LA CONDITION ET LA VIE DES CLASSES OUVRIÈRES ET MARCHANDES
AU XVIIe SIÈCLE
I. Charges qui pèsent sur les gens de métiers. — II. Mode de vie des artisans. — III. Différences de conditions : métiers aisés et métiers pauvres. - IV. Marchands, entrepreneurs et directeurs de manufactures. — V. Les compagnons. - — VI. La journée de travail et les salaires. — VIL Les compagnonnages. — VIII. Les grèves.
Le mode de vie des classes ouvrières et marchandes est particulièrement difficile à étudier; on ne peut arriver qu’à des résultats tout approximatifs, car il est impossible de dresser de Aréri tables statistiques.
Ainsi, il serait intéressant de pouvoir évaluer la population des métiers. Mais, comme il n’existe pas de statistique^ il faut se contenter de quelques indications. M. Boissonnade, pour le Poitou, croit pouvoir établir que, dans les villes et gros bourgs, les métiers constituent un quart ou un tiers de la population, et, même à Niort, ville très industrielle, les neuf dixièmes ; dans les campagnes, notamment dans l’élection de Saint-Maixent, la classe industrielle ne représenterait qu'un cinquième de là population, s’il faut en croire le rapport du subdélégué Levesque, en 1698 (1). On voit aussi que les métiers qui emploient le plus de personnes sont les métiers de l'alimentation (boulangers, meuniers, bouchers, cabaretiers) et aussi ceux de l’in-
(1) Boissonnade, op. cit., t. II, pp. 236 et sqq.
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dustrie textile et de l'habillement : dans les campagnes même, fileurs et tisseurs sont très nombreux.
On peut se rendre compte avec plus de précision des charges qui pèsent sur les gens de métiers. Les artisans sont plus heureux, à cet égard, que les paysans, car ils n’ont à supporter ni les droits seigneuriaux, ni presque jamais la taille royale ; ils ne sont atteints que par les impôts indirects. Mais, à la fin du xvne siècle, ils sont plus directement frappés par la fiscalité royale. La capitation retombe surtout sur eux ; les jurés dressent les rôles et versent au trésor les fonds des impositions. Bientôt vont sévir le dixième, puis les vingtièmes. En outre, les offices se multiplient ; pour les racheter, les métiers doivent contracter des dettes dont le poids retombe sur les maîtres.
Quant aux charges militaires, elles sont relativement peu de chose. La milice urbaine, aux xvue et xvme siècles, n'a plus qu'une importance très faible (1). La milice royale épargne aussi les artisans, beaucoup plus que les paysans. De 1778 à 1787, dans l'élection de Troyes, 9.000 hommes tirent au sort; on en prend 554 (pour 85 000 habitants). A Troyes, qui a une population de 24.000 âmes, on n’en prend que 70, soit 7 par an, sur 1.378 inscrits.
La plupart des ouvriers, l’immense majorité même, sont des ouvriers de petite industrie. Le régime tout à fait dominant, même dans l'industrie textile, c’est le régime du petit atelier. D’après les règlements de la soierie, à Lyon, à
(1) Ibid , t. II, pp. 243 et sqq.
Paris, à Tours, chaque maître ne peut avoir qu’un atelier et un apprenti; même obligation pour les sayetteurs d’Amiens ; à Reims, les drapiers ne peuvent avoir plus de six compagnons, quatre peigneuses, un apprenti. Il y a donc un grand nombre de maîtres. La proportion du nombre des maîtres à celui des compagnons est encore très forte.
Quelle est la condition du maître-artisan '? Comment peut-on se représenter son genre de vie? La principale source à consulter, à cet égard, ce sont les inventaires après décès.
Souvent encore, au xvne siècle, les métiers sont répartis par quartiers. Cependant, vers Ja fin de ce siècle, au moins dans les grandes villes, cette coutume tend à disparaître : les métiers suivent de plus en plus la clientèle.
La maison de l’artisan est, en général, petite et étroite. Au rez-de-chaussée, une large baie : c’est batelier ou la boutique, avec l’enseigne, au-dessus de la porte. Au premier étage, une chambre et un cabinet; derrière la maison, une cour avec ses dépendances. La maison est bâtie le plus souvent en bois et en torchis, « de piastre et de bois ». Le toit est couvert de planchettes en bois ( aissis ), et souvent la fumée s'échappe par une cheminée en bois, ce qui est un grave danger d’incendie. Parfois la maison est supportée par des piliers, qui forment galerie, ce qui a l'inconvénient de rendre les boutiques obscures. En tout cas, les auvents font saillie pour abriter les objets en vente, et souvent ils forment le volet; on peut acheter du dehors. Comme les rues sont étroites, cette disposition rend la circulation difficile. Quelquefois, le maître est propriétaire de la maison, ou encore il a conclu un bail a long terme, moyennant le paiement d’un cens.
, Le mobilier est parfois assez confortable, dénotant un certain bien-être ; il comprend des chaises, des fauteuils, ries armoires, un lit confortable, un peu d’argenterie ;
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parfois on trouve des tableaux, des gravures, des bijoux.
