‹ L'évolution commerciale et industrielle de la FranceChapitre 29 sur 54 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LES MANUFACTURES AU XVIIe SIÈCLE (1)

I. La théorie mercantile et la politique de Colbert. — II. Le Conseil du Commerce. Les manufactures de l’Etat. — III. Colbert fait appel à des ouvriers étrangers. — IV. Les privilèges accordés aux manufactures. Les monopoles. Les primes. — V. Caractère des manufactures. L’industrie rurale et domestique. — VI. Les industries de luxe. — VIL Bas au métier; bonneterie; draperie. La métallurgie. — VIII. La réglementation industrielle. — IX. Création des juges des manufactures, des inspecteurs. — X. Comment est appliquée la réglementation. — -XL La décadence des manufactures après 4690. Ses causes. — XII. Elle s’accentue après 1700. — XIII. Tableau de l’industrie à la fin du règne de Louis XIV.

Si le régime des métiers semble toujours prédominant, les manufactures se sont cependant remarquablement développées dans la seconde moitié du xvue siècle. Leur progrès s’explique surtout par des causes économiques profondes : il y a un accroissement notable de la richesse mobilière ; les transactions commerciales, beaucoup plus actives, demandent une production plus intense, à laquelle ne peut plus suffire l’organisation ancienne des métiers.

(1) Il vaut mieux employer le terme manufactures que le terme grande industrie, car ce dernier implique l’idée de concentration industrielle, qui est tout à fait exceptionnelle au xvne siècle. D’ailleurs, le mot industrie n’est jamais employé par les contemporains dans le sens que nous lui attribuons aujourd’hui.

Ce développement des manufactures est favorisé par la politique mercantile du pouvoir royal, qui consiste à accroître la quantité du numéraire en se passant de l’étranger, en protégeant la production nationale, en s’efforçant d écouler au dehors les objets, qui ont été manufacturés dans le royaume.

La théorie mercantile, dont s’inspirait déjà l’édit de 1572, qui prohibait les objets manufacturés de l’étranger, a été, pour la première fois, exposée avec une netteté parfaite par Montchrestien, dans son Traité de T OEconomie politique , he 1615 (2). Montchrestien mettait en lumière l'importance de la production industrielle, exposait comment le gouvernement devait tout mettre en œuvre pour la développer, se prononçait pour un système protecteur qui défendrait la France contre les marchandises étrangères, mettrait des droits assez élevés pour empêcher la concurrence des autres pays; c était une économie strictement nationale : « que le pays fournisse le pays ».

Ce sont les mêmes conceptions qui animent le mémoire adressé, en 1634, à Richelieu par le sieur de la Gouberdière : Nouveau règlement général sur toutes sortes de marchandises et manufactures gui sont utiles en ce royaume. Il énumère tous les produits que la France emprunte à l’étranger et dont on pourrait se passer, si l’on rétablissait des industries autrefois florissantes ; « il est très nécessaire, déclare-t-il, de nous passer de tout ce que nous prenons des étrangers et de les faire fabriquer et manufacturer parmi nous, ayant, comme il est dit, les ouvriers et les matières en abondances pour ce faire ».

Le système économique de Colbert repose sur les

(1) Vov. l’édition Funck-Brentano. Paris, 4889.

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memes principes. — A son arrivée au pouvoir, il constate : 1° que la situation financière est déplorable; 2° que les industries créées sous le règne précédent sont en décadence. Sa préoccupation essentielle est de rétablir la situation financière ; pour y arriver, il pense que le meilleur moyen consiste à accroître les forces productives du royaume, que les deux questions sont intimement liées. Il estime, en conséquence : 1° que la France doit cesser d’être tributaire de l’étranger; 2° qu’elle doit tirer de l’argent des autres pays; 3° qu’il est nécessaire de rétablir les manufactures, qu’il croit avoir été très florissantes sous le règne d Henri IV. Les résultats de cette restauration seront excellents : avec les progrès de la richesse, les impôts deviendront plus productifs ; on bannira la paresse ; les sujets du Roi seront plus Heureux et plus dociles. Ainsi, il appartient à l’Etat de soutenir les manufactures nationales, de les créer au besoin, de les défendre contre l’étranger.

Désireux d’avoir la haute main sur tout ce qui concerne les manufactures, Colbert crée une administration nouvelle, en 1664 : c’est le Conseil du commerce , composé de fonctionnaires royaux et des délégués de 18 villes industrielles. Le Conseil doit durer jusqu’en 1676 ou 1677, époque où il devient un simple comité consultatif. Il s’occupe de tout ce qui regarde les manufactures et la rédaction des règlements. La direction du Conseil fut confiée à Bellinzani, nommé en 1669 inspecteur général des manufactures. Bellinzani parcourt la France pour se rendre compte des manufactures à établir ou à favoriser, s’occupant des moindres affaires. Très peu honnête, d’ailleurs, il sera, en 1683, arrêté pour malversations. Un autre agent de Colbert fut

Camuset, ancien négociant, qui se montra aussi fort actif :

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en 1682, il fonde des fabriques de tricots à Rouen, et, en 1683, dans les campagnes du Cher. Les frères Dalliez sont chargés de créer des fonderies, de susciter de nouvelles exploitations de mines. Mme de laPetitière a pour mission de développer l’industrie des points et broderies.

