C.-F. RAMUZ
Je pense que le roman, participant de plusieurs genres, doit aussi, puisque évolution il y a, participer à leur évolution. Nous sommes loin, en effet, de ce que le roman fut à son origine, et dont le souvenir subsiste dans le sens que le mot garde auprès des concierges; encore qu'il ait produit des chefsd'œuvre (qu'on songe aux Espagnols et aux Anglais), et que rien n'empêche de le reprendre un jour, ce roman-là n'est plus guère qu'un souvenir. (Je ne parle pas bien entendu du roman-feuilleton qui n'en est que la corruption.) Analytique, scientifique, « à thèse », tour à tour didactique, dramatique, narratif et lyrique, souple infiniment comme il est, le roman actuel tend à tout s'assimiler, et étant désormais notre seul genre épique, je crains fort qu'un jour il ne tourne par surcroît au livre d'école.
Mais qui peut dire où nous allons?
Je souhaiterais seulement le voir s'élever à plus de poésie. Je n'entends par là ni l'éloquence, ni la rhétorique dont il n'est que trop imprégné. J'entends cette poésie qui, étant de l'âme même, transforme tout sans rien dédaigner. Celle qui n'est pas dans le choix des mots rares, mais dans leur arrangement et dans leur intime harmonie. Non point celle qui se croit obligée d'aller chercher sa substance
loin dans le temps et dans l'espace, mais celle qui la trouve près d'elle, étant d'ailleurs quotidienne, et étant vivante surtout. On a été à l'exactitude : elle est assez méprisable; on a été à la vérité, ce qui est mieux; allons plus loin, allons à une poésie qui ri f * s<>it pas le contraire de la vie, mais la même, élevée au style; non de L'individu, mais de l'homme; émue, ordonnée toutefois; capable de passion et néanmoins Bereine, parce que consciente de quelque chose d'éternel.
ROBERT RANDAU
One vous dire sur le roman actuel qui ne soit déjà connu el n'ait été maintes foi> rabâché par la critiqua
Certains de nos notoires contemporains considèrent le roman comme une spéculation faite but la salauderie latente ou la bêtise avérée du lecteur; habitués à une clientèle spéciale d'étrangers et de neurasthéniques, ils ne conçoivent pas que leurs élncubrations, qui les enrichissent, ne représentent pas le lin dernier mot de la littérature français» il- ont en effet porte leur genre a son point de perfection.
D'autres notoires contemporains B'efforcent, danun but aus-i ii , d» liait- r les préjugés de telle
ou telle clas-e sociale; on les vante et on l.s tcfa
pour leur politesse, pour leur indulgence, pour leur persistance à ne pas choquer les préjugés de ceux auxquels ils s'adressent, pour l'aménité de leur sourire : chaque caste, chaque parti ont ainsi leurs flagorneurs parfois convaincus. Ceux-ci ignorent que le roman soit capable d'évoluer : ils estiment que tout est ou doit être pour le mieux dans le meilleur des mondes, pourvu que la marchandise débitée par leurs soins trouve à s'écouler.
Enfin demeurent quelques probes, notoires ou non, qui s'attachent à guider le roman dans des voies nouvelles; ces chercheurs ne s'adressent pas à telle ou telle clientèle : ils se créent peu à peu un public. L'homme de forte individualité, capable de mener à bonne fin une œuvré d'art, ne s'attarde pas dans les sentiers battus; l'observation méticuleuse du milieu social où il vit, l'étude serrée de la psychologie des types représentatifs d'humanité, la recherche de l'image neuve, du mot propre, de l'expression grammaticalement logique, lui permettront d'amasser en toute sécurité les matériaux de son œuvre; celle-ci, tout en caractérisant une époque, mettra en relief l'originalité particulière, l'art et les idées de l'auteur.
Et certes, il est hors de doute que cette conception du rôle du romancier n'est pas une utopie. C'est dans le sens, en effet, de l'observation de plus en plus méthodique de la réalité que paraît s'accentuer l'évolution de la nouvelle littérature ; on reproche à celle-ci des audaces et demain on la traitera de réactionnaire; être l'homme de demain ne signifie
nullement «ju'on sera l'homme de toujours; -i cela ♦ lait. <-'en serait fait de la beaut
Le roman s'attache «1** plus en plus i élargir cadres primitifs, à nou^ présenter cfe constantes variétés d'êtres et de pa; .1 proposer i l'atten-
tion du Lecteur de nouveaux problèmei psychologiques; I»-- lois, de plus eu j>lu- soucieuses 'i<- la liberté d<- l'individu, ont aboli dans l'âme humaine certains conflits sentimentaux tout puissants autrefois; de toutes parts des barri» >. des rites se dés nt, des religi affaiblissent, 1 morales tombent, des principes scientifiques >ont controuvés. D'immenses labeurs s< préparent, qui eront peut-être les fétichismes de demain. Le ruiii.m n .1 |>a- ledr se désintéresser des pens< el des rorn \ rai dire, j'estime qu il inquiète chaque j<»ur- davantage.
-i sinsi qu'il est d'ores et déjà possible de constater quelle ampleur .1 acquis en Iran- e, depuis une dizaine d ann< es, sous l'influence <\r l'expansion coloniale de la métropole, le roman exotique : ce n est plu^ 1<- livre un peu superficiel du eur
non- régalant du récit d'aventures plus <>u moins sonnelles avec <\<^ indigènes d< convention; le nouveau romai i I étude de psychologies
jadis ign< ■ u dédaignées, «m inhabituelles
(■♦•II.- de la formation de races nouvelles, el institue une plus jeune esthétique; par-dessus tout, il prône !»• culte de la plus grande énergie humaine, de la volonté de conquête. Parmi les romanciers de I époque qui k 1 rent dans je citerai :
M. -A. Leblond, Louis Bertrand, Ajalbert, Pierre Mille, Charles Géniaux, Max-Anély, etc.