Exploitation avec 4 vaches et plus
Augmentation (-|- ) 1919 ou diminution ( — )
En 1917, la proportion des cultivateurs paysans possédant des chevaux était de 71,2% et en 1919, de 74,9% ; mais, en 1917, 22,7% des exploitations paysannes avaient plus d'un cheval, tandis qu'en 1919 le chiffre respectif est de 14,1%. En 1917, sur 100 familles paysannes, 86,1 avaient des vaches ; en 1919 leur nombre atteint 89,3% ; cependant, en 1917, 26,6% des familles avaient plus d'une vache, en 1919, ce chiffre n'est que de 24,7%.
Enfin, dans les quatre départements industriels de la Russie européenne, les changements survenus dans la propriété paysanne se chiffrent de la manière suivante : (1)
Par 100 ménages paysans il y avait :
Dép.
de
Dép.
de
Dép.
de
Dép.
de
Moscou
Vlad
mir
Petrograd
Novg
Drod
sans terre ....
Ménages
possédant au plus
2 dessiatines. . .
de 2 à 6 dess. .
de 6 à 10 » .
de 10 à 16 » .
(1) Economiicheskaîa Jisn, le 7 novembre 1920.
Les deux tableaux témoignent avec une évidence incontestable de la diminution du nombre de paysans sans terre ainsi que de celui des grandes exploitations paysannes. Le groupe des petites et des moyennes exploitations s'est considérablement accru. Un nivellement de la propriété paysanne a eu lieu. Il surgit à la campagne une classe de paysans moyens dont les intérêts et les aspirations devaient fatalement entrer en collision avec la politique communiste du Gouvernement des Soviets. Ceci est confirmé par les hommes politiques les plus responsables de l'Etat soviétiste.
Sous l'influence de la transformation survenue dans la campagne russe le pouvoir des Soviets entre de plus en plus résolument dans la voie de renoncement à son ancienne politique agraire.
La fameuse circulaire de Lénine, du 11 août 1918, renonce pour la première fois à introduire la lutte de classes à la campagne et insiste sur la nécessité de s'occuper du paysan moyen.
« Des renseignements qui nous viennent de la province, dit cette circulaire, il apparaît que l'organisation des paysans pauvTes lèse très souvent les intérêts des paysans d'une aisance moyenne. Le mot d'ordre de l'organisation des paj^sans pauvres est souvent mal interprété dans ce sens qu'on oppose les pauvres à tout le reste delà population paysanne, — tant aux « koulal-LS » avérés, aux richards, qu'aux nombreux éléments moyens qui, hier encore, souffraient de la faim et qui n'ont respiré librement que sous le pouvoir soviétique. Le pouvoir des Soviets n'a jamais fait la guerre aux paysans moyens. »
Au printemps 1919, lorsque la crise du ravitaillement se fut aggravée une fois de plus, Lénine dut reconnaître que la politique agraire du parti communiste avait comporté de grosses erreurs. De l'avis de Lénine, le parti doit tenir davantage compte de l'état d'esprit et des exigences des paysans et songer à ce que sa politique n'excite pas les paysans contre le pouvoir' des Soviets.
C'est à cette époque que Lénine proclama sa fameuse «mise sur le paysan moyen ». « A l'égard des gros propriétaires (pomiéstchiks) et des capitalistes, disait-il dans son rapport au 8^ Longrès du parti communiste, nous devons poursuivre Tcxpropriation totale. Mais nousn'admettons aucune violence à l'égard du paysan moyen. Même lorsqu'il s'agit du paysan fortuné nous ne disons pas aussi résolument qu'à l'égard de la bourgeoisie : expropriation absolue des paysans riches et des koulaks. »
La politique soviétiste se préoccupa de créer et de soutenir les exploitations paysannes moyennes. Elle dut le faire pour des considérations tant politiques qu'économiques.
Autrefois, avant la Révolution, la partie la plus importante de blé amené aux marchés était produite dans les grands domaines seigneuriaux ; ces domaines, devenus soviétiques, ne tinrent, comme nous l'avons vu, qu'une place insignifiante dans l'industrie agricole. D'autre part, « les paysans pauvres », c'est-à-dire le prolétariat rural, n'a pu prendre dans l'industrie agricole le rôle qu'assumait, dans les villes, la classe ouvrière. Pour obtenir les vivres de la campagne et ravitailler les villes, il fallait s'adresser exclusivement aux exploitations paysannes. Lorsque, après la nationalisation du commerce, le Gouvernement soviétique eut pris entre ses mains le soin de fournir, à la campagne comme aux villes, les objets de consommation courante, il apparut bientôt que, pour obtenir de la campagne des produits, il fallait donner les objets de consommation non aux paysans pauvres, mais aux •cultivateurs pouvant fournir à l'Etat le blé indispensable.
La plupart du blé pouvait être obtenue des paysans moyens. En 1920 chaque exploitation paysanne fournit la moyenne suivante : (1)
1. Exploitation individuelle avec une superficie d'ensemencement d'une dessiatine. 22 pouds
(1) Economitcheskaia Jisn, no 123, le 20 juin, 1920.
2. Exploitation individuelle avec une superficie d'ensemencement d'une à 2 dessia-
tines 57,6 —
3. Exploitation individuelle avec une superficie d'ensemencement de 2 à 4 dessia-
tines 107,3 —
Quant à la répartition de certains objets de consommation courante (par exemple, les tissus et le sel) elle se faisait aussi principalement en faveur des exploitations relativement importantes. (1) Ainsi chaque exploitation reçut, en moyenne, en 1920, les quantités suivantes :
Tiisus Sel
(en archines) (en livres)