des
siatines. . .
Ainsi, avant la révolution, sur un demi-million de paysans propriétaires, un tiers environ possédait des exploitations de plus de 10 dessiatines chacunes, et presque deux tiers avaient des propriétés foncières au-dessous de 10 dessiatines.
(1) Skvortzoo. Les régions économiques de la Russie. St-Pétersbourg, 1914.
Une différenciation sensible s'était également produite parmi les paysans qui vivaient sous le régime de communauté disposant de lots qui leur étaient répartis.
Quantité de
familles
Quantité d
e terre
Etendue du lot
en dessi
atines
par famille
Chiffre absolu
Chiffre absolu
Au - dessous
d'une des-
siatine . .
1 à 5 dessia-
tines. . . .
5 à 10 dessia-
tines. . . .
Au - dessus de
10 dessia-
tines. . . .
Un tiers du nombre total des paysans vivant sous le régime de communauté possédait, en moyenne, des lots de plus de 17 dessiatines par famille ; environ quatre cinquièmes disposaient d'une moyenne de 7 dessiatines par famille.
Ainsi, au moment de la révolution, les paysans — ceux qui cultivaient les terres communales et ceux qui étaient indépendants de la communauté — n'apparaissaient plus comme une masse homogène. Il y avait parmi eux des exploitions aisées et, comme par le passé, une quantité considérable de prolétaires ruraux, qui, le capitalisme industriel n'étant en Russie que faiblement développé, soit demeurait encore à la campagne soit tendait à y revenir rêvant sans cesse à la terre.
Ainsi donc, deux tendances apparaissaient parmi les paysans relativement à la question de la terre.
L'une était celle de paysans ayant peu de terre où n'en ayant pas du tout. Ils cherchaient à s'emparer non seulement des terres seigneuriales et appartenant à l'Etat,
mais encore de celles des paysans plus aisés. C'est pourquoi les paysans qui n'avaient pas de terre ou qui en possédaient très peu, se prononçaient pour une nouvelle répartition générale des terres parmi les paysans eux-mêmes et pour la jouissance égale.
La deuxième tendance était représentée par les paysans plus aisés soit qu'ils possédassent déjà de terre en propriété privée, soit qu'ils disposassent de lots importants de terre communale. Les paysans tendaient à augmenter leur propriété privée, aussi avaient-ils en vue surtout les terres seigneuriales et celles de l'Etat, mais non les terres paysannes.
La première tendance impliquait le retour à la communauté et au système des répartitions ; la deuxième, — l'instauration de la propriété foncière individuelle du paysan. Toutes les deux convergaient sur un point : la mainmise sur les terres seigneuriales et sur celles de l'Etat. Là-dessus tous les paysans étaient d'accord ; tous, dans leur ensemble, ils étaient prêts à une révolution agraire.
En appuyant la première des deux tendances indiquées, les socialistes-révolutionnaires de gauche y voyaient la réalisation de leur idéal : la socialisation de la terre et sa jouissance égalitaire sur la base du principe de travail. Pour arriver à ces fms, il fallait s'appuyer sur le prolétariat sans terre et sur les paysans n'ayant que peu de terre ; il fallait introduire la lutte de classe dans la campagne, organiser le prolétariat agricole contre les « koulaks » {exploiteurs campagnards) en constituant des « combieds », c'est-à-dire des « comités des miséreux » appelés à remplir à la campagne les mêmes fonctions qu'assumait le contrôle ouvrier dans l'industrie des villes.
Mais voici que la révolution agraire est accomplie. Les paysans sont entrés en possession de presque toute la terre. Les changements survenus dans la répartition de la propriété foncière se présentent comme suit : (1)
(1) Russische Korrespondenz., n»» 17-18. Berlin, 1920, p. 1060. Revue mensuelle bolcheviste.
Dans 32 départements de la Russie Européenne : Avant la Révolution :
Les propriétaires fonciers et l'Etat détenaient : 23,7 % de toute la terre; les paysans détenaient 76,3% de toute la terre.
Après la Révolution :
Les exploitations soviétiques et les entreprises industrielles détiennent : 2,7 % de toute la terre ;
Les exploitations collectives détiennent : 0,5 % ^^ toute la terre ;
Les paysans détiennent : 96,8 % de toute la terre.
Dans l'Ukraine :
Avant la Révolution :
Les propriétaires fonciers et l'Etat détenaient : 44,6 % de toute la terre ;
Les paysans détenaient : 55,4 % de toute la terre.
Après la Révolution :
Les exploitations soviétiques et les entreprises industrielles détiennent : 3,2 % de toute la terre ;
Les exploitations collectives détiennent : 0,8 % de toute la terre ;
Les paysans détiennent : 96,0 % de toute la terre.
