‹ L'évolution belliqueuse de Guillaume IIChapitre 2 sur 10 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Sven Hedin n'a pas hésité à rendre à l'empereur ce témoignage : « Je le sais et puis l'affirmer sur â'honneur, l'empereur a mis en œuvre jusqu'au dernier moment tous les moyens qu'un homme pouvait employer afin de prévenir cette guerre. Toute sa politique visait à sauvegarder la paix. Il existe encore des gens qui ne peuvent ou ne veulent pas le comprendre, mais l'histoire donnera bientôt raison à l'empereur. »

Que faut-il penser de ces propos si catégoriques? L'empereur Guillaume II sera t-il vraiment acquitté par le verdict de l'histoire? Le jugement de la postérité le lavera-t-il du crime le plus atroce dont jamais être humain ait assumé la responsabilité ? Il est peut-être téméraire de préjuger la sentence que porteront les hommes, appelés à bénéficier non seulement du recul que donne le temps et de l'impartialité relative qu'il permet, mais d'une masse prodigieuse de documents positifs, encore secrets ou encore à naître. La question, toutefois, est si grave et nous possédons déjà tant de témoignages propres à l'éclairer que j'ai cette audace de l'aborder et de m'essayer à la résoudre. Elle fait l'objet du nouveau livre que je présente au public. Que ma qualité d'écrivain, fils d'un pays neutre, soit une excuse à ma témérité! On a tenté, dans les pages qui suivent, de retracer l'attitude adoptée par l'empereur en face du problème de la guerre dès son enfance jusqu'à la catastrophe. J'ai cher

ché à dessiner ce qu'on pourrait appeler la courbe de ses sentiments pacifiques et belliqueux avr son règne et pendant. Qu'on ne juge donc pas cet ouvrage comme un tableau complet du règne de Guillaume II et de l'ensemble de sa politique. Iï est bien question, dans ce livre, de tout cela, mais à ce point de vue unique et spécial : la transformation de la volonté pacifique du souverain en volonté guerrière. Car on pense bien que mon enquête personnelle ne m'a point permis de ratifier l'absolution prononcée par lesBelhmann-Hollweg, les Chamberlain et les Sven Hedin à l'égard de l'empereur allemand.

Pour moi, l'empereur allemand est, tout bien pesé, l'auteur responsabledu malheur qui afflige le monde. Mais, à vrai dire, et c'est peut-être une particularité de ce livre, je tenterai d'établir que la responsabilité sanglante du peuple allemand est au moins aussi grande, peut-être même plus grande, que celle du souverain. Guillaume II a déchaîné lit guerre, certes, mais par ordre, mais à la sommation de ses sujets ou d'une fausse-élite parmi ses sujets. Guillaume II, pendant la première partie de soe règne, a sincèrement voulu la paix. S'il a fini par vouloir la guerre, s il n'a rien fait, en tout cas, depuis 1911 pour qu'elle pût être évitée, c'est parce que la contagion belliqueuse l'avait gagné et parce qu'il n'a pas eu le courage de tenir tête à un peu devenu fou.

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