Toutes les manufactures dépendent, plus ou moins directement de l’Etat ; 1° les manufactures royales dont l’Etat est le patron; 2° les manufactures royales, fondées et encouragées par le Roi, et qui ont le droit de manufacturer leurs produits « aux armes de Sa Majesté » ; 3° les manufactures simplement privilégiées.

Les manufactures de l’Etat sont très peu nombreuses : ce sont les Gobelins, la Savonnerie, Reauvais et quelques ateliers militaires et maritimes (Brest, Toulon, Rochefort). Les unes (comme les Gobelins) sont administrées directement par le Roi, les autres, par des entrepreneurs, qui livrent à l’Etat leurs produits à des prix déterminés.

G est Henri IV qui avait fondé les Gobelins, accordant des privilèges à deux tapissiers, François de la Planche et Marc de Comans, dont la manufacture subsista jusqu’en 1654. Colbert reprend et complète l’œuvre, veut créer une grande manufacture d’ameublement artistique. En 1662, il achète l’enclos des Gobelins et, en 1667, il crée la manufacture royale des meubles de la couronne , dont Lebrun est nommé directeur. Aux Gobelins, figurent les ateliers de toutes les industries d’art (1). Des artistes de valeur étaient attachés à l’établissement : les peintres Auguier, Yvart père et fils, Monnoyer, le graveur Audran, le sculp-

(1) L’ordonnance de 1667 dit : « Le surintendant de nos bastimenls et le directeur soubs luy tiendront la manufacture remplie de bons peintres, maistres tapissiers de haute lisse, orphèvres, fondeurs, graveurs, lapidaires, menuisiers en ébène et en bois, teinturiers et autres bons ouvriers en toutes sortes d’arts et de métiers qui y sont établis et que le surintendant de nos bastimens tiendra nécessaire d'y establir. »

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teur Coysevox. La manufacture ne travaillait que pour le Roi.

La manufacture de Beauvais fut fondée en 1664. Le privilège fut accordé à Louis Hinard, marchand tapissier à Paris ; Hinard reçut le privilège exclusif de la manufacture pendant trente ans, obtint 90.000 1. de subvention (dont 30.000 en pur don). Il s’engageait à avoir toujours au moins 50.000 apprentis français. Mais Hinard était si peu habile qu’on finit par lui retirer son privilège et le donner à Ph. Behagle, qui avait géré une manufacture à Tournay et Oudenarde. Il réussit bien, dirigea avec autorité la manufacture, jusqu’en 1704. Puis avec les Filleul (depuis 1711), ce fut la décadence. La manufacture ne redeviendra brillante qu’avec Nicolas Besnier (depuis 1734), grâce au peintre Oudry, qui a produit d’excellents ouvrages, au point de vue industriel, comme au point de vue artistique (1).

Mais les deux autres catégories de manufactures sont bien plus importantes. Il s’agit avant tout, en effet, de favoriser des industries nouvelles au moyen de monopoles et de privilèges.

Les étrangers détiennent encore les secrets de certaines fabrications. Colbert, comme l’avaient fait François Ier et Henri IV, s’efforce d’attirer en France des industriels et des artisans réputés, capables de former des ouvriers français. — C’est ainsi que Pélicot, marchand français à Amstei»dam, engage pour la France, des charpentiers habiles qu’un autre Français, Bailly, procure à l’ambassadeur

(1) H. Havaud et M. Vachon, Les manufactures nationales , 1889; cf. un mémoire du xvme siècle, Bétails historiques sur la manufacture de tapisserie de Beauvais ( Bibl. Mazarine, no 3723).

français des ouvriers experts dans l’art de tisser et d’apprêter des étoffes et des rubans. De Suède, on fait venir des mineurs et des fondeurs pour couler des canons de cuivre. On attire des ouvriers italiens pour la fabrication des crêpes, d’autres pour celle des glaces, car « personne ne peut travailler à la mode des Vénitiens, qui est la seule qui peut réussir »; ils ont fait la prospérité de la manufacture de Saint-Gobain. L’ambassadeur à Venise, M. de Bonzy, à la demande de Colbert, envoie des brodeuses en points de Venise : telle, la famille Cordoni, qui forme des apprenties a Reims. En Allemagne, on cherche surtout à débaucher des ferblantiers et des fondeurs; en 1668, après trois ans de laborieuses négociations, on fait venir de Saxe deux maîtres réputés.

On désire à tel point se procurer des ouvriers habiles qu on accueille volontiers même des protestants, Comme les Zélandais Jacob Stievens et Fr. Clément, qui fondent à La Rochelle une manufacture de tabac, et surtout comme van Robais, de Middelbourg, qui s’établit à Abbeville et auquel on permet, ainsi qu’à ses ouvriers, l’exercice de la religion protestante. Van Robais reçoit de grands privilèges : un prêt de 80.000 1. et un don de 20.000 1. Colbert le défend contre les gardes et les maîtres drapiers d Abbeville. Van Robais fabrique des draps fins façon d Angleterre et forme d habiles ouvriers. Le Roi honore de sa visite la manufacture d’Abbeville (1).

