme rien à faire avec le problème financier cardinal.
Il y eut de même un autre projet, celui de mettre en circulation des monnaies métalliques, notamment en argent. Ce projet aussi a été décidément refuté jusqu'à présent. Les spécialistes soviétistes ont prouvé d'une façon convaincante aux auteurs de ce projet, qu'en mettant en circulation la monnaie d'argent simultanément avec la monnaie fiduciaire déjà existante on aboutira, en vertu de la loi connue de Gresham, à substituer les signes monétaires de qualité inférieure à ceux de meilleure qualité. La monnaie métallique sera théraurisée tandis que les billets soviétiques continueront à circuler. Quant à effectuer l'échange du papier-monnaie contre la monnaie métallique, ceci est actuellement impossible, car aucun fonds métallique ne pourrait y suffire; il est de même impossible d'établir un cours de change, la Russie soviétique n'ayant ni fonds de marchandises ni, par conséquent, de mesure pour calculer la valeur de l'argent. Quant à supposer que la nouvelle monnaie, les «trades» basés sur « l'unité du travail », pourrait contribuer à relever la valeur de l'unité monétaire soviétique, ce n'est qu'une utopie irréalisable. Quand même on aurait réussi à mettre en pratique l'évaluation en « trades », cela ne ferait qu'introduire dans la circulation de nouveaux signes monétaires qui ne seraient pas de l'argent, mais une espèce de succédané de l'argent. La circulation simultanée de deux catégories de signes monétaires ne donnerait aucun résultat,
(1) Ekonomitcheskaïa Jisn, n» 109, 1921.
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sinon défaire baisser une fois de pJus la valeur du rouble, (1)
On ne peut de même s'attendre à ce que le problème financier soit résolu par l'annulation automatique de l'argent à la suite de sa dépréciation définitive.
«Jusqu'à présent toute la politique, dans la question financière, s'inspirait de la tendance à éliminer l'argent de l'usage courant ; si l'on écrivait quelque chose sur l'argent, c'était pour constater qu'il s'étiole, entant que vestige de l'ancien régime. La manière de traiter cette question a été abstraite à outTance, car toutes les déclarations sur l'annulation progressive de l'argent s'accordaient bien peu avec les doléances continuelles au sujet du manqe de signes monétaires ».
« L'effet de l'émission excessive des signes monétaires est de faire disparaître les coupures moins élevées qui sont remplacées par des coupures plus élevées. L'unité montétaire en cours commence par 250 roubles. Il suffit de passer quelques instan.ts dans n'importe quel. marché de Moscou pour se convaincre que les billets rouges et bleus de 5 «t .10.000 roubles, qui passent rapidement sous vos yeux, jouent actuellement le même rôle, que les roubles en ar- -gent ou en papier d'antan ; quant aux billets de mille, ils tiennent place de l'ancien billon. Il se peut que le Gouvernement commence à émettre des billets plus éilevés encore et alors, dans un an ou même plus tôt, nous verrons des coupures plus élevées encore se substituer aux grandes coupures de nos jours, etc. Ceci durera tant que les clichés d'imprimeries pourront surajouter de zéros au cliiffre qui en eontient déjà en grand si nombre ». (2)
Il est difficile de trouver une ironie plus sanglante au sujet des rêves soviétistes suri' «annulation automatique » de l'argent.
Les militants soviétiques commencent à comprendre que la cause principale de la désorganisation de la circu-
(1) Ekonomitcheskaia Jisn, n» 92, 1921.
<2) Ekonomitcheskaïa Jisn, n» 1.91, 1921.
lation financière est l'absence de production et l'arrêt de toutes les fonctions économiques du pays.
Du moment qu'il n'existe ni production ni reproduction, il n'y a pas, au fond, de circulation monétaire réelle.
Dans le domaine de la circulation monétaire comme <ians tous les autres, la même question fondamentale et décisive se pose devant le pouvoir soviétique.
« Si — écrivait 1' « Economitcheskaïa Jisn » — nous sommes f ennement convaincus de pouvoir réaliser la ■satisfaction, en nature, des besoins de la population de façon suffisante à rendre tout simplement inutile le -marché libre, nous n'avons évidemment aucun besoin de songer aux réformes financières ; tout ce qu'il nous faut, c'est de veiller à ce que le processus de la disparition et de la dépréciation des signes monétaires se développe de telle sorte que la publication du décret sur la suppression de 4'argent coïncide chronologiquement avec l'aboutissement du processus de naturalisation, de façon à se poursuivre sans heurts. Mais, s'il nous faut reconnaître que cette naturalisation ne peut pas être effectuée complètement •dans un avenir prochain et que l'échange privé des marchandises devra subsistera côlé de la répartition par l'Etat, la question financière se dresse devant nous aussitôt dans toute son étendue et nous ne pouvons plus nous refuser à chercher les moyens de remédier à la crise monétaire » (1).