G est une nécessité pour les artisans d’avoir des avances, •car ils vendent fréquemment à crédit, surtout aux gentilshommes. Les bouchers, les tailleurs, les drapiers, les boulangers surtout sont dans ce cas (1). Aussi aiment-ils avoir chez eux de l’argent comptant : un pâtissier de Troyes a dans sa chambre 1.800 1. L’artisan qui ne possède pas d'avances frise constamment la faillite ; la maladie produit souvent une grande gêne (2).
Ainsi la vie de l’artisan est difficile, précaire, bornée. On cite bien quelques artisans qui arrivent à la fortune, surtout dans les métiers de luxe ; mais c’est l’exception. Et, dans ce cas, ils s’élèvent au-dessus de leur classe et l’abandonnent, deviennent de gros négociants, des directeurs de manufactures ; leurs enfants achètent des charges royales et pénètrent dans les rangs de l’aristocratie.
D’ailleurs, parmi les maîtres, on note de grandes différences de conditions. C’est ce que montrent les inventaires de Troyes, recueillis par Babeau (3). Voici, par exemple, un maître passementier, Charles Dieu, en 1622 : sa vie est très simple, son mobilier assez rudimentaire, sa batterie de cuisine est peu fournie ; il ne possède que de la vaisselle d’étain ; la liquidation de sa succession ne donne que 218 1. ; chacun de ses sept enfants reçoit 14 1. 12 s. En 1631, un maître boulanger habite une petite maison achetée 320 1. ; il loge dans une chambre basse, obscure, humide ; comme
(1) A un boulanger, au moment de sa morl, il est dû 4.000 I.
(2) Babeau, Les artisans et l^s domestiques d’autrefois, Paris, 1886, pp. 188 et sqq.
(3) Ibid., Appendice, pp. 322 et sqq.
Sée.
linge de table, il ne possède que deux nappes et trois douzaines de serviettes; chez un autre boulanger, en 1636 r l’inventaire du mobilier s’élève à 739 1. 15 s. ; chez un, autre encore, en 1665, à 1380 1., et on voit qu’il est bien muni d’instruments professionnels. Un maître pâtissier, en 1665, a une très belle argenterie, qui vaut près de 700 1., une belle batterie de cuisine ; sa maison est vaste, son mobilier, confortable; en cave, il a 11 muids et 2 feuillettes de vin, estimés 432 1. ; en outre, il possède une somme d'argent de 1800 1., sans compter de nombreuses constitutions derentes. Un boucher, Toussaint Camusat, en 1666, a une chambre basse garnie d’armoires en noyer, de la vaisselle de faïence, de Libelle argenterie. Sa chambre à coucher est tendue d’une tapisserie de Rouen, contient un beau lit, un miroir assez luxueux (un cadre en écaille de tortue, garnie d’argent), des coffres couverts de tapisserie en cuir rouge ; dans une chambre voisine, se trouvent un lit, un « bassin à laver », une aiguière couverte, deux flambeaux. La bouchère possède d’assez riches bijoux ; le boucher, des habitsdedrap confortables ; en cave, se trouvent 14 muids de vin, estimés 420 1. ; la fortune de Camusat comprend aussi des, terres, des vignes, des rentes, des vaches à cheptel.
Un drapier-drapant, en 1670, a dans sa boutique uno assez grande quantité de marchandises, 200 1. en argent monnayé, un mobilier simple, mais dénotant une assezgrande aisance; il laisse à sa veuve 1033 1 et à ses cinq enfants, 1009 1. Un autre drapier, en 1679, détient moins de marchandises et semble avoir un commerce assez peu prospère. — Un maître maçon, en 1685, a donné 500 1. de dot à sa fille, 300, à l’un de ses fils ; sa succession s’élève à 3.646 1. Son installation est assez vaste : au rezde-chaussée, la boutique et une chambre à coucher, avec un lit garni de tapisserie et une haute armoire de chêne ; dans un cabinet voisin, la batterie de cuisine ; dans une
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chambre haute, une armoire de noyer, contenant du linge et des bijoux, une garniture de cheminée. La même année, voici un maître cordonnier, qui a une fortune de près de 2.500 L, une maison bien montée, beaucoup de linge (40 draps, 32 serviettes, 22 chemises d'homme), pas mal de matière première, une vigne. Sa femme étant morte, il se remarie avec la fille d’un laboureur, qui lui apporte 700 1., « tant en argent qu’en habits et linge » (1).
On voit nettement que la condition des artisans diffère, suivant qu’ils appartiennent à tel ou tel métier. Les métiers qui conduisent le plus facilement à l’aisance sont les métiers de l’alimentation, qui ne connaissent pas de mortesaison, et aussi, — et surtout — , un certain nombre de métiers de l’habillement (drapiers, merciers, bonnetiers), ainsi que les métiers où il faut un capital plus considérable ou des connaissances spéciales : tanneurs, orfèvres, apothicaires, architectes, imprimeurs. Les métiers les plus pauvres, ce sont ceux des cardeurs, tisserands, cordonniers et surtout des savetiers, qui sont de vrais prolétaires (2). Tailleurs et savetiers sont très nombreux et souvent misérables.