Sur l'ensemble des terre seigneuriales 11 % ont passé à l'Etat, 2,2 % aux associations agricoles, 85, 9 % aux paysans.
Après avoir reçu en leur possession presque toute la terre, les paysans renoncèrent définitivement à leur penchant pour la communauté et les répartitions continuelles. La lutte entre les deux tendances existant dans leur sein, devint plus âpre, l'unanimité disparut de leur milieu. Les propriétaires individuels fortunés commencent surtout à être incommodés par la demande de nouvelles répartitions. Ils abandonnent définitivement le mouvement révolu-
tionnaire paysan. Et le pouvoir soviétique se convainc de plus en plus de la nécessité de modifier sa politique agraire.
Les idées des socialistes-révolutionnaires de gauche perdent du terrain et, sous l'influence de Lénine, le parti communiste commence à tenir compte des nouvelles conditions créées à la campagne et des nouveaux rapports agraires.
Cette modification successive de la politique agraire du pouvoir soviétique a été favorisée par les circonstances suivantes : l'échec des essais d'exploitation agricole collective ; le retour de l'économie paysanne aux formes primitives de la production pour les besoins domestiques et de l'échange naturel ; la ville bloquée par la campagne à la suite de la désorganisation économique générale ; le nivellement survenu à la campagne.
§ 2. La faillite de V exploitation collective à la campagne.
Tout en faisant aux socialistes-révolutionnaires de gauche des concessions en ce qui concerne la socialisation de la terre et sa jouissance égalitaire, le parti communiste cherchait, en mêm.e temps, à réaliser sa politique à lui. S'en tenant au point de vue marxiste, il estimait que la jouissance égalitaire de la terre et le «régùne de travail » ne peuvent ni relever la production agricole — ce relèvement n'étant possible que dans les grandes exploitations — ni transformer sur des bases nouvelles le régime social et économique de la Russie, C'est pourquoi tout en proclamant le principe du « régime de travail » le pouvoir soviétique cherchait, d'une part, à implanter à la campagne des exploitations soviétiques et des communes villageoises, et d'autre part, fortifiait de plus en plus la propriété individuelle du paysan.
Avant la révolution de 1917, Lénine, dans un ouvrage spécial consacré à la question agraire, avait démontré que la révolution agraire en Russie devrait dans les cam-
pagnes conduire au développement de rapports bourgeois €t capitalistes. (1)
« La nationalisation de la terre — écrivait Lénine — est précisément une condition de progrès capitaliste le plus rapide dans notre agriculture. » « La portée réelle de la transformation qui apparaît au « narodnik » (populiste) <:omme une socialisation, sera de déblayer systématiquement la route au capitalisme et d'anéantir le servage féodal de la manière la plus décisive possible. Le « narodnik » s'imagine que la jouissance égalitaire élimine le caractère bourgeois, tandis qu'en réalité, elle est l'expression des tendances de la bourgeoisie la plus radicale. Et tout ce que la jouissance égalitaire implique en plus de cela, n'est que fumée idéologique, illusion petite bourgeoise. » « Une issue favorable de la révolution agraire, issue qui, pour les « narodniks » signifierait le triomphe du socialisme populiste, ne serait en réalité que sa faillite foudroyante et décisive. Plus la victoire de la révolution paysanne serait complète et décisive, et plus vite le paysan se transformerait ■en fermier bourgeois libre ,qui dirait adieu au socialisme des « narodniks. » (2)
Ces sages réflexions exposées dix ans avant la révolution d'octobre par le chef du bolchevisme commencèrent chez Lénine, à reprendre le dessus six mois après la publication du décret sur la terre. Déjà le décret sur la socialisation de la terre, le 19 février 1918, faisait entendre un son nouveau.
L'article 3 du décret disait notamment : « Le droit de jouissance sur la terre n'appartient qu'à ceux qui la travaillent eux-mêmes, sauf les cas spécialement prévus par la présente loi. »
(1 ) N. Lénine. Le programme agraire de la social-démo- <;ratie à l'époque de la première révolution russe. Pétrograd, 1917. Ce livre fut écrit en 1907 ; la deuxième édition ne comportant aucun changement parut après le coup d'Etat d'octobre 1917.
(2) Op. cit., pp. 24, 26, 27, 135, 167, 168.
Et parmi les devoirs altribHés aux sections agraires dessoviets provinciaux et centraux on spécifie celui-ci : «le développement des exploitations collectives, parce que plus avantageuses, sous le rapport de l'économie du travail et des matières, aux dépens des exploitations isolées, et dans le but de passer à l'économie rurale socialiste » (art. 2).