D autre part, on prend des mesures fort sévères pour empêcher la désertion des ouvriers français. Un édit d’août 1669 défend aux sujets « de s’habituer dans les pays étrangeis à peine de confiscation de c,orps et de biens » ; un édit de 1682 va meme jusqu à punir de mort « les ouvriers

(1) Sur tout ce qui précède, voy. Germain Martin, La grande industrie sons le règne de Louis XIV , pp. 33 et sqq.

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qui sortiront du royaume ». En 1670, un veloutier et un épinglier ayant formé le projet de s’établir à Florence, Colbert veut qu’ils soient frappés d’une punition sévère « afin d’empescher que les manufactures qui sont establies en France ne passent dans les païs estrangers » ; on prend aussi des mesures contre des Rouennais qui voulaient s établir au Portugal. On fait même emprisonner des ouvriers étrangers qui veulent regagner leur pays ; c’est la raison pour laquelle on emprisonne à Pierre-Scize trois ouvriers en glaces italiens, qui cependant avaient obtenu des passeports de l’ambassadeur de Venise.

Afin de faire triompher ses idées, Colbert s'efforce de stimuler le zèle des habitants, veut leur forcer la main pour établir des manufactures. Il en agit ainsi avec les habitants de Bourges, qu’il taxe d’incurie et de mollesse. Deux maîtres drapiers de Paris sont envoyés, en 1665, pour réformer les statuts de la draperie avec les principaux maîtres de Bo urges. En 1666, l’intendant s’adresse aux directeurs de l’hôpital, leur propose de faire fabriquer des bas d’estame, et cette manufacture réussit très bien (1). Mêmes procédés à Poitiers. Colbert s’élève contre « l’extrême fainéantise » des habitants : « il n’y a rien qui rende la ville de Poitiers gueuse et misérable comme elle est que la fainéantise de ses habitants». Il recommande aux intendants de stimuler les Poitevins; c’est ainsi que fut fondée une manufacture de bas et de bonnets de laine, qui prospéra ; à Chatellerault, est créée une manufacture de cuirs, qui devint assez floris-

(! ) Voy. Boyer, Histoire de l'industrie et du commerce à Bourges {Mémoires de la Société historique , littéraire , artistique et scientifique du Cher, an. 1884, pp. 215 et sqq. ) .

santé (1). Il va utiliser les hôpitaux généraux pour y créer de véritables manufactures : à l’hôpital de Bordeaux, on fabrique des bas au métier, on carde la laine, on fabrique des dentelles (2).

Pour développer les manufactures, Colbert compte sur les privilèges et les monopoles. Ce n’est pas qu’en principe il soit partisan des privilèges : « Vous devez estre assuré que toutes les fois que je trouve un plus grand avantage ou un avantage égal, je n’hésite pas à supprimer les privilèges ». Des fabricants de Montpellier lui ayant demandé un monopole, il refuse de le leur accorder, « parce que les privilèges de manufactures établies dans le Royaume contraignent toujours le commerce et la liberté publique ». Mais, tant que l’industrie ne se sera pas suffisamment développée, les privilèges seront indispensables.

En quoi consistent ces privilèges? Parfois la noblesse est accordée aux manufacturiers. Mais, le plus souvent, on leur accorde des prêts sans intérêt pour le premier établissement, ou bien on leur donne des ateliers, ou encore on paie les frais de construction des machines. Les procès où sont engagées les manufactures sont enlevés à la compétence des juges des manufactures. Les ouvriers sont déchargés de tailles, subsides, logements de gens de guerre et même du service militaire ; souvent ils obtiennent la maîtrise sans chef-d’œuvre et sans avoir à payer de droits. Par contre, il leur est défendu de quitter la manufacture sans le congé de l’entrepreneur ou du directeur.

Le Roi fournit aux entrepreneurs de manufactures des

(t) Boissonnade, L'histoire du travail en Poitou, t. II, pp. 422 et sqq. (2) Voy. Eugène Guitard, Un grand atelier de charité sous Louis XIV : l'Hôpital Général de la manufacture de Bordeaux (1658-1715) (Hayem, op. cil., t. IV, pp. 85 et sqq.). — La manufacture de l’hôpital général de Nevers réussit fort bien et se développera remarquablement au xvm« siècle (Gueneau, op. cit., pp. 292 et sqq.).

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sommes assez considérables, plus de 200.000 1. par an jusqu’en 1672. Colbert fait, d’ailleurs, participer aux dépenses les Etats provinciaux et les villes. En Languedoc, par exemple, sous l’inspiration de l’intendant Daguesseau, les Etats donnent des sommes considérables; ils prêtent, par exemple, sans intérêt 30.000 1. à la manufacture de la Villenouvette (1). En Bourgogne et en Franche-Comté, les Etats subventionnent aussi les manufactures. Colbert obliee également les villes à leur accorder des capitaux ou des immeubles; Auxerre, par exemple, subventionne la manufacture des points de France. — M. Germain Martin a pu dire avec raison que Colbert a distribué les privilèges avec parcimonie et discernement ; son seul tort a été de n’accorder de secours qu’aux grands établissements, qui, à cette époque, ne sont pas toujours les plus actifs.

