‹ L'Évolution actuelle du romanChapitre 5 sur 22 · LOUIS BERTRAND · texte numérisé non relu

LOUIS BERTRAND

Je suis un peu embarrassé pour répondre à votre question : Dans quel sens se produit V évolution du roman contemporain?

Mais cette évolution se continue-t-elle forcément? Il me semble que l'évolution littéraire n'est pas plus illimitée que l'évolution historique. A de certains moments, nous disent les biologistes, l'évolution s'achève en dissolution.

Sommes-nous arrivés à un de ces moments? On le croirait, à voir les anciennes formes du roman créées par les maîtres du xixe siècle, se dissoudre en petites histoires sentimentales ou libertines, en discussions de thèses religieuses, philosophiques ou humanitaires, — à voir enfin la composition drama-

tique conventionnelle, avec son souci de la scène à faire, se substituera la souple et vivante composition romanesque d autrefois.

Une tendance vers autr» chose commenre-t-elle à se dessiner? Pour en finir avec L'intellectualisme maladif de ces dernières années, dos romanciers vont-ils se mettre à exalter l'action et rien que l'action ? Il yen a bien des exemples isolés, mais ces exemples-là ne paraissent pas obtenir la faveur du publie, — à moins qu'il ne s'agisse d'action politique ou sociale, ou même simplement de vulgaires récits d'aventures.

D'ailleurs, l'action proprement dite ne fournit que la matière d'un genre très inférieur. Le roman, sous l»s formes les plus hautes qu'il ait revêtues chez non-, étail à la fois une représentation e1 une critique des mœurs. Critique au nom de quoi? Ce ne peut plus être au nom de la raison toute pure : les BUCCesseurs des naturalistes nous en ont as montré les insuffisances. Alors, au nom d'un certain idéal, — national, humain ou mystique?... Mais, pour ne pas retomber dans la prédication, encore faut-il se souvenir que le roman est avant tout œuvre de beauté et que ce caractère doit primer en lui tous les autres, quelles que soient les questions à l'ordre du jour, les sollicitations utilitaires et pratiques du moment.

Va buis, même en admettant que l'évolution se

continue dans un sens nouveau, il importe de

lerver Les droits de l'individu et de faire la part de

l'inconnu dans toute entreprise humaine. Je puis

toujours me dérober, dans une très large mesure, au courant de l'évolution. L'œuvre d'un écrivain, dans ce qu'elle a proprement d'original, peut être en dehors de ce qu'on appelle le mouvement contemporain. Si, au contraire, l'écrivain suit le mouvement, avec la prétention de le conduire, sait-il bien d'avance où il ira et jusqu'où il ira?

Tout ce qu'il est permis de constater, c'est l'engouement du public pour tels ou tels sujets. Or, cela n'a rien à voir avec la littérature.

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