JLje journal reconnaît, de plus, que l'autorisation de l'échange libre des marchandises, qui résulte des récents décrets, et aussi la politique des concessions, dont on a conçu le projet, rendent nécessaire r^^cistence, dans l'Économie Nationale soviétique, d'une unité monétaire.
Les économistes soviétiques ont fini par comprendre que la dépréciation de l'unité monétaire est loin d'être une chose indifférente pour le pays ; qu'elle se fait setitir surtout pour la classe ouvrière, et qu'en inondant le p>ays de papier-monnaie on ruine toute l'Economie Nationate.
(1) Ekonomitcheskàïa Jisn, n° 92, 1921.
De là cette inquiétude qui commence à s'emparer des dirigeants soviétiques ; de là ces discussions continuelles sur la désorganisation croissante du système monétaire, discussions qui aboutissent à leur faire déclarer que, quelque courte que doive être la période transitoire qu'inaugurent les récents décrets, il est indispensable, même pour cette courte période, de se préoccuper du problème monétaire.
C'est ainsi que, dans cette question également, le pouvoir soviétique revient peu à peu aux idées et aux problèmes caractérisant la société capitaliste. Comment ces dirigeants soviétiques résolvent-ils la question de l'argent ?
Les économistes soviétiques font remarquer, très justement, qu'il n'existe en réalité aucune circulation monétaire dans la République soviétique. La circulation fiduciaire, en thèse générale, n'existe que là où il y a une circulation économique; il en résulte, comme ditl' « Economitcheskaïa Jisn », qu'il n'existe, en ce qui concerne la circulation fiduciaire, qu'un simple «transfert du papier-monnaie des caisses de l'Etat, par l'entremise des consommateurs, dans les tirelires des paysans ».
« L'Etat s'est chargé des principales fonctions de l'activité économique privée. Où donc doivent passer les billets émis par l'Etat et quelle est la raison de leur inflation incessante ? Il est évident que les signes monétaires doivent revenir au Trésor en échange contre les marchandises qu'il délivre. S'il n'en est pas ainsi, c'est que l'Etat n'a pas de marchandises, c'est que la production retarde sur la consommation de la population. » « Certes, l'émission accélérée du papier-monnaie peut s'expliquer par le caractère de la période de transition, durant laquelle la production n'a pu encore être organisée comme il convient. Mais si cet état de choses devait durer, cela voudrait dire que le régime communiste, après avoir accompli sa première tâche, — qui consiste à créer l'égalité matérielle universelle — n'est pas en état d'atteindre son deuxième but, non moins important : de maintenir la production, ne fût-ce qu'à son ancien niveau. Voici pourquoi.
La vraie cause de l'inflation sans exemple à laquelle nous assistons, est une cause ancienne, bien connue : c'est la baisse de la production dans le pays, le manque de marchandises ». (1)
L'auteur de l'article est si convaincu de ce que la baisse de la production rend le budget déficitaire et amène une émission inouie du papier-monnaie, qu'il se prononce contre toute autre mesure de caractère purement financier et technique pour combattre l'inflation; car ces mesures détourneraient l'attention, tant de l'opinion publique que du pouvoir, du seul problème fondamental, le relèvement de la production dans le pays.
§ 4. La renaissance des idées bourgeoises-capitalistes.
Nous voyons à quelles idées bourgeoises arrivent les bolcheviks. Au lieu de se réjouir, comme déclarait récemment Krassine au correspondant du Petit Parisien, de ce que le pays est inondé de papier-monnaie, cette « inondation devant aboutir à l'abolition de l'argent «, les militants soviétiques commencent à parler la langue des économistes bourgeois.
Il faut dire cependant que, dans la bouche des bolcheviks, l'idée que le relèvement de la production est indispensable comme seul moyen de lutter contre l'inflation du papier, n'est pas très heureuse, car elle implique une contradiction intérieure. Si le pouvoir soviétique était capable de relever la production du pays, et d'augmenter considérablement la quantité de marchandises à l'usage de . la population, il pourrait alors réaliser la naturalisation du budget, rendant inutile l'existence de l'argent et couronnant l'édifice du régime communiste. Mais puisque le pouvoir soviétiste est obligé de conserver l'argent^
(1) Ekonomitcheskaïa Jisn. n° 49, 1921.
^e renoncer à la « matérialisation « du budget et à la naturalisation des salaires ; puisqu'il doit, pour relever la production, demander l'aide du capital privé, il est évident qu'il ne peut être question de politique communiste.
Aussi les militants soviétistes commencent-ils à tyiivisager l'état de choses d'une façon plus raisonnable. Ils ne comptent plus ni sur une reconstruction rapide de la production, ni sur de nouvelles tentatives de socialisation d-e l'échange. Mais ils estiment, en même temps, qu'on ne peut pkis retarder l'assainissement de la circulation fiduciaire.