Le régime du monopole caractérise aussi la politique économique de Colbert. Souvent, dans un certain rayon, une manufacture possède le monopole de la fabrication ; ainsi, à la fin du xvu® siècle, le monopole de la fabrication des draps fins du Languedoc appartient aux manufacturiers de Clermont l’Hérault, de Saptes et de Conques.

Parmi les encouragements, il faut signaler aussi les primes ; les Etats du Languedoc, par exemple, accordent 10 1. de gratification par ballots de draps fins exportés au Levant. Ou encore on accorde aux manufactures l’exemption des droits d’entrée sur les matières premières. — Parfois les directeurs de manufactures se syndiquent pour que toute production soit impossible aux autres fabricants : en 1715, les manufactures royales du Languedoc demandent qu’il soit défendu à tous autres fabricants de tisser des draps pour l’exportation dans le Levant.

(1) Cf. Boissonnade, Colbert , son système et les entreprises industrielles d'Etat en Languedoc ( 1661-1683 ) ( Annales du Midi, 1902, t. XIV).

■On ne saurait se représenter ces manufactures royales comme des usines modernes. La concentration industrielle est extrêmement rare. M. Germain Martin (1) cite l’exemple de Villenouvette près de Clermont l’Hérault. La manufacture est entourée de murailles, percée de quatre portes ; à l’intérieur, on trouve la maison du directeur, les locaux des foulons, les logements des tisserands, comprenant chacun un atelier, des filoirs. Mais c’est un cas tout à fait exceptionnel. Et il s’agit de savoir, d’ailleurs, si la manufacture ne donnait pas à travailler au dehors. Le régime dominant, c’est celui des petits fabricants, qui souvent se trouvent sous la dépendance économique des manufactures.

L industrie affecte encore, en bien des cas, le caractère d’une industrie domestique et rurale. A cet égard le mémoire de l’intendant de la généralité d’Amiens, Bignon, en 1698 (2), est bien significatif. Pour la plupart des manufactures, il note qu’on travaille, non seulement dans la ville, mais aussi dans le « plat pays », dans les villages environnants. Souvent les marchands font l’avance des matières premières. Parmi les ouvriers, dit-il encore, « quelquesuns y sont entièrement occupés, les autres ne s’y donnent que dans le temps que le labourage et culture des terres ne fournissent pas assez de travail ». Le métier est alors une occupation accessoire pour « les journaliers qui n’ont, pas de profession réglée ». Ce qui, dans la draperie, accroît l’importance du commerçant ou manufacturier, Bignon le remarque, c’est que chaque ouvrage passe entre les mains d’un grand nombre d’ouvriers différents : peigneuses,

(1) La grande industrie sous le règne de Louis XI V, pp. 115 et sqq.

(2) Publié par Hayem, op. cil., t. I, pp. 159 et sqq.

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fileuses, doubleuses, tordeuses, teinturiers, foulons, rouleurs, calandreurs, etc. — Les toiles de Bretagne ne se fabriquent qu’à la campagne. En Bourgogne, vers la fin du xvue siècle, la fabrication de la toile devient presque exclusivement une industrie rurale (1).

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Il est intéressant de décrire les industries qui ont été créées ou développées par Colbert. Les industries de luxe y tiennent encore une place importante.

Ainsi, Colbert veut introduire en France la fabrication des dentelles. Il fait venir des ouvrières de Venise; une compagnie, créée par Pluyniers et Talon, est investie pour neuf ans du monopole de la fabrication dans le royaume. Le Roi lui donne un local à Paris, fhôtel Beaufort, lui accorde une subvention de 37.000 1., paie les appointements des directeurs, promet des gratifications aux ouvrières, interdit de vendre et de porter des dentelles étrangères. Des ateliers furent ouverts un peu partout, à Reims, dans le Bourbonnais, en Auvergne, en Normandie. Les dentellières du cru étaient naturellement hostiles aux nouvelles manufactures, car les directeurs ne donnaient de l’ouvrage qu’aux ouvrières qui se rendaient à l’atelier. A Reims, il y eut une véritable émeute contre la manufacture dirigée par P. Chardon ; à Aurillac, également ; mais l’intendant l’apaisa en permettant aux ouvrières de travailler à domicile. A Auxerre, on ne fait aucune concession; aussi, malgré les mesures prises, ce fut l’insuccès (2). La manufacture de

(1) Voy. Roupnel, op. cit., pp. 144.

(2) Cf. P.-M. Bondois, Colbert et l’industrie de la dentelle à Auxerre (Hayem, op. cit., t. VI, pp. 203-276). Il en fat de même à Montargis ; voy. Bondois, La manufacture dentellière de Montargis {Ibid., 7' série, pp. 255 et sqq.).

Bourges, fondée en 1666, disparaît dès 1677; les fabricants de la ville font une concurrence victorieuse au point de Paris, plus grossier. A Bourges, il y eut des émeutes graves contre la nouvelle manufacture ; on ne put en triompher. Finalement, le privilège de la compagnie ne fut pas renouvelé en 1675. C’était un échec pour Colbert (1).

