‹ L'Évolution actuelle du romanChapitre 10 sur 22 · JEANNE LAND RE · texte numérisé non relu

JEANNE LAND RE

Et d'abord est--»' que le roman évolue tant que ea, et ce que nous nommons son évolution, n'est-il pas <lù BUrtOUl au renouvellement des trucs et accessoires qui corseront l'intrigue? C'est-à-dire que le beau jeune homme n'arrive plus dans son coquet cabriolet comme Rastignac, mais apparaît dans le tourbillon de poussière «le sa 80 chevaux. De même, le cœur des femmes cède la place à leur cervelle, accessoire souvent inutile et dangereux.

Comme nous déclarons que le roman naturaliste

.1 vécu, DOUS Courons S la suite de Wells el imitant ainsi à notre insu l'auteur de Paris en l'an 2000, le vieux Mercier explorer le cités problématiques, eu

bien nous DOUS plongeons- dan- les romans poliei. rs,

pour lesquels Gaborian i tait un peu là , comme

disait Mme de Vaughan en parlant de son royal époux. Restent les romans de mœurs, vieux comme Aristophane et qui évoluent d'après les complications d'une société assurément moins dissolue que celle des Liaisons dangereuses, et les romans mondiaux, à la Paul Adam, les pires romans pour les gens pressés de lire et de vivre.

A mon avis, à mon tout petit avis, c'est vers la peinture de son époque que doit tendre l'intelligence de l'écrivain, c'est par là seulement qu'il prouvera son utilité sociale. Il doit être un observateur — et un artiste s'il en a les moyens. Je crois, pour ma part, qu'Abel Hermant restera comme le modèle de nos écrivains et comme le modèle de l'esprit d'ironie et d'analyse de notre temps. L'évolution du roman peut, en ce moment, partir de son œuvre : elle sera juste.

HUGUES LAPAIRE

Le roman qui sévit le plus, actuellement, en France, me paraît être le roman d'imagination. Gela ne saurait surprendre, dans un siècle fertile en inventions tellement étourdissantes, que l'on croirait vivre quelques pages fantastiques de Jules Verne. Mais on ne s'embarque plus pour des voyages extraordinaires. Les auteurs modernes orientent leur esprit et le nôtre vers à! extraordinaires combinaisons, où

l'on voit de fieffées canailles échapper toujours après combien de péripétie s invraisemblables! aux justes châtiments « j ti i I s méritent... C'est le roman du gredin sympathique '

Il fut un temps où nous nous piquions d'originalit»'- ; Daais nos admiration- anglaises cl américaines nous ont amenés à imiter servilement ces peuples dans leurs modes, leurs manières, au>>i bien que dan- leurs écrits, el cela nous a valu de formidables averses de traductions et une inondation de romanspoliciers, romans-apaches, romans-voyous, ei Chacune de ces branches a ses représentants et représentantes les femmes se mettant à broder

aime elles niaient naguère '

L'écriture, le style, la forme, la méthode, la mesuré, Bont d«-x choses dont on ne s'embarrasse plus car, bî 1 on y faisait attention, en admettant qu<- l'on fût capable de les discerner, il faudrait travailler Bes idées et ses phras qui obligerait

upprimer trente pages an un -in- pour en conserver une! — On échafaude une histoire abracadabrante, on l'entoure de mille incidents, on multiplie les drames, on corse les situations jusqu a I absurde; on impressionne, <>n épouvante, bî I <>n peut, on effare la jeunesse, <>u échevèle les naïfs, on plaît à puhli'- habitué au cinématographe et qui veut « que ... marche tout le temps ' La médiocratie dont se compose la majorité des lecteurs fait le succès de- médiocres; elle aime l< de salade

(ju ils lui Bervent, où, parmi quelques feuilles vertes,

il lui font avaler toutes l,s COuleUVTefl qu'ils veulent'

Ces gâcheurs de papier n'en déshonorent pas moins le noble métier des Lettres! « L'Art fout le camp! » comme disait un célèbre humoriste.