Il est vrai que tout de suite après, l'article 12 parle de conserver la jouissance égalitaire à base de régime de travail, mais, comme dit M. Milioutine, « toutes ces dispositions ne devaient avoir qu'un temps. Et quelques mois après, la vie passa outre ces articles qui reflétaient la conception bornée du petit producteur» (1).
« C'est dans la question de la jouissance de la terre et da de la répartition de la propriété foncière, — écrit plus loin ce même M. IMilioutune, — que se fit surtout sentir l'influence des « narodniks » et des socialistes-révolutionnaires. L'expérience ultérieure atténua peu à peu cette influence, et le développement d'une nouvelle production socialiste l'anéantit encore plus définitivement. » (2)
Pour combattre la conception bornée du petit producteur,le pouvoir bolcheviste entreprit la création d'exploitations soviétiques. Le décret du 14 février 1919 sur «la culture socialiste de la terre et les mesures transitoires pour y parvenir », proclamait :
«Jusqu'à l'abolition totale de toute exploitation de l'homme, pour organiser l'agriculture sur la base du socialisme etavec applicationde toutes les conquêtes de lascience et de la technique ; pour éduquer les masses travailleuses dans l'esprit du socialisme et pour unir le prolétariat et les éléments pauvres de la campagne dans leur lutte contre le capital — il faut une transition entre les formes individuelles de l'agriculture et les formes sociales... Le meilleur moj^en d'atteindre ces fins est fourni par les grandes
(1) Milioutine. Sozialismus und Landwirtschaft. {Russische Korrespondenz, n°^ 17-18, 1920, p. 1008).
(2) Ibid., p. 1007.
exploitations soviétiques, les communes, la culture collective et les autres formes de jouissance coopérative de la terre. C'est pourquoi il faut considérer tous les aspects d'exploitation individuelle comme des formes transitoires dégénérescentes. » (Art. 3).
L'article 29 de ce même décret indique que les exploitions soviétiques sont créées dans le but : a) d'augmenter autant que possible la quantité de produits, en relevant la production de l'agriculture et en étendant la superficie de terre arable ; b) de créer les conditions indispensables pour la transition définitive à la culture communiste de la terre ; c) de créer et de développer les centres de culture à la campagne. »
Cette nouvelle orientation de la politique agraire des Soviets n'a donné aucun résultat. Elle n'a pas contribué à relever la production de l'agriculture ni à développer l'esprit du socialisme parmi les paysans. Le paysan russe n'a pas accepté l'idée du collectivisme à la campagne. Tout d'abord, les communes rurales et les exploitations soviétiques n'ont eu qu'une très faible expansion. Le bilan des exploitations collectives, au 1^^ février 1921, se présente comme suit : (1)
Nombre de communes 2.153
Nombre d'associations (artels) 10.925
Nombre d'exploitations collectives 1.473
Total 14.551
La composition personnelle de ces exploitations :
Travailleurs 466.491
Bouches à nourrir 935 . 292
La superficie totale des exploitations
(En dessiatines) 1.463.189
Si l'on considère que la superficie de la seule Russie d'Europe égale 410.407.889 dessiatines ; que la population
(1) Izvestia, n» 40, 1921.
rurale compte 80 millions d'âmes et que les propriétés foncières étaient, en 1913, au nombre de 827.211, — il est facile de se rendre compte des proportions insignifiantes qu'ont atteintes les exploitations collectives dans la République des Soviets.
Les paysans se sont montrés à l'égard des communes non seulement indifférents, mais franchement hostiles.
D'après le témoignage de V Ekonomitcheskaïa Jisn («La vie économique »), les communes furent créées sous la pression des autorités. Il en résulta un mécontentement croissant, manifeste ou latent, parmi la population, et les associations artificiellement constituées se désagrégèrent rapidement. Le rapport sur le Congrès pan-russe des collectivités agricoles reconnait que «la plupart des collectivités laissent encore transparaître un puissant instinct de propriété, instinct que les partisans de l'exploitation individuelle ont introduit dans la commune » ; que, «dans l'Ul^raine l'œuvre de la collectivisation ne progresse que faiblement » ; que, « les organes locaux traitent les collectivités à l'égal des exploiteurs individuels »; qu'yen Sibérie tous les Cosaques et une partie de la population indigène sont en dehors du mouvement collectiviste», etc. (1).
Dans certains endroits, le pouvoir soviétiste dut recourir à la force armée pour reprimer la population qui manifestait trop ouvertement son hostilité pour les communes. Ailleurs, il fallut se décider à liquider les exploitations collectives.