C est aussi une fabrication de luxe que celle des crêpes de soie, dont une manufacture fut fondée à Lyon par Dupuys ; Colbert, en 1666, lui accorda des privilèges et prohiba les crêpes italiens ; la manufacture fut active à Lyon, à Saint-Chamond, à Saint-Etienne. A Paris, en 1668, fut créée une manufacture de velours et de draps d'or et d’argent ; à Nîmes, se développa l’industrie des taffetas, grâce à la prohibition des soies d’Avignon : en 1681, on compte 132 moulins et 1.100 métiers.

Il y a aussi progrès sensible de la fabrication des glaces. En 1665, un privilège exclusif est accordé, pour vingt ans, à la manufacture royale de glaces de miroir. La Compagnie s’engage à fabriquer des glaces sur le modèle de celles de Murano et à atteindre à la même perfection. Le roi accorde un prêt sans intérêts de 12.000 1. pour quatre ans, puis une subvention de 25.000 1. Une fabrique est installée au faubourg Saint Antoine ; elle emploie 200 ouvriers, la plupart italiens. En 1666, un autre établissement est fondé à Tourlaville, dans le Cotentin. En 1673, la manufacture a fort bien réussi : « nos glaces sont maintenant plus parfaites que celles de Venise », écrit Colbert à l’ambassadeur français à Venise. C’est après la mort de Colbert, en 1692, que fut fondé l’établissement de Saint-Gobain; les diverses

(1) A Alençon aussi, on se révolte contre le monopole institué par Colbert, et, en 1675, la liberté est rendue aux fabricants et aux marchands. D’ailleurs, le point d’Alençon était antérieur à Colbert; il avait été créé, vers 1650, par Mme Derrière. Voy. Mme Desfierres Le point d’ Alençon, 1886.

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manufactures ont fusionné et ont constitué une puissante compagnie, qui subsistera aux xvme et xixe siècles (1).

La manufacture de bas de soie et de bas d’estame au métier se développa aussi. Une manufacture de bas de soie avait été fondée par Hindret au château de Madrid, en 1656. En 1668, le Lyonnais Fournier en établit une autre à Lyon et obtient un privilège. Malgré les protestations d’Hindret, Colbert confirme le privilège de Fournier, lui prête 40.000 1. sans intérêt pour cinq ans, à condition qu’il aurait 100 métiers. Quant à Hindret, en sa faveur, on forme une société au capital de 300.000 1. ; en 1672, le roi donne des gratifications aux ouvriers de la manufacture de Madrid.

Des fabriques de bonneterie sont établies dans un grand nombre de villes par Camuset : à Villeneuve-le-Roi, Joigny, la Charité, la Châtre, Yierzon, Saint-Amand, Reims, Clermont, Moulins, Auxerre. A Rourges et à Poitiers, c’est à peu près la seule industrie prospère. Camuset n’a d’ailleurs pas le monopole absolu de la fabrication, comme le prouve une lettre de Camuset à Colbert, de 1667. L’industrie de la bonneterie a pris un grand développement : en 1681, on compte 20.000 ouvrières en Beauce, 10.000 en Picardie. — Le « métier » s’introduit de plus en plus : un arrêt de 1684 permet de se servir du métier pour la bonneterie en laine, fil et coton, à la condition que les maîtres ne fassent que des articles fins et réservent au moins la moitié de leurs métiers à la soie. On fabrique également au

(I) Voy. la bonne étude d’Elpbôge Frémy, Histoire de la. manufacture des glaces en France aux XVII* et X VIIF siècles. Paris, 1909, p. 19 et sqq.

métier des articles communs, qui font concurrence au tricot. Aussi, en 1700, limife-t-011 l’emploi du métier à Paris et à dlx-sept villes (1).

Une des grandes préoccupations de Colbert a été de développer les manufactures de drap. Pour les draps fins, il s’agit de lutter contre les Hollandais et les Anglais en leur empruntant leurs procédés. L’établissement de Yan Robais, à Abbeville, reçoit des subventions et le privilège exclusif, véritable monopole, dans un rayon de dix lieues autour de la ville. A Caen, deux protestants, Massieu et Jemblin, fabriquent des draps façon de Hollande, qu'on exporte en grande quantité en Angleterre. Une manufacture de camelots de Bruxelles est établie à Amiens ; une manufacture de damas de Flandre,' à Meaux. Arras, Saint- Quentin, Sedan deviennent des centres importants de l’industrie drapière. Des fabriques de drap, créées en Bourgogne, reçoivent des subventions des Etats. Dans le Midi, les manufactures de la Villenouvette, de Saptes, de Conques, où l’on fabrique des draps fins, sont fondées et encouragées par Colbert, qui leur fait attribuer aussi parles Etats (d’importants secours (2). — Quant à la fabrication des toiles, elle est encouragée en Bretagne, où elle est la seule industrie importante, et en Dauphiné. Colbert essaie de créer 1 industrie des toiles fines à Autun et à Auxerre.

L industrie métallurgique fait aussi d’assez grands progrès. Dans le Midi, Colbert fait exploiter des mines de cuivre et de plomb ; il crée des fonderies et des forges à Grenoble, à Saint-Etienne, où fut établie une manufacture d’armes ; des fonderies royales ont été établies à Vienne,

(1) Cf. Ch. Ballot, L'intràduction du machinisme dans V industrie française, pp. 263 et sqq.