En réalité, les plus aisés, parmi les gens de métiers, ce sont ceux qui ne produisent pas eux-mêmes, mais qui vendent les produits des autres, c’est-à-dire les marchands et les merciers qui tiennent toute espèce d’articles et qui ont déjà le caractère de gros négociants ou de négociants en gros [grossiers). Les marchands-drapiers sont dans le même cas ; on verra comment ils deviennent entrepreneurs, font travailler les maîtres, qui tombent sous leur dépendance
(1) Babeau, op. cit., pp. 339 et sqq.
(2) Voy. Boissonnade, t. U, pp. 167-168. Cf. G. Roupnel, Les populations de la ville et delà campagne dijonnaises au XV II* siècle, pp. 141 et sqq. A Dijon, on compte 119 merciers et 27 marchands de drap, jouissant d’une situation considéi’able.
économique ; c’est grâce à leurs capitaux qu’ils s’élèvent à une condition supérieure.
En Roussillon, l’on distingue officiellement, d’une part, le corps des artistes (apothicaires, chirurgiens, marchands de draps) et, d’autre part, le corps des commis ou menestrals (métiers manuels). Au premier appartient tout le pouvoir politique ; les menestrals n’ont qu'un consul sur cinq, et encore la fonction est-elle attribuée exclusivement à ceux d’entre eux qui ont une fortune assez considérable, comme le dit un intendant du xvme siècle, « pour soutenir avec décence l’éclat d’une pareille place » (t). — Cette classification économique des métiers, qui apparaîtra plus fortement encore au xvme siècle (2), semble bien l’un des traits caractéristiques de l’état social sous l’Ancien Régime.
L’éparpillement des métiers constitue aussi un phénomène très général : il se manifeste dans toutes les villes. Très nombreux, les sa\7etiers, cordonniers, tailleurs, fripiers, menuisiers, maçons et tailleurs de pierre se disputent la clientèle et ont beaucoup de peine à vivre (3).
(-1) Voy. Drapé, op. cit., up. 161 et sqq.
(2) A Dijon, une ordonnance municipale de 1711 répartit les métiers, en quatre classes, suivant leur importance économique : la première comprend les imprimeurs, libraires, chirurgiens, apothicaires, merciers, drapiers, orfèvres, etc. ; la seconde groupe surtout les métiers de l’alimentation (boulangers, bouchers, pâtissiers, charcutiers, cuisiniers, marchands de vin), les selliers, corroyeurs, tanneurs, cordonniers ; la troisième, la plupart des artisans du métal et de l’ameublement ; la quatrième comprend les ouvriers du bâtiment, les savetiers, les ouvriers à façon comme les drapiers (G. Roupnel, op. cit., pp. 135- 136). — L’édit royal de mars 1691 avait déjà réparti en quatre classes les corporations du royaume et fixé pour chacune le taux des droits de réception à la maîtrise.
(3) Cf. RourNEL, op. cit., pp. 143 et sqq. — A Dijon, dont la population ne dépasse guère 20.000 habitants, on trouve 16 à 1.800 artisans, répartis entre 130 métiers.
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C’est un cas tout à fait exceptionnel que celui des cordonniers de Dijon, qui sont, en général, de riches fabricants, travaillant pour le marché général. La concentration capitaliste ne commence à apparaître que dans quelques centres et quelques métiers.
Cependant, dès le xvne siècle, nous voyons l’origine d’une évolution qui est grosse de conséquences pour l’avenir : au-dessus des maîtres artisans s’élève une classe nouvelle, une classe d’employeurs, qui, dans certains métiers, concentrent les produits du travail. On comprend que les marchands drapiers occupent souvent un grand nombre d’ouvriers ; dans la draperie, il y a plusieurs opérations distinctes, dont chacnne est accomplie par des ouvriers spéciaux : tisseurs, fouleurs, tondeurs, etc. Le marchand leur livre la matière première, la fait travailler et vend le drap fabriqué. A Castres, par exemple, pour 1000 ouvriers, on trouve 14 facturiers , véritables patrons, pour le compte desquels travaillent tous les artisans.
Dans la manufacture de la soierie, à Lyon, dès le xvne siècle, on voit aussi se dessiner l’évolution qui plus tard, au xixe siècle, se précipitera grâce au machinisme. Les maîtres ouvriers tombent sous la dépendance des maîtres marchands, qui détiennent des capitaux (1). Le règlement de 1667 incorpore à la communauté les maîtres marchands, établissant l’égalité des droits. Mais, à la faveur même du règlement, les maîtres marchands vont réduire les maîtres ouvriers au rôle de compagnons. En effet, à partir de 1667, le maître ouvrier qui prendra de l’ouvrage
(J) Voy. l’excellent ouvrage de Justin Godart, L’ouvrier en soie de Lyon.