Ainsi, le Comité Exécutif du Soviet local de Minsk en vint aux conclusions suivantes : (2)
« Le Comité Central Exécutif de la Russie Blanche s'impose la tâche urgente d'améliorer la production paysanne. Il faut abandonner les rêves d'une culture collective et passer à l'étatisation des exploitations paysannes. Nous connaissons les aspirations des paysans dans la
(1) Ibid.
(2) Minskaia Zviezda. (L'étoile de Minsk), n» 28, 1921.
question agraire. La politique qui consistait à transformer les anciennes propriétés seigneuriales en « fabriques de blé », se heurte à la résistance des paysans. La popularité du Gouvernement Soviétiste dépend de la politique que nous adopterons dans la question agraire. Le paysan estime que la terre ne lui apartient pas tant qu'il ne l'a pas reçue à la suite d'une répartition par lots. Il est prêt à considérer les exploitations soviétiques comme une tentative de conserver la propriété seigneuriale ou le seigneur. Nous réalisons les vœux les plus chers du paysan en entreprenant la répartition de la terre. Seuls 25 % de la terre seront maintenus pour les besoins de l'Etat. Les autres 75 % seront partagés parmi les paysans. Notre décision a trouvé l'entière approbation des paysans. Ce rapport a été accepté et confirmé par le Comité Exécutif de la Russie Blanche ».
L'exploitation même, dans les collectivités agricoles, va mal et aboutit à la ruine de l'agriculture.
Le tableau ci-contre, se rapportant au 1" février 1921, fait apparaître l'insufTisance de l'aménagement technique (bétail, instruments de travail, etc.) des domaines agricoles soviétistes.
Le pourcentage du déficit :
Barattes 40% Hache-paille . . . 84%
Séparateurs . . . 100% Batteuses .... 26%
Charrues 33% Chevaux de trait . 43%
Semoirs 69% Vaches 89%
Moissonneuses . , . 59% Bœufs 100%
Râteaux mécan. . 58% Moutons et chèvres 89%
Tarares 67% Porcs 90%
Nous voyons que les exploitations collectives manquent quelquefois des trois quarts du bétail et des instruments de production indispensables à la culture. (1)
Vers le milieu de 1920, dans 40 départements de la République des Soviets, 30% seulement des exploitations
(1) Izvestia, n^ 40, 1921.
soviétiques demeuraient aménagées tant bien que mal. En 1919, la culture des céréales dans les domaines soviétiques donna un déficit et l'Etat dut leur fournir un supplément de 63.000 pouds de grains. (1) Une commission, ■chargée d'étudier les exploitations communistes, a constaté que, faute de centralisation et de direction générale normale, les communes sont devenues l'arène des discordes ■et des désordres ; le matériel agricole est abandonné et on ne le répare jamais; les étables ne sont pas nettoyées et tombent en ruines, « les relations entre les membres de la xîommune sont mauvaises, » « la composition personnelle •est fortuite ; souvent ce sont des gens qui se sont tout simplement casés », etc.
« Nous rencontrons souvent — écrivait récemment l'Economïtcheskaïa Jisn — nombre d'absurdités économiques, lorsque tel domaine soviétique possède des chevaux mais manque absolument de tout autre élément de production, de matériel, de main-d'œuvre, etc. ; tandis que, tel autre domaine a des charrues, des herses, des batteuses, mais manque de chevaux, de colliers, de l'attelage, etc. La plupart des exploitations n'ont pas de contingent permanent d'ouvriers, tout le travail est fait par des journaliers que l'état des domaines soviétiques laisse indifférents. Le travail est fait avec la plus grande négligence, et, ce qui est pis, on vole tout ce qui peut être volé : rênes, colliers, tiges de charrues, sinon la charrue entière, quelquefois le cheval avec. On rencontre aussi des faits dans le genre du suivant : tel «soviet» possède un jardin, des champs, un verger, une ou deux vaches et un cheval de course. Le régisseur •se promène sur le coursier et la terre est labourée individuellement par les paysans des villages avoisinants. Bref, la situation des domaines soviétiques de la République est telle, que durant toute la période de leur existence, ils ont été loin d'être à la hauteur de leur tâche et, dans la
(1 ) Narodnoîe Khoziaïstvo (« L'économie Nationale ») no» 15- 16, 1920.
plupart des cas ils sont même inférieurs aux ex pic Hâtionspaysannes. On comprend que dans ces conditions la production des domaines soviétiques est très insignifiante, et le manque de fourrage fait encore mieux ressortir l'improducti^dté de ces exploitations. Il faut y ajouter l'attitude bureaucratique imprévoyante à l'égard de l'œuvre économique, lorsque tout en manquant totalement de fourrages, on achète, dès l'automne, des chevaux condamnant ainsi à mourir de faim aussi bien les chevaux que l'on vient d'acheter que ceux qu'on possédait aupravant. On ne trouve chez le personnel de l'administration ni dévouement, ni mêiûe attitude simplement consciencieuse à l'égard du. travail. Les ouvriers valent l'administration. » (1)
Ainsi, les exploitations collectives n'ont point répondu à leur destination et n'ont joué aucun rôle ni dans le relèvement de l'agriculture, ni même dans le ravitaillement de la population.