(2) Voy. Eugène Güitard, L'industrie des draps en Languedoc (EIayem, op. cit., t. I, pp. 9-34). Encore en 4730, 30.000 personnes en Languedoc sont occupées à la fabrication des draps.

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à Giromagny. A l’Allemagne on emprunte l’industrie de l’acier et du fer-blanc, et des essais intéressants ont été tentés à l’usine de Beaumont, dans la forêt deConches. Mais presque toujours les forges sont de très petits établissements, à proximité des forêts qui fournissent le combustible.

On le voit, les manufactures s’appliquent encore surtout aux objets de luxe, comme au xvie siècle, mais Colbert se préoccupe plus qu’on ne l’avait fait jusqu’alors de la draperie, de la métallurgie : il veut leur donner une productivité plus grande en mettant à leur disposition des capitaux plus considérables. C’est l’Etat seul, ou à peu près, qui a l’initiative de ces créations ; elles sont presque toujours artificielles. Et c’est pourquoi la plupart sont destinées à périr ou à péricliter.

Cependant une sérieuse impulsion a été donnée à l’industrie française. Certaines provinces, comme le Languedoc, dont l’industrie était à peu près ruinée en 1660, ont vu leur vie économique se ranimer sous l’administration de Colbert (1). Les essais de statistique industrielle qu’on a essayé de dresser, — notamment M. Germain Martin et Levasseur, — ne sauraient être considérés comme rigoureusement exacts. Ils montrent cependant que de nombreux îlots industriels ont émergé, que des industries nouvelles ont été implantées en France, et quelques-unes d’entre elles auront un brillant avenir (2).

(1) Voy. P. Boissonnade, L’état , l'organisation et la crise de l'industrie languedocienne pendant les soixante premières années du XV 11% siècle ( Annales du Midi , t. XXI, avril 1909). — Cependant Colbert rencontra assez souvent des résistances. En Bourgogne, les habitants se refusent à créer des industries nouvelles; ils veulent réserver foute la main-d’œuvre à l’agriculture (Roupnel, op. rit.. pp. 215-216).

(2) Sur tout ce qui précède, voy. Clément, Lettres, instructions et mémoires de Colbert , 10 vol. 1861-1865; Depping, Correspondance administrative sous Louis XIV, 1860-1865, 4 vol. ; Jacques Savary,

Pour avoir une idée complète de la politique industrielle adoptée par l’autorité royale, il faut se rappeler ce qui a été dit des droits protecteurs, des tarifs de 1664 et 1667, de tous les efforts qu on a faits pour lutter contre la concurrence de l’industrie anglaise et de l’industrie italienne ; il faut aussi décrire les progrès de la réglementation industrielle, l’une des manifestations les plus significatives du colbertisme, et qui subsistera presque jusqu a la fin de 1 Ancien Régime.

Poui acquérir une bonne réputation sur les marchés étrangers, c est une nécessité pour 1 industrie française de leur livrer de bons produits. Certes, tous les statuts de métiers contenaient des règlements de fabrication, souvent très minutieux. Mais Colbert a donné à la réglementation une ampleur nouvelle, la rendit plus stricte, plus uniforme, la fit dépendre plus étroitement du pouvoir roval.

Il y a eu, pour cette réglementation, un long travail de préparation. Colbert envoie des commissaires dans les provinces pour consulter les marchands et les artisans. Ainsi, une mission est donnée à Guy Poquelin et à François de la Croix, drapiers de Paris; ils assemblent, non tous les maîtres, mais « la partie la plus saine » d’entre eux, c’est-àdire les notables, ainsi que le corps de ville. Le règlement sur la soierie a été « concerté », examiné, discuté par les maîtres les plus habiles de Lyon, rédigé par le prévôt des marchands, en 1665. Mais certains indices permettent de

Le parfait négociant, 1675; Savary des Brûlons, Dictionnaire universel du commerce et des manufactures , 1 re édition, 1723; E. Levasseur, Histoire des classes ouvrières , 2e éd., t. II, pp. 236 et sqq • Germain Martin, La grande industrie sous le règne, de Louis XIV. Paris, 1889.— Sur le rôle de Colbert, voy. aussi les pages si brillantes d E. Lavisse, Histoire de France, t. VIP, pp. 206 et sqq.

(1) Varin, Statuts de la ville de Reims, t. Il, pp. 807 et sqq.

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voir que souvent il y a eu dans ces assemblées une résistance et une opposition, que les agents royaux s’ingénient à dissimuler. A Reims, Poquelin et de la Croix se heurtent à l’hostilité de la plupart des maîtres drapiers, qui ne veulent pas du nouveau règlement ; les agents se contentent donc de le faire signer par le Conseil de ville (1). A Saint-Lô, à Carcassonne, à Sedan, à Bourges, à Châteauroux, à Lyon, la résistance n’est pas moins vive.

Quel est le caractère de la réglementation industrielle ?