à façon d’un autre maître sera tenu, à peine de 60 I. d’amende, de savoir si le premier maître est content de son travail; il doit obtenir de celui-ci un billet de congé ou à' acquit., comme le compagnon ; s’il a encore des dettes vis-à-vis du premier employeur, le nouveau marchand lui retiendra un huitième sur le prix de la façon. Au commencement du xvme siècle, s’établit la règle que, si c’est le maître ouvrier qui a donné congé, il devra au marchand le remboursement intégral de ses avances, fixées au maximum, par l’arrêt de 1702, à 150 1. pour les tissus pleins et à 300 1. pour les tissus façonnés. Par les avances, le marchand tient le maître ouvrier dans sa complète dépendance économique; c’est lui qui fournit les dessins et la matière première. Quant au prix de façon, il ne peut être fixé à 1 avance ; pour cela, il faut que la pièce soit terminée, et alors, s il y a contestation, l’ouvrier a un délai d’un mois pour se pourvoir auprès des gardes. D'après le règlement de 1667, les maîtres ouvriers ne peuvent donner congé au marchand sans l’avertir un mois à l’avance et sans finir la pièce commencée. Les litiges pourront être jugés gratuitement par le Consulat, mais au Consulat toute l'autorité appartient aux marchands. — On verra les conséquences de ce système : c’est au xvm° siècle qu’auront lieu les crises ouvrières les plus terribles dans la manufacture lyonnaise.
C’est le plus souvent parmi les marchands que se recrutent les directeurs de manufactures. Jacques Savarv, dans son Parfait négociant , indique comment le marchand doit s’y prendre pour monter une manufacture. C’est là une besogne difficile et qui demande beaucoup de réflexion. Le négociant peut, soit imiter des manufactures étrangères, soit en inventer de nouvelles. Il importe qu’il connaisse bien les matières premières et qu’il soit expert dans tout le détail de la fabrication. Il doit surveiller de près le travail et Savary énumère toutes les sortes de tromperies
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que peuvent commettre les divers ouvriers qui fabriquent une pièce de drap. Ainsi, le négociant manufacturier est bien un entrepreneur :
cc II est certain, ditSavary, que, si les négociants qui entreprennent des manufactures ne sont capables de les bien gouverner, et s’ils ne sont actuellement, eux ou leurs facteurs, après les ouvriers; s’ils ne .prennent un grand soin et s’ils ne veillent à toutes les choses qui ont •été dites ci-dessus, les marchandises qu’ils feront manufacturer ne seront jamais dans leur perfection : ils seront perpétuellement volés ■par les ouvriers entre les mains desquels passent les soies, et ils ne réussiront jamais bien dans leurs entreprises ».
Il en est de même, ajoute-t-il, dans toutes les manufactures, qu'il s’agisse de serges, de draps, de camelots, car « les ouvriers par les mains desquels passent les matières les peuvent dérober et tromper en plusieurs façons, si les entrepreneurs de ces sortes de manufactures ne sont soigneux et vigilants et s’ils ne prennent garde à toute chose ». Il faut aussi que le négociant sache bien vendre les marchandises manufacturées (1). Ainsi le marchand-manufacturier doit se livrer à trois opérations : acheter les matières premières, les faire manufacturer, vendre les objets manufacturés. Il est déjà, sinon un patron au sens actuel du mot, tout au moins un directeur d’ouvriers.
Les manufacturiers et, a fortiori , les directeurs de manufactures royales n’appartiennent plus, en aucune façon, à la classe des maîtres de métiers ; ils ne font plus partie ■d’aucune corporation. Leur condition économique est profondément différente aussi de celle des artisans ; leur genre de vie est tout autre. Certains d’entre eux ont le train de véritables gentilshommes; tel, Yan Robais, qui « a six che-
(1) Le Parfait négociant , 2e partie, 1. I, chap. VI, Vil et VIII, pp. 426 et sqq.
vaux de carrosse, six de main ; il est fort bien meublé et loué et reçoit tous les jours » (1).
Il nous reste à décrire la condition des compagnons! Nous les voyons soumis à une discipline très stricte, mémo en dehors de leurs heures de travail. C’est que beaucoupd’entre eux sont de véritables domestiques, logés et nourris chez le maître. Tel est le cas des ouvriers papetiers. A Besançon et à Baume, ils sont pris à l’année, ils reçoivent, au début du xvne siècle, des gages de 20, 21 et 24 1. ; ils sont nourris et on leur donne un habillement complet pour deux saisons (2).
Toute la journée, le compagnon est tenu à l'atelier, sans pouvoir s’absenter, si ce n’est aux heures fixées pour sou repas ; s’il prolonge son dîner, il est puni d’une amende. L'ordonnance municipale de Beauvais, du 20 avril 1669, oblige les ouvriers à commencer leur travail à l’heure accoutumée, sous peine de 75 sous d’amende ; s’ils quittent leur travail sans le consentement du maître, l’amende sera de 80 sous — Ce qui est plus grave, c’est que le compagnon peut être congédié du jour au lendemain ; c’est un cas exceptionnel que le règlement de 1699, d’après lequel, chez les teinturiers et les bonnetiers de Paris, le maître doit donner congé un mois à l’avance (3).