Les militants soviétiques ont dû reconnaître, dans la plupart des cas, l'échec de leurs essais d'exploitation soviétique collective.
«Vouloir tranformer l'agriculture en fortifiant successivement les exploitations soviétiques et les associations volontaires adhérentes, c'est s'engager dans une voie utopique », écrivait tout récemment le commissaire pour l'Agriculture, M. Ossinsky. « Le socialisme sera réalisé non pas en propageant des « fabriques coopératives, » oasis dans le désert bourgeois, mais en transformant simultanément toute l'Économie Nationale et toute l'économie individuelle. »
« Les exploitations soviétiques (étant donné le nombre insignifiant du prolétariat agricole et la majorité écrasante de la masse paysanne) ne peuvent servir que d'exploitations modèles au point de vue surtout technique et non social. » (2)
(1) Emnomitcheskaïa Jisn, n° 132, 192L
(2) A^ Ossinsky. Die Landwirtschafthehe Krise Uftd dcf-
§ 3. Le processus de nivellement parmi les paysans.
La politixjue agraire du parti communiste avait tendu, au commencement, à introduire et à rendre plus âpre la lutte de classes dans les campagnes, La population agricole était divisée en « koulaks », paysans aisés, et en « biednota », paysans pauvres, constituant le prolétariat rural. Le parti communiste se proposait d'organiser les paysans pauvres. De l'avis de M. Eoukharine, un des représentants les plus en vue de l'aile gauche du parti, cette organisation « doit poursuivre deux buts principaux : 1° la lutte contre les koulaks, les usuriers, les anciens cabaretiers, bref, contre la bourgeoisie des campagnes; 2^ rétablissement de l'industrie agricole, le contrôle de la répartition des terres, l'organisation des communes de travail, les mesures tendant à ce que les terres ci-devant seigneuriales soient utilisées rationnellement », etc. (1)
C'était en quelque sorte une politique de contrôle ouvrier dans l'industrie agricole, contrôle représenté par les « pauvres » de la campagne.
« Seule l'organisation des masses prolétariennes et miprolétariennes — écrivait M. MUioutine — peiTnettra de créer un appareil pour l'administration économique et la gestion de l'industrie agricole. En même temps, seule une organisation de ce genre, puissante et fortement ramifiée, pourrait servir d'arme puissante pour lutter contre les tendances bourgeoises et petit-bourgeoises si difficiles à détruire à la campagne. » (2)
Cependant, l'organisation des pauvres, au village, apparut bientôt comme une idée absolument utopique.
sozialistische Aufbau auf dem Lande. (Russische Korrespondenz, 1920, n"" 1-2, p. 104).
(1) Boukharine. Le programme d«s communistes. (Bakou, 1920). Nouvelle édition du Comité Central du Parti communiste de i'Azerbeidjan.
(2) Op. cit. p. 1002.
Le transfert entre leurs mains de toutes les terres des seigneurs et de l'Etat, n'a que très peu augmenté les lots individuels des paysans.
D'après les données de la presse soviétique, la propriété foncière des paysans, dans 32 départements de la République des Soviets, ne s'est accrue, dans son ensemble, que de 19,5 % en comparaison avec l'état d'avant la Révolution.
Les 20 millions de dessiatines environ, transmises aux paysans, ont fait subir à leurs lots individuels une augmentation moj^enne variant entre une dixième et une centième de dessiatine. Dans son immense partie, la propriété foncière des paysans est demeurée petite ou moyenne. Certes, il existe, aujourd'hui encore, des paysans sans terre, mais l'ensemble de la masse paysanne a subi un certain nivellement en ce qui concerne leur propriété foncière (1). D'après les données de M. Rykov, alors président du Conseil Supérieur d'Economie Nationale, sur le nombre global de paysans, en 1919, 93,5 % possédaient des terres destinées à l'ensemencement, contre 87,6 %en 1917. Cependant, d'après l'importance de leur propriété, les cultivateurs ensemençant leur terre étaient répartis de la manière suivante :
Pour cent exploitations il y avait :