On distingue deux sortes de règlements : les règlements particuliers et les règlements généraux. Les règlements particuliers concernent chaque ville et chaque sorte de manufactures. Ils sont très nombreux; sous l’administration de Colbert, on en compte 150, et depuis on en a édicté beaucoup. - — Les règlements généraux, ce sont les quatre grandes, ordonnances applicables à tout le royaume et concernant la draperie, la soierie, la teinturerie.

Colbert se propose surtout d’empêcher les fraudes en rendant partout uniformes les étoffes du même nom; il désire remédier aux abus qui se commettent « aux longueurs, largeurs, force et bonté des draps, serges et autres étoffes de laine et fil, et rendre uniformes toutes celles de même sorte, nom et qualité, en quelque lieu qu’elles puissent estre fabriquées, tant pour en augmenter le débit dedans et dehors le royaume que pour empêcher que le public ne soit trompé ». Les ordonnances sur les étoffes déterminent donc, pour chaque espèce d’étoffe, la qualité des matières premières, la longueur et la largeur de chaque pièce, le nombre des fils de la chaîne. On prescrit de modifier les métiers en ce sens. — Les deux ordonnances

(1) Pour la réglementation, la source essenlieile est le Recueille règlements généraux et particuliers concernant les manufactures du royaume, 4 vol. et 3 vol. de supplément. Paris, 1730-1750.

sur la teinture sont aussi extrêmement minutieuses et elles sont complétées par une Instruction générale pour la teinture des laines de toutes couleurs et pour la culture des drogues et ingrediens qu’on y emploie , publiée en 1671. Cette Instruction en 317 articles est un traité technique très remarquable, presque scientifique ; elle distingue deux sortes de teintures : du grand teint et du petit teint.

C était une tâche fort ardue et difficile d’appliquer les règlements, surtout pour les étoffes communes. En ce qui concerne la longueur et la largeur, il faut tenir compte des habitudes traditionnelles des artisans et de la clientèle. Il est impossible d’assurer la largeur des étoffes à bon marché, tissées avec des laines grossières dont le rétrécissement est très variable. Souvent s’élèvent les protestations des habitants. En Poitou, on voit, tout d’abord, la négligence systématique des jurés, qui ferment les yeux aux contraventions, des juges qui ne condamnent pas les délinquants. Colbert fait d’abord des concessions, puis, à partir de 1673, il devient très intolérant (1).

Les règlements obligent les autorités à une surveillance très active et à une discipline impitoyable. — H y a d’abord la marque obligatoire ou plutôt les diverses sortes de marques : marque du tisserand, marque du teinturier, marque du fabricant, certifiées par le sceau des jurés, qui porte, d’un côté, les armes et le nom de la ville, et, de l’autre, une effigie de « Louis XIV restaurateur des manufactures de France ». La visite des étoffes doit avoir lieu au bureau des gardes jurés à l'hôtel de ville ( bureau de visite , de mcn que). Quant aux forains, ils sont soumis à la « marque foraine » ; les pièces venues d’une autre ville sont inspectées à la halle. r

Les pénalités qui frappent les contraventions sont très

(1) P. Boissonnade, Essai sur V histoire du travail en Poitou, t. IL pp. 444 et sqq.

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Jures. Ce sont de fortes amendes, des confiscations ; c’est

a. mise au pilon des marchandises défectueuses et même •des fabricants. Les marchandises dont la confection n’a pas ete conforme aux règlements sont exposées sur un poteau haut de neuf pieds, avec un écriteau contenant les noms du marchand et de l’ouvrier. En cas de récidive, le fabricant subit un blâme public dans l’assemblée générale <le la communauté ; pour une troisième faute, il est « mis et attaché au carcan, avec des échantillons des marchandises confisquées, pendant deux heures. » Et qu’on n’oublie

pas que la moindre négligence fait taxer une marchandise de défectueuse.

La réglementation oblige le gouvernement à intervenir dans 1 organisation du travail des industries textiles. Ainsi, Colbert essaie de délimiter la spécialité de chacun des métiers de la draperie, de distinguer les teinturiers du grand teint et ceux du petit teint, de grouper en corporations jurées les artisans des manufactures d’étoffes ; c’est ce que montre le règlement de 1669.

Colbert est aussi obligé de créer de toutes pièces une administration, qui persistera pendant tout l’ancien régime. En 1669, il établit une juridiction nouvelle, les juges des manufactures. Les tribunaux chargés de maintenir le respect des anciens règlements, de juger les différends entre industriels, entre ouvriers et fabricants, sont composés d’offîciers municipaux et de marchands ou bourgeois « intelligents sur les manufactures ». La justice de ces tribunaux est sommaire ; on ne voit figurer dans les audiences ni avocat, ni procureur. Les juges de manufactures décident en dernier ressort toutes les causes dont la valeur ne dépasse pas 150 1. ; pour les autres, il y a appel au Parlement.

Les gardes-jurés voient leurs attributions accrues , maintenant, ils ont, en effet, à faire de fréquentes visites, à apposer des marques ; c’est aussi à eux qu incombe la charge du bureau des visites. L’article 59 de l’ordonnance d août 1669 créait dans chaque ville de fabrication une assemblée, tenant une séance annuelle en janvier, et comprenant les gardes et jurés des métiers de laines et de fils, les jurés des années précédentes, quatre autres membres des communautés, deux notables bourgeois. Les assemblées doivent délibérer sur les mesures à prendre pour le développement de 1 industrie. Mais cette institution ne fonctionne, — et encore très rarement, — qu’à Beauvais et à Sedan. En 1727, un arrêt du Conseil essaya de la remettre en vigueur ; mais ce dernier arrêt ne fut guère observé que pendant quelques années (1).