Dans les manufactures, lorsque les ouvriers sont logés et nourris dans l’établissement, la discipline est plus stricte
(1) C’est ce que dit l’Etat des ouvriers des fabriques de toile d' Abbeville.
(2) Voy. Jules Gauthier, L' industrie du papier dans les hautes: vallées franc-comtoises du X Ve- au XVIIIe siècle (Mémoires de la Société d' Emulation de Montbéliard , t. XXVI, pp. 15 et sqq.).
(3) Recueil de règlements généraux, t. I, p. 391.
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encore : ils ne peuvent sortir de l’enceinte qu’à des heures fixées; excepté au moment des repas, il leur est interdit d aller au cabaret. Très significatif à cet égard est le règlement qui fixe la police intérieure de la manufacture de soie de Saint-Maur-les-Fossés (1). Le travail commence à la pointe du jour, et l’on veillera le soir jusqu’à 10 heures, du 8 septembre à la semaine sainte. On a une demi-heure pour déjeûner à midi, une heure pour dîner à 6 heures. Pendant le temps du travail, toute conversation est interdite ; il est défendu de dire des jurons, des blasphèmes, des « paroles sales et deshonnêtes », à peine de 6 I. ; est punie d’amende aussi toute raillerie, toute médisance, toute violence à l’égard d’une personne employée à la manufacture. Les jours de congé, on doit rentrer à 9 ou 10 heures du soir. Les ouvriers qui détourneront des outils ou des matières premières seront punis comme voleurs domestiques. A peine de 3 livres d’amende, il est interdit de payer la bienvenue ou de reconduire d’autres ouvriers. — Pans la manufacture de Fournier à Lyon, c’est aussi une discipline de caserne, tout à fait semblable à celle de Saint- Maur; le dimanche, on est obligé d’aller à la messe et l’on doit communier huit fois par an. Les ouvriers supportent malaisément ce régime; on se plaint alors de leur esprit indiscipliné, de leurs « insolences et désordres ».
Là où l’ouvrier de manufacture est enrégimenté, c’est qu’il y a déjà une organisation intérieure, un commencement de division du travail, fixant à chacun une fonction déterminée. C’est le cas de la manufacture de Van Robais, qui contient 1.692 ouvriers; on y trouve des ateliers de charronnerie, de coutellerie, de lavage, de teinture, d’ourdissage, de tissage. Les ateliers de tissage comprennent
(1) Publié par E. Levasseur, Histoire des classes ouvrières , 2e édi lion , 1901, t. Il, pp. 423 et sqq.
eux-mêmes plusieurs catégories distinctes d'ouvriers : fîleurs, tisserands, repasseuses, bobineuses, brodeurs. Il y a des contremaîtres et chacun commande à plus de cent ouvriers (1). — Peut-être faut-il voir l’origine du livret ouvrier dans le billet de congé ou d’acquit qu’à Lyon le maître marchand, on l’a vu, impose au maître ouvrier.
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La journée de travail est, en général, fort longue ; elle s’étend du soleil levant au soleil couchant ; elle est de 10, de 12, de 14 heures, et souvent en hiver il y a une veillée. Les couteliers de Chatellerault fournissent parfois 17 heures de travail par jour. Aucune limitation légale n’existe. Quant au travail de nuit, il est autorisé ou interdit suivant les métiers, mais, lorsqu’il est défendu, ce n’est point pour des raisons humanitaires. Ainsi, à Poitiers, il est permis aux corroyeurs et aux menuisiers, parce qu’on estime que, dans ces métiers, il n’a pas d’inconvénients pour le public; au contraire les « texiers en toile », les chapeliers, les cordonniers, les bourreliers ne peuvent « ouvrer de nuit à la chandelle », parce que leurs ouvrages risqueraient d’être mal exécutés (2). Si le travail est excessif les jours ouvrables, il y a, par contre, un grand nombre de jours où l’on chôme, même dans les métiers où la morte-saison n’existe pas : environ une centaine par an.
Il serait extrêmement intéressant de se rendre compte avec précision des salaires ouvriers. Mais, pour le faire, il faudrait des données précises, des statistiques, qui nous manquent. Nous devons nous contenter de conclusions très
(1) Etat de la manufacture d’Abbeville (E. Levasseur, op. cit., t. II, pp. 421-423).
(2) P. Boissonnade, op. cit., t. II, pp. 73 et sqq.
