‹ L'évolution belliqueuse de Guillaume IIChapitre 3 sur 10 · INTRODUCTION I I · texte numérisé non relu

INTRODUCTION I I

L'opinion publique, dans les pays neutres, ne s'y est pas trompée. L'empressement mis par la majorilé des êtres humains restés en dehors de la lutte à dénoncer en Guillaume ÏI le fauteur du cataclysme universel a même été digne de remarque. Cette hàle était d'autant plus significative qu'elle cadrait mal avec le préjugé démocratique en honneur chez les gens cultivés comme dans les masses instinctives. Pour la plupart de nos historiens, les phénomènes de l'histoire universelle résultent bien plutôt de l'obscur vouloir des peuples que de la volonté précise des souverains. Luttes de races, luttes de classes, luttes économiques, telles étaient à la veille de la guerre, les formules courantes. Elles firent place au lendemain de la conflagration, sous les mêmes plumes qui en usaient si volontiers, à des diatribes furieuses contre la « tète couronnée », le « porte-sceptre », le « mauvais berger », qui menait à la boucherie son troupeau stupidement docile.

La thèse qui se dégagera de ce livre : Guillaume ÏI belliqueux, mais devenu belliqueux sous i'impulsion des pangermanistes, semble concilier les deux conceptions de l'histoire, celle qui attribue les faits à la volonté de puissance des masses et celle qui les attribue à la volonté de puissance des souverains. De toute façon, qu'on tienne poin l'une ou pour l'autre de ces théories, Guillaume II reste, en fin de compte, l'auteur responsable du

désastre. Et quand l'opinion universelle, dans son penchant à simplifier, attribue au souverain allemand les deuils et les souffrances où le monde se débat, l'opinion exagère à peine.

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