Une institution autrement importante, ce fut celle des inspecteurs des manufactures , que Colbert mit au jour par son édit du 13 août 1669, et qui ne cessa de se développer jusqu’à la Révolution. Les fonctions des inspecteurs sont complexes : ils font enregistrer les nouveaux règlements concernant les manufactures, les expliquent, s occupent à les faire observer. Ils surveillent les juges des manufactures et les jurés, contrôlent la marque des étoffes, inspectent les foires, excitent le zèle des fabricants. A tout instant, ils visitent les villes de manufactures, se renseignant sur l’état des fabriques. C’est à eux encore qu'il appartient d’assembler les échevins et les principaux marchands pour entendre leurs avis. Ils dressent des procès-verbaux de leurs inspections et envoient des rapports au pouvoir central. Leur traitement ne dépasse pas 1.800 ou 2.000 1. (2).

(1) Bonnassieux, Les assetnblées représentatives du commercesous l'ancien régime ( Revue générale d’ administration, an. 1883* t. II, pp. 26 et sqq.). Cf. Germain Martin, op. cit., pp. 141 et sqq.

(2) Germain Martin, op. cit., pp. 116 et sqq.

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Tout d’abord, il n'y eut pas d’inspections dans tontes les provinces. Aussi les circonscriptions sont-elles tort étendues ; l’une d’entre elles comprend le Poitou, l’Anjou, l’Aunis, avec Niort comme chef-lieu ; elle a 40 lieues de longueur et comprend plusieurs centaines de villages. Les inspecteurs restent longtemps en fonctions : en Poitou, on en compte seulement quatre pendant soixante-dix ans. Sous les ordres de l’inspecteur, dans chaque chef-lieu de fabrique, on trouve un commis particulier , qui visite les ouvrages des ateliers et contrôle les opérations des gardes-jurés (1).

Les relations des inspecteurs avec les gardes-jurés sont souvent mauvaises. En Languedoc, les conflits sont si fréquents qu’un arrêt de 1712 donne à l’intendant seul le droit de les juger, sauf appel au Parlement. Souvent, les fabricants demandent la suppression des inspecteurs, déclarant que les jurés peuvent les remplacer.

Quant aux intendants, dès l’époque de Colbert, ils avaient la haute main sur l’industrie. Leur pouvoir était très considérable pour tout ce qui concernait les mines, les houillères, les forges, les verreries, et leurs subdélégués étaient les seuls à les renseigner sur l’état de ces industries.

La question se pose de savoir si la réglementation instituée par Colbert a été vraiment efficace. On peut en douter. Voyons, par exemple, ce qui se passe à Castres (2), centre d’une importante manufacture, dont les règlements, très compliqués, étaient l’œuvre de la municipalité ; leur application était surveillée par les « surposés de la Bouille », mais les contraventions étaient nombreuses. On

(1) P. Bojssonnade, o/j. cit., t. II, pp. 441 et 503 et sqq.

(2) Voy. Granat, L'industrie de ta draperie à Castres au XVIIe siècte et tes ordonnances de Colbert ( Annales du Midi, 1898 et 1899).

voit que les ordonnances de Colbert ne modifièrent qu assez peu 1 ancienne organisation. Seul, le règlement des teinturiers fut plus complet qu’autrefois ; les peines contre les fraudeurs furent aussi plus rigoureuses. On dressa le catalogue de tous les fabricants, on les organisa en jurandes, et, dans chacune déliés, on établit des jurés : il y en eut trois pour les marchands, quatre pour les tisserands, deux pour les teinturiers. Vers 1672, on n’aperçoit aucune amélioration notable dans la fabrication : les fraudes sont presque aussi nombreuses; les jurés continuent à marquer les draps en ville. C est en A7ain qu’on se livra à de nombreuses enquêtes vexatoires, que des dénonciations souvent injustes inquiétèrent les fabricants, que l’on prononça des condamnations sevères. L’industrie drapière de Castres déclina peu à peu!

Ce qui montre que l’œuvre industrielle de Colbert était, en partie du moins, artificielle, c’est la décadence profonde des manufactures dans la deuxième partie du règne de Louis XIV. Il est vrai que cette decadence a été provoquée par tout un ensemble de causes, et que de la plupart Colbert ne saurait être tenu pour responsable.

L une des plus graves est l’effet des persécutions contre les protestants et surtout de la révocation de l’édit de Nantes. Les persécutions atteignent les gens des métiers, des la première moitié du siecle. En 1629, le corps de ville de Poitiers, pour faire droit à la requête des maîtres catholiques, ordonne « qu’aucun de la religion prétendue réformée ne serait reçu maistre en aucun métier juré », et on essaie aussi de chasser de leurs communautés les médecins et apothicaires protestants (1). L’assemblée du clergé

(1) Boissonnade, op . cit., t. II, pp. 353 et sqq.

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