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approximatives. Voici quelques spécimens de salaires dans la seconde moitié du xvne siècle. Dans la manufacture de glaces, les journaliers gagnent 8 sous par jour; les femmes, 4 sous ; les souffleurs, 8 1. par semaine ; les équarisseurs, 4 1. (1). En Anjou, les lingères gagnent 6 sous ; les dentellières d’Auvergne, très habiles, peuvent se faire 25 sous ; à Paris, les ouvriers gagnent de 12 à 14 sous. En 1709, des terrassiers, travaillant dans les environs de Tours, gagnent 6 à 7 s. par jour. Dans le bassin de Saint-Etienne, « on paie 15 à 16 s. par jour aux manœuvres qui travaillent aux mines, soit qu’ils fouillent le charbon, soit qu’ils le tirent hors la mine » ; en Gévaudan, les piqueurs gagnent 20 sous, les brouetteurs, 12 sous. Dans les environs de Poitiers, les mineurs gagnent de 8 à 10 sous. Quant aux ouvriers de manufactures, en province, ils semblent gagner de 12 à 15 sous, tandis que les manœuvres ont de 8 à 10 sous. Vauban, observateur très consciencieux, estime, dans les grandes villes, le salaire à 12 sous en moyenne (les serruriers gagnent 15 et même 30 sous), le salaire des tisserands à 12 sous (mais ils n’ont, par an, que 180 jours de travail productif), le salaire des manouvriers, pendant la moisson et la vendange, à 8 sous, mais leur gain de l’année, à 90 1. seulement, ce qui les condamne à faire « très maigre chère ». D’Avenel pense que ces évaluations sont trop faibles, que les manouvriers gagnent 87 1. par an, mais que leur salaire baisse à la fin du xvne siècle et au début du xvmc ; il estime que le salaire des ouvriers du bâtiment est de 30 à 40 0/0 supérieur à celui des journaliers (2). Mais ses conclusions ne semblent pas reposer sur des données bien sûres, et, à considérer les renseigne-
(1) E. Frémy, op. cit., pp. 312 et sqq.
(2) Vicomte G. d’Avknel, Histoire économique de la propriété, des salaires, des denrées et des prix de l'an 1200 à l'an 1800, 5 vol., 1894-1909.
ments plus nombreux que nous avons pour le xviii6 siècle, il semble que Vauban soit plus près de la vérité.
Quand le salaire est payé à la tâche, il est plus malaisé encore de l’apprécier; il semble plus défavorable à l’ouvrier que le salaire à la journée. A Lyon, par exemple, le compagnon en soie ne sait pas à l’avance quel sera son salaire, car le prix de façon n’est déterminé que quand l’ouvrage est terminé; alors seulement, il sait à quoi s’en tenir et il a huit jours pour se pourvoir devant les maîtres gardes, s’il se trouve lésé ; sur le prix de façon, il reçoit du maître ouvrier au minimum la moitié, plus exactement les trois cinquièmes; sur 4 1., il obtient 2 1. 10 s. (1). Souvent d’ailleurs, le salaire est payé en partie en nature, quand, l’ouvrier est logé et nourri ; c’est ce qui se passe dans les mines de Giromagny appartenant au duc de la Meilleraye ; c’est le cas aussi des ouvriers papetiers, qui, du reste, sont en général bien traités.
Aux époques de crise, les salaires ne sont payés qu’irrégulièrement ou ne le sont pas du tout; le cas est fréquent entre 1700 et 1715, époque à laquelle le numéraire est souvent remplacé par du papier-monnaie. En 1709, les manufacturiers d’Elbeuf renvoient 500 ouvriers dont ils ne peuvent plus payer les salaires. Aussi le gouvernement ordonne-t-il aux intendants de fixer le prix des objets de première nécessité et de déterminer officiellement le taux des salaires. En Dauphiné, on abaisse les salaires d’un cinquième environ. L’intendant de Moulins taxe les denrées et les journées d’ouvriers; de même en Auvergne, et, dans cette province, comme il y a eu effervescence, l'intendant fait mettre quelques compagnons en prison pour 24 heures.
D’ailleurs, connaîtrait-on exactement les salaires apparents qu’il faudrait encore déterminer les salaires réels,
(1) J. Godart, op. cit., pp. 140 et sqq.
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«’est-à-dire, voir ce qu’on peut se procurer avec eux. Le pain, de qualité très médiocre, fait de son et de seigle, exigeait des consommateurs peu aisés un débours proportionnellement très supérieur à celui du pain de bonne qualité qu’ils se procurent aujourd’hui ; il reste donc beaucoup moins d’argent disponible pour la viande, le logement et l'habillement ; le logement et l'habillement paraissent vraiment chers.
Pourquoi les salaires se sont-ils si peu élevés quand la richesse générale s’accroissait, quand le prix de la terre montait ? Quoi qu’en pense M. d’Avenel, c’est que l’action des pouvoirs publics et la législation tendent à empêcher leur hausse. Sans doute, il y a des lois naturelles des salaires ; mais ces lois peuvent être contrariées en un sens ou en l’autre par la législation. Or, au xvne siècle, toutes les institutions s’opposaient à la hausse des salaires, précisément parce que les compagnons ne pouvaient réellement résister à leurs employeurs, étaient obligés d’accepter les conditions qu’on leur imposait.
