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LA FAMINE ET SES CONSÉQUENCES

§ 1. La famine est-elle locale ou universelle ?

La politique économique du Gouvernement des Soviets, dont les résultats déplorables ont été, malheureusement trop tard, compris par certains militants bolchevistes, a abouti à une nouvelle et terrible catastrophe : la famine.

Le désastre de la famine atteint un tiers du territoire russe, 800.000 milles anglais carrés, avec environ 50.000.000 d'habitants, soit un territoire quatre fois plus grand que la France et dont la population égale presque celle de l'Allemagne.

La mort par la faim, la fuite éperdue des masses de la population, la panique générale, le désarroi, le désespoir sans bornes, un redoublement de chaos dans l'industrie, dans le commerce, dans les transports, l'effondrement de tous les calculs, de tous les projets récents du Gouvernement des Soviets, — telles sont les premières conséquences immédiates de la mauvaise récolte.

La Russie est devenue le théâtre d'événements qui, jusqu'à présent, n'étaient connus qu'à l'Inde et à la Chine.

Toute l'existence du pays est ramenée à des conditions moyenâgeuses. Il n'y a qu'à l'époque de la « mort noire » {the black deaih), ou dans la période la plus sombre du Moyen-

Age, que les pays de l'Europe occidentale ont connu de telles horreurs, lorsque l'homme était sans force devant le désastre des éléments frappant des millions d'êtres.

La politique de la République socialiste et soviétiste fait de nouveau dépendre des millions d'hommes des forces aveugles de la nature, après avoir détruit en Russie tous les moyens de lutte et de défense que l'humanité civilisée ait conquis.

Au premier moment du désarroi, le pouvoir soviétique adressa au monde entier un appel désespéré de secours.

« La majeiire partie de la Russie a souffert de la récolte insuffisante », — disaient les Soviets en s'adressant au sénateur américain France. « Les conséquences de cette catastrophe menacent d'être d'autant plus épouvantables» que la Russie est complètement ruinée à la suite de la longue guerre et du chaos interminable à l'intérieur du pays. Il n'existe qu'un seul moyen de parer au désastre, c'est d'apporter un secours urgent aux affamés. Le gouvernement des ScAiets supplie le peuple américain, au nom du peuple russe, de sauver celui-ci de la mort par la faim en lui envoyant du blé au plus vite ».

Cet appel au monde bourgeois et capitaliste, le suppliant de sauver de la mort par la faim la population d'un pays socialiste, traduit d'une façon éclatante la situation désespérée où s'est trouvé le pouvoir des Soviets, à la suite de quatre ans de sa politique.

Mais quelles sont, en réalité, les proportions du désastre qoi a frappé la Russie ?

Il est impossible d'en fixer l'étendue d'une façon absolument précise. D'ailleurs, ceci n'a pas d'importance capitale pour le sujet du présent ouvrage.

Les représentants et les journaux soviétiques communiquent des données les plus diverses. Le nombre de la population qu'il s'agit de sauver de la faim est portét tantôt à 11 millions, tantôt à 15 ou à 25, ou même à 48 inilMons.

Le messa^ de Tchitcherine évalue les besoins à

73.000.000 de pouds (1); le commissaire soviétique Litvinov donne à Brown le chifîre de 60.000.000 (2) ; tandis que la Commission gouvernementale de secours a-ux aflaméSj constituée auprès du Comilé Exécutif Panrusse, chifîre le déficit de blé, dans les régions atteintes, par 58^.524.000 de^pouds. (3)

D'autre part, les premiers communiqués de la déléga^ tion soviétiste à Londres parlaient de 5 millions de tonnes ■ (300 millions de pouds) et Nansen déclare qu'il faut, pour sauver les populations afïamées, 4 millions de tonnes (240 millions de pouds) de blé.

Que le gouvernement des Soviets atténue les proportions de la famine et exagère ses propres ressources alimentaires,, le fait a été également relevé^ par le membre du Com::i.té Panrusse dissous à Moscou, l'ancien ministre du Gouvernement Provisoire,. S. N. Prokopovitch.

C'est pourquoi ce serait peine perdue que de chercher à. établir avec précision les proportions du désastre dans lest régions déclarées aiïamées cette année.

Une question autrement importante est celle-ci : la famine que, pour la première fois cette année, annonce le pouvoir soviétique lui-même, se borne-t-elle aux régians reconnues ofilciellement. comme ayant besoin de secours ? Cette question se rattache à une autre, encore plus impor-tante : la mauvaise récolte et la famine qu'elle implique, présentent-elles des phénomènes fortuits, imprévus, relevant uniquement des conditions climatériques défavorables ? Autrement dit: la: catastrophe actuelle . a'expliquet-elle par un désastre de la nature;, ou bien est-elle le résultat logique et inéluctable de la ruine de l'Économie Nationale russe, ruine causée par la politiqueéconjomique du Gouvernement des Soviets ?

D'après les données de la presse soviétique et en prenant

(1) V. NovyMir, du 15 août 1921;

(2) Novy. Pout, du 12 août 1921.

(3) V. Novy Mir, du 31 août 1921.

pour cote le chiffre cinq, (1) l'état des récoltes de cette année apparaît dans le tableau ci-après :

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