LUCIEN -ALPHONSE DAUDET
Le titre de mon prochain roman est justement celui de votre enquét»- : Evolutions. C'est vous dire que je crois a l'évolution drs «'très dan> le cycle plus ou moins large de leur existence.
Quant à l'évolution du roman, du théâtre, de tout, «H un mot, ce qui doit raconter ou représenter la vie et les conflits humains, il me semble impossible de formuler quoi que ce soit a ce sujet j rien, I mon avis, n'est aussi nuisible à l'art que les étiquettes. D'autant que l'abondance drs romans actuels, !>> ou mauvais, ne permet pas de voir distinctement . oluenl dans un même ses
Être sincère, peindre les choses et les gens tell
qu'on les voit, cela seulement est important et donne quelque chance à l'écrivain — en dehors même du talent — d'être, comme on dit, de son époque.
EDOUARD DUCOTÉ
Parmi les écrivains de la nouvelle génération, je découvre presque autant de tendances que de personnalités marquées. Plus d'écoles, plus de mot d'ordre, et c'est à mon avis tant mieux. En présence de cette heureuse diversité, il ne me paraît guère possible de décider si le roman contemporain évolue en tel sens plutôt qu'en tel autre.
(Personnellement, j'écris des romans d'observation avec le souci constant de la vérité et une aversion profonde pour le romanesque.)
Je suis, par exemple, bien persuadé que la transformation présente de la librairie ne sera pas sans influer sur la production des écrivains. Le succès du volume illustré à bon marché, la disparition consécutive du livre à 3 fr. 50, obligeront à travailler exclusivement en vue du plus grand public. C'est bien fini, pour qui a besoin des éditeurs, de songer vo the happy jew. Je ne suis pas de ceux qui s'en réjouissent.
GABR I EL FAUR E
Dans l'actuelle confusion de la production littéraire, je serais l>ien en peine de vous dire dans « quel sens il m'apparatl que 1 évolution du roman
se produit », et, ma fui, bien en peine aussi de vous dire « dans quel sens je BOuhaite qu'elle se produis
Tout ce que je puis vous indiquer, c'est mon goût personnel; et, i <e point de vue, le plus simple est de reproduire ici ce que j' écrivais I
Jule- Bois a la suite des articles qu'il avait coni
Crés au roman dans le Gtt Blù
I j'admire autant que vous les .mires for-
- du roman psychologique, social, historique, etc.), et je n'en méconnais point le très grand intérêt. Mais a côté de ces œuvres qui veulenl soutenir une thèse, combattes des idées, en un mot exercer une iction, ne croyez-vous pas qu'il \ i place pour l<- roman qui n< qu a divertir le
lecteur, .1 lui faire passer quelques heures agréabl< es lui racontant, dans la meilleure langue possible,
une lu véridîque ou non, dont le principal
intéit 1 as le beau d< cor d'an <»u de nature
<l 11 i 1 enveloppe ' \ ous ailes me reprocher d< pré< I jxrnr mon saint; mais,i raiment . d< quoi parlerait-on,
si ce n'est de ce que l'on connaît, et que défendraiton, sinon ce que l'on aime?
« Un genre où s'illustrèrent des hommes comme Flaubert, Barrés et d'Annunzio, auquel nous devons des œuvres comme Le Lys Rouge, Bruges-la-Morte, Le Passé vivant et Domination — je cite au hasard celles qui me viennent à la mémoire — me semblent avoir droit à une place d'honneur dans la cité littéraire... »
Pour qualifier ce roman, je n'ai trouvé que le mot de roman d'art ou roman artistique, et c'est le titre que lui donnent également MM. Gasella et Gaubert dans leur Nouvelle Littérature (1895-1905) où ils reproduisent la lettre que je viens de citer. Mais cette appellation me semble trop restrictive; et la vérité est que cette forme — ainsi que je le disais dans la préface de L'Amour sous les Lauriers-Roses — n'est autre que celle du roman-type, du roman simplement... roman, qui ne veut ni combattre, ni convaincre, ni même instruire, mais seulement divertir.
Telles sont mes idées. Vous voyez que je ne défends nulle doctrine et que je m'abstiens de formuler soit un jugement, soit même un souhait.