Un autre genre de roman s épanouit encore sous le soleil littéraire du xxe siècle, avec d'autant plus de force qu'il a ses racines en plein fumier : c'est le roman extra-naturaliste ! L'Ecole naturaliste nous a donné des peintures... naturelles, le roman extranaturaliste nous présente des tableaux... hors-nature. Vicieux par tempérament ou par nécessité, ceux qui le confectionnent flattent le sadisme d'une certaine classe d'individus en étalant avec complaisance et détails, des mœurs qui témoignent chez un peuple de sa décadence. Ces élucubrations pour maisons Tellier sont souvent hospitalisées dans les rez-dechaussée de nos grands quotidiens, et leurs titres suggestifs et leurs couvertures obscènes affichent notre corruption aux yeux narquois de l'étranger qui passe.

C'est, à n'en pas douter, ce qui nous a valu le retour printanier du roman sentimental. On ressemelle les vieilles chaussures de Paul et Virginie, et l'on fait si exigu le jardin d'amour que le petit Dieu du bon Philétas aurait bien du mal pour y cacher seulement le bout de ses ailes! Dans un style « pompier », d'une platitude et d'une banalité magistrales, faites pour ravir M. Joseph Prudhomme, on raconte une histoire saugrenue, béte à pleurer, mais « qui peut être lue par tout le monde » !

Tout ceci revient à dire que l'on s'éloigne de plus en plus du véritable but du romancier qui est

d'observer, de peindre la vie telle qu'elle <>t, d'analyser les sentiments, de faire agir des personnages d'après leur tempéramenl et les événements en présence desquels il- se trouvenl placés, de rendre la couleur d»s paye de créer une atmosple

autour des béros el cels dans une langue vigoureuse, clair»-, châtiée, sobre, saineel harmonieuse, il existe heureusement des écrivains qui. pénétr< - de la formule drs grands maîtres, considèrent encore la lit rature comme un Art... Cependant, il faut bien le onnattre, l'évolution ne se fait j»lu- de ce côté, et, bî les noms - artisl sciencieui ne

- étaienl imposés .1 temps, on peut se demander s'ils jouiraient aujourd'hui de l'agrément du public? Je lirai |>.i- qu il y .1 lutte contre l'envahissement des productions mercantiles, fantasmagoriques, crapuleuses ou ridicules, je uotc simplement une résis- Uni

AiiiriiM iM-i-oii que le roman social, tel que l'ont conçu de oobles cerveaux, soit accessible .1 la démocratie a laquelle il s'adress

La masse ira toujours à ses romans de cap <1 ëpée, à ses mauvais feuilletons pleurnichards. Le roman social, le roman àth< lassent parmi les

tendances les plus intéressantes de notre époque; mais ils rie Boni pas encouragés par le bucc

On me permettra de conclure -m- un motd espoir.

Oui, une évolution se poursuit lentement, laborieusement, dans le silence et I étude, loin de la lame maîtresse <!<• I beure, au milieu de I indiffépresque générale, mais avec la ténacité dans

l'effort et la foi en l'avenir. Je veux parler du roman régionaliste.

En écrivant l'histoire, la vie, les mœurs, les coutumes des provinces, en décrivant pays et paysans, en revenant à nos pures traditions, les écrivains régionaux (dont le nombre augmente chaque jour) font œuvre d'artistes et élèvent un monument durable aux lettres françaises et à la patrie.

Cette évolution, on la soupçonne à peine dans le public; on la méprise dans les régions d'où elle émane; elle n'a pas droit de cité; mais lorsque la girouette capricieuse des foules tournera de nouveau, elle pourrait bien se fixer cette fois du côté du Levant régionaliste î On entendra alors l'angélus des petits clochers de France éparpillés dans les plaines, au flanc des monts, au creux des vallées, au bord des mers, partout où la lumière est demeurée, et notre race qui se consumait de neurasthénie, retrouvera, ce jour-là, son originalité, sa santé et sa joie!

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