Au xviie siècle, en effet, il y a bien des associations ouvrières, mais elles ne constituent pas pour les compagnons une arme de résistance suffisamment efficace.
Cependant, ces associations se multiplient au xvn° siècle, surtout dans la seconde moitié, et, dans certaines professions, elles ne sont pas bornées à une seule localité ; elles s’étendent à toute la France. C’est le cas des papetiers et des ouvriers du bâtiment qui font leur tour de France. Il y a deux sociétés : les compagnons du Devoir (les dévorants) et les compagnons du Devoir de liberté (les gavots) (1). Les statuts
(1) Martin Saint-Léon, Le, compagnonnage , Paris, 1901, pp. 32 et sqq.
des compagnons menuisiers de Dijon, en 1657, nous montrent les coutumes du compagnonnage :.tout compagnon qui arrive est obligé d’aller voir le rooleur , qui l’inscrira sur un registre et s’occupera de son embauchage ; s’il est malade, s’il lui arrive un accident, il reçoit des secours. Le compagnonnage a son centre dans une auberge ; l’bôte est le père, et l’hôtesse, la mère (1).
Mais les maîtres ne cessent de se plaindre du compagnonnage et de l’inquiéter. A Dijon, les maîtres nomment un maître e.mbaucheur pour lui faire pièce ; à Reims, les règlements défendent aux compagnons « d’exiger de l’argent pour former une boîte commune », de se mêler d’embauchage ; à Lyon, à Tours, on leur interdit de tenir des assemblées. Enfin, contre le compagnonnage, on voit agir la Compagnie du Saint-Sacrement. Elle prétend que les compagnons se livrent à des cérémonies impies et blasphématoires. Elle essaie de créer un véritable contre-compagnonnage : un artisan, Henry Bûche, en 1645, constitue une sorte de communauté de « frères cordonniers » ; en 1647, deux maîtres tailleurs fondent une communauté analogue, et ces deux sociétés ont des ramifications en province. Les frères obtiennent d’anciens compagnons des attestations révélant les pratiques secrètes du compagnonnage, et ils les présentent comme des parodies criminelles des saints mystères, alors qu'en réalité, c’est un symbolisme emprunté à des pratiques religieuses. Eri 1655, la Compagnie du Saint-Sacrement parvint ainsi à obtenir une condamnation de la Sorbonne contre les compagnonnages et leurs pratiques sacrilèges. Ce fut un dur moment pour les sociétés, qui furent véritablement pourchassées. Mais, la Compagnie du Saint-Sacrement une fois dissoute en 1670, les compagnonnages, qui souvent ont dû se
(1) Le statut a été publié par Levasseur, op. cit., Ire édition, t. 11.
CB.YIII. - CLASSES OUVRIERES ET MARCHANDES AU XVIIe SIÈCLE 175
cacher pendant la tempête, reprennent leur activité (1). N oublions pas, d’ailleurs, que, malgré les poursuites dont ils sont l’objet, les compagnonnages jouent un rôle assez considérable dans le marché du travail ; ils en arrivent parfois à porter atteinte aux entreprises patronales les plus importantes (celles qui emploient plusieurs compagnons), favorisant ainsi les petits métiers et contribuant à accentuer l’émiettement, l’éparpillement de « l’activité artisane » (2).
Mais, comme le compagnonnage Vexiste que dans certains métiers, le plus souvent les compagnons restent totalement désarmés vis-à-vis des maîtres. En butte à 1 hostilité de la société tout entière, comment les associations ouvrières pourraient-elles résister efficacement aux employeurs? Puis, il ne faut pas l’oublier, les ouvriers n’ont pas et n’auront pas de longtemps une conscience claire des intérêts collectifs de leur classe.
Sans doute, il y a eu, au xvii° siècle, des conflits, et plus fréquents qu’on ne le croirait à priori, entre maîtres et compagnons. Mais ce sont des mouvements isolés, des révoltes peu. organisées et qui n’ont guère chance de réussir. — A Paris, les compagnons imprimeurs, en 1664,.
(1) Voy. Raoul Allier. La Cabale des Dévots , 1902. — Toutefois, à Lyon, la Compagnie du Saint-Sacrement ne manifeste pas la même hostilité contre les compagnonnages ; elle reproche même aux marchands de payer des prix de façons trop faibles (G. Guigue, Les papiers des dévots de Lyon : recveil de textes sur la Compagnie du Saint, -Sacrement . Lyon, 1922).
(2) Voy. IL Hacser, Les compagnonnages d'arts et métiers à Dijon aux XVIIe et X Ville siècles ; G. Roupnel, Les populations de la ville et de la campagne dijonnaises, pp. 137 et sqq.
rédigent une requête, dans laquelle ils réclament la suppression du billet de congé , demandent que les maîtres ne puissent plus prendre d’apprentis pendant dix ans et que les apprentis soient tenus de connaître la langue latine. L’autorité répondit par deux sentences (en 1665 et 1671), défendant aux compagnons de s'assembler, de molester les compagnons de province et de l’étranger qui viennent à Paris, et renouvelant l’obligation du billet de congé. Des arrêts du 4 mai 1701 et du 19 juin 1702 interdisent encore les associations de compagnons. Ceux-ci prétendent, dans un mémoire, qu’ils sont plus habiles que les maîtres, « qui ne sont la pluspart que des marchands de livres, dont le talent ne réside que dans leur argent et qui n’ont pour l'ordinaire ni science ni capacité » (1).
