JEAN CANORA
J'ai en grande partie traité la question dans une étude qu'a publiée la Revue positiviste internationale du 15 novembre 1909.
Je me borne aujourd'hui à résumer mon point de vue.
Je souhaite que le roman au xxe siècle ne s'attarde pas dans les formules usées d'un idéalisme bour-
geois ou d'un grossier réalisme qui 1<- conduiraient tantôt à la banalité conventionnelle, tantôt a l'abandon de toute dignité dans 1 art.
Je voudrais que l.i nouvelle école de romanciers fût positiviste i et voici ce que j'entends par la. De même que la doctrine dont Auguste Comte fut non pa9 le pontife infaillible mais l'énergique et paissant fondateur, doit librement grandir et -<• développer en bénéfici toutes les conquêtes de la science
et de l.i p< Q8« e et viser .tu perfectionnement moral,
,--.1 et esthétique par une méthode rigoureuse qui alliera l'ordre au pn de même que cette doc-
trine en faisant de l'homme le centre d<- l'univers «-t en utilisant au profit de l'avenir la synthèse scientifique et pour ainsi dire épique de toi/tes les grandes époques du passé t a t'.iit surgir un nouvel Idéal de la
statation des 1<>U qui régi — ot le monde, de même, après la grande crise d'anarchie mentale que nous avons traversée el qui se prolonge encore, le roman devra revenir à la grande tradition française «•n poursuivant, par des moyens variés ■• l'infini, un but moral.
Seulement il B'agit de I idre. Personne
plus que moi n'a l.i haine du romancier déclamateur qui prétendrait caté< ui qui 1'- lisent, comme
I.- lit parfois, en certaines oeuvres, Madame George Sam! et comme d autres l<- font encore.
Selon Comte, l'art consiste à perfectionner
d'après leur idéalisation. * Cett< idéalisation ne Baurail • tn une déformation, un embellissement conventionnel de la réalité, une élimination
systématique de ce que les passions humaines peuvent avoir de violent, voire même de brutal. Homère ne nous a pas dissimulé l'odeur des charniers, Lucrèce, les misères de la peste; Rabelais ne contraignit jamais son humeur libre à la bienséance académique... Ils glorifièrent cependant, l'un l'énergie lucide et bienfaisante d'Ulysse triomphant de toutes les embûches, l'autre la raison du sage tenant tête aux fléaux qui ravagent le monde, le troisième le bon sens finissant par vaincre les superstitions misérables et les abus qu'elles engendrent! Ils furent indiscutablement idéalistes ».
C'est aux romanciers qu'il convient désormais, comme je viens de l'affirmer dans la préface de « Madame Davenay bienfaitrice », d'élever le lecteur avec soi de la constatation première de ce qui est, résolument affirmée par l'observation infatigable, scrupuleuse, que l'art du style rend vivante, à la conception de ce qui pourrait, de ce qui devrait être. Le roman de demain ne sera ni une photographie, ni une chromo, mais une composition personnelle, originale, aux éléments empruntés à l'existence vécue par un auteur qui tendra toujours à la mise en valeur d'une idée. Situé dans le passé, dans le présent ou même dans l'avenir, objectif ou personnel, ironique ou lyrique, dramatique ou plaisant selon le tempérament de son auteur, le roman digne de ce nom saura créer des types humains capables d'inspirer de l'intérêt, de la haine, de la terreur, de la pitié, ou (quand ils auront été créés par de grands maîtres capables de cet effort sublime) de la vénération et de Yamour.
Sans faire aucune personnalité, je constate avec plaisir que déjà, chez les plus distingués parmi les jeunes écrivains, cette tendance s'annonce et >"affirrac et je crois que certains parmi eui sauront mettr»- a profit la puissante leçon de ces grands maîtres qui s'appellent V Hugo, Balzac, Flaubert, Maupassanl <-t Zola, auxquels il n'a manqué, pour dépasser en beauté les ehefs-d'œuYre de la littérature ancienne, que la possession d'un idéal mieux dé fini t qui les mît en état d'employer -ans que leur art en soutînt . au -erviee de tous l'incomparable riche de leur talent et de leur génie.