En réfléchissant sur le moyen de l'assainir, ils arrivent à des conclusions très simples et très bourgeoises.
Il faut, déclare V Economilcheskdia Jisn, trouver le moyen de retirer le papier-monnaie de la campagne, des mains des paysans, qui en détiennent lu majeure partie.
Mais comment retirer cet argent, lorsque l'Etat ne peut fournir de marchandises à la population et que les impôts ne sont pas payés ? Il ne reste qu'un moyen fort simple set. fort bourgeois : les opérations de crédit.
Le journal, qui ne doute de rien, propose tout simplement •de rétablir les caisses d'épargne de l'Etat et un réseau d'institutions coopératives de crédit avec la banque een- .trale des coopératives en tête.
Après l'anéantissement des nombreuses caisses d'épargne de l'Etat, qui existaient autrefois en Russie, après la suppression de la Banque Populaire coopérative de Moscou, proposer le rétablissement du crédit équivaut à décauvrir l'Amérique. Mais — comme nous l'avons vu — ce n'est pas pour la première fois que cela arrive au pouvoir soviétique. D'ailleurs, reconnaître que l'existenee des caisses d'épargne est désirable n'est pas encore attirer l'argent vers elle. Aussi la presse soviétique fait-elle un pas de plus : elle propose de payer des intérêts aux dépositaires et reconnaît même qu'il est « beaucoup plus avantageux pour la République de payer ces intérêts en monnaie dépréciée, que d'émettre continuellement de nouveaux milliards de billets, chose ipii accélère la chute du rouble-papier
et mène vers son anTiulation complète». (1) Ce que le pouvoir soviétique propose n'est pas autre chose qu'un -emprunt intérieur ; il reconnaît en même temps, qu'un tel emprunt est plus avantageux que l'émission du papiermounaie.
Nous le voyons : toutes les théories « criminelles » de la société bourgeoise et capitaliste sont ressuscitées par la presse soviétique avec une facilité exti'aordinaire.
Accepter l'argent contre paiement d'intérêts, c'^st rétablir encore une fonction de l'argent en tant que capital en espèces et de prêt. (2)
S'il est plus avantageux de payer les intérêts des emprunts intérieurs que d'imprimer en masse des billets sans cesse dépréciés, il est évident que ce n'était pas la peine d'annuler les anciens emprunts intérieurs et de ruiner le crédit de l'Etat.
Si l'on reconnaît maintenant que le système qui consiste à baser toute la vie économique sur le papier-monnaie est un mal si grave que, pour les combattre, le pouvoir soviétique est prêt à dénationaliser le crédit intérieur, alors la question se pose d'elle-même : n'est-il pas plus avantageux de rétablir du même coup le crédit étranger, au lieu de vivre de la seule émission du papier-monnaie sans pouvoir importer des marchandises indispensables, qui auraient permis de rétablir la production ?
Ainsi, dans le domaine de la circulation fiduciaire, le pouvoir soviétique doit, pas à pas, liquider ses erreurs passées.
(1) Ibid.
(2) La même chose eut lieu dans la République des Soviets hongroise. Varga raconte que, lorsque le Trésor se vit à court de signes monétaires, le pouvoir soviétique fut contraint de rétablir le libre versement de dépôts, remboursables avec intérêts, dans les étabUssements de crédit. (Varga, op. cit., p. 117). La Russie des Soviets semble, en ces derniers temps, être arrivée à cette même mesure.
La révision accomplie par le pouvoir des Soviets va plus loin encore. Du moment que l'on ne peut s'attendre à la disparition naturelle de l'argent et que les militants soviétiques eux-mêmes se rendent compte du rapport étroit qui existe entre le débordement du papier-monnaie et le déficit du budget de l'Etat, il est naturel, qu'on prenne des mesures tendant à diminuer ce déficit. Celui-ci a été, jusqu'à présent, la conséquence de la nationalisation qui ne donnait pas de revenu, en causant des frais énormes.
A présent, lorsqu'on se propose de rétablir les exploitations privées et lorsque l'autorisation du commerce libre a amené le rétablissement des entreprises de commerce privées, la presse soviétique soulève la question de la réintroduction de l'impôt de l'industrie, des patentes, de l'impôt sur le capital. La presse demande également le rétablissement des tarifs de chemins de fer, postaux, télégraphiques, etc. (1). Ainsi, le rétablissement de la production capitaliste privée entraîne le rétablissement du budget de l'Etat basé sur des principes capitalistes.
Rétablissement de la monnaie, rétablissement du crédit privé, emprunt intérieur, le budget basé sur les impôts, rétablissement des institutions de crédit — quelle chute de la pensée communiste !
Et cela après la nationalisation des banques, l'annulation des emprunts de l'Etat et les tentatives retentissantes en vue de la socialisation des échanges I
(1) Ekonomitcheskaîa Jisn, n° 144, 1921.