Dans la papeterie, dont l’industrie ne possède cependant qu’un outillage très rudimentaire, et qui n’exige qu’un personnel très restreint (3 ouvriers et un apprenti par «uve ; 4 ou 5 femmes pour le triage des chiffons, l’étendage et le séchage du papier, l’empaquetage), où le maître travaille avec ses ouvriers, mais où les compagnons sont logés et nourris dans la papeterie, il se forme, dès le xvue siècle, de puissantes associations de compagnons. En juin 1688, une révolte eut lieu à Ambert, qui groupa trois ou quatre cents compagnons; ceux-ci veulent obtenir des patrons une rétribution appelée droit d’apprentissage , de 30 1., qui sera exigée par les apprentis qui ne sont pas fils d’ouvriers, et que le maître consacrera aux ouvriers nécessiteux. On poursuit et on condamne sévèrement les principaux meneurs. Puis l’autorité royale fait un règlement qui détermine les rapports des patrons et des ouvriers, fixe la •durée de la journée de travail, la nourriture, établit pour
(1) Voy. L. Morin, Essai sur la police des compagnons imprimeurs sous V Ancien Régime. Paris, 1898.
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le maître et le compagnon l’obligation de donner congé -six semaines à l’avance, règle les conditions de l’apprentissage, défend aux compagnons d'inquiéter les ouvriers étrangers. Comme il n’y a pas de communauté jurée, pour devenir maître, il faudra l’approbation de trois maîtres et •de quatre anciens ouvriers et l’on devra payer un droit de 100 1., dont sont exempts les fils de maîtres. — Dès cette époque, les ouvriers papetiers ont adopté la coutume de ce qu’ils appellent la renie : ils paient à boire à l'ouvrier qui a quitté un autre moulin (1).
Les compagnons drapiers, qu’on voit fréquemment groupés, engagent assez souvent des grèves. A Darnétal, ils veulent exclure des ateliers quiconque ne fait pas partie de leur société ; en juin 1697, 3 à 4.000 d’entre eux s’ameutent, parce que des patrons ont employé des étrangers, et ils font une grève d’un mois. Parfois les compagnons ont une •caisse de grève ; tel est le cas des chapeliers de Paris, vers la fin du xviic siècle (2). Ce sont surtout des questions de salaires qui provoquent les émeutes et les grèves. Boisguillebert, dans son Traité des grains, dit que les ouvriers se mettent souvent en grève pour obtenir une augmentation de salaires ou en empêcher la diminution. — En réalité, les mouvements ouvriers n’ont eu que peu de succès.
La vie du compagnon reste assez misérable. Dans des rues tristes et malsaines, il occupe une ou deux chambres, •dans les plus mauvaises conditions hygiéniques, habite •même dans des caves. Lorsqu’il est logé chez le maître, il «est relégué dans une mansarde sans cheminée. Sa nourri-
(1) Voy. G. M. Briquet, Associations et grèves des ouvriers pape- « tiers en France aux X VII « et X VIII' siècles (Revue Internationale 4e Sociologie, an. 1897).
(2) A Bruxelles, on voit aussi que les compagnons chapeliers sont fortement organisés dès le xvne siècle. Cf. G. des Marez, Le compagnonnage des ouvriers chapeliers, Bruxelles, 1909, pp. 21 et sqq.
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ture se compose presque exclusivement de pain et de légumes. Est-il logé chez le maître ; il se plaint souvent de la qualité du menu. Une maladie survient-elle : c'est la misère profonde, car aucune épargne n’est possible pour lui. Babeau cite cependant des compagnons de Troyes, qui possèdent des pièces de vignes ; mais ce ne peut être que l’exception (1).
Quant aux artisans des campagnes, ils forment une classe très différente des ouvriers des villes. Ce sont le plus souvent des paysans, des journaliers, pour qui le métier n’est qu’une occupation accessoire, un complément de ressources. Dans le Gévaudan, par exemple, chaque paysan a son métier et y travaille dès le plus jeune âge; une fileuse gagne 2 sous par jour, un tisserand, 8 sous. En Bretagne, les fîleuses et les tisserands, qui fabriquent la toile, sont aussi, pour la plupart, des paysans, souvent même des servantes ou des domestiques de fermiers (2).
(1) Cf. A. Babeau, op. cit., pp. 4 et sqq.
(2) Voy. F. Bourdais et R. Durand, L’industrie et le commerce de la toile en Bretagne , 1922.
LES TENDANCES NOUVELLES (XVII Ie siècle)