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LES PROGRÈS DU COMMERCE AU XVIIIe SIÈCLE 247

est évalué a 1 milliard 153 millions (611 à l’importation; 542 à l’exportation). Après la guerre de Sept Ans, l'exportation était restée, pendant une douzaine d’années, supérieure à l’importation ; puis, c’est l’inverse qui se produisit, surtout après le traité de 1786 avec l’Angleterre. En 1787, sur les 542 millions de l’exportation, 311 provenaient de 1 agriculture et 231, de l’industrie. La plus forte exportation se faisait par les provinces maritimes. (Bretagne, Provence, généralité de Montpellier), et surtout par les ports de F Atlantique.

Il est vrai que la hausse des prix, qui se produit à la fin de l’Ancien Régime, a dû contribuer à la hausse de la valeur du commerce. Ce qui est frappant, en tout cas, c’est que les chiffres de 1825 sont à peine supérieurs à ceux de 1788.

En résumé, la valeur du commerce extérieur a plus que quadruplé de 1716 à 1789. Pour les progrès de l’exportation, Arnould donne les chiffres suivants :

Produits du sol (1) .

36 millions

93 millions

— de l’industrie .

Denrées coloniales de l’Amérique .

Marchandises des Indes réexportées .

Marchandises étrangères réexportées .

Balance en argent .

manufacturés pour 450 millious ; les denrées coloniales des îles d’Amérique, pour 70 ou 75 millions; les vins, et eaux-de-vie, pour 35 ou 40 millions ; les produits des Indes Occidentales, pour 18 millions ; les blés, pour 16; les cuirs, bois, etc., pour 6 millions. Il décompose ainsi les importations : matières premières pour les manufactures, 70 millions; autres matières premières, 20; objets manufacturés, 40; comestibles, 40; bois, métaux, charbon de terre, 25; denrées coloniales, 14 ; tabacs, 10 ; marchandises diverses, 10 à 12 (. Administration des finances, t. H, pp. 130 et sqq.). — Chaptal (op.cit., t. I, p. 134) évalue, pour 1789, les importations à 634.365.000 1. , et les exportations, à 438.477.000 1 .

(1) A noter les progrès de l’exportation des vius et des eaux-de-vie

Ce ne sont là, d’ailleurs, que des données tout approximatives. Pour décrire avec précision les progrès du commerce français au cours du xvme siècle, un grand nombre de monographies, que nous ne possédons pas encore, seraient nécessaires.

11 importe de remarquer que les progrès des transactions commerciales au xvme siècle (1) ont exercé une influence considérable sur le développement industriel. Ainsi, c’est l’importation du coton dans les ports normands qui va créer l’industrie cotonnière dans la région rouennaise ; à Nantes, c’est le commerce avec les « îles d’Amérique » qui donne naissance aux raffineries et aux manufactures d'indiennes (2). A cette époque, en France (le fait s’est produit aussi en Angleterre), c’est le développement du commerce qui accélère tout le progrès économique, qui détermine les transformations industrielles, tandis que, plus tard, c’est l’inverse qui se produira (3). Ce ne sont pas les fabricants, mais les négociants et surtout les armateurs qui cherchent des débouchés pour les produits industriels ; négociants et armateurs se plaignent souvent de l’imperfection de ces produits et du peu de conscience des fabricants (4). Il semble qu’on soit là en présence d'un phéno-

du Bordelais et du Languedoc; voy. Dutil, op. cit., pp. 841 et sqq.

(1) Sur le commerce à la fin de l’Ancien Régime, voy. Chaptal, op. cit., t. I, pp. 1-136 ; Gournay, Almanach général du commerce, 1788, et René Durand, Le commerce en Bretagne au X VIIH siècle (. Annales de Bretagne, 1917, t. XXXII, pp. 447-469), étude faite d’après Gournay. — Pour tout le chapitre, voy. aussi E. La visse, Histoire de France, t. IX, pp. 223 et sqq.

(2) Voy. H. Sée, L'industrie et le commerce de la Bretagne. . ., pp. 20-21 ; Levainville, Rouen ; Sion, Les paysans de la Normandie Orientale.

(3) Voy. P. Mantoux, La révolution industrielle au XVII /e siècle. Paris, 1903.

(4) Voy., par exemple, ce que dit Magon de la Salue de 1’ « infidélité » des fabricants lyonnais, et cependant la fabrication de la soie

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mène d’une portée très générale. Presque toujours, c’est le commerce qui précède l’industrie ; n’est-ce pas le cas même de villes comme Lyon et Grenoble, que l'on considère surtout aujourd’hui sous leur aspect industriel (1)? Et, à mesure que les relations commerciales prennent, à l’étranger, un champ de plus en plus vaste, l’industrie, sollicitée à travailler pour des marchés plus lointains et plus nombreux, ne peut plus se contenter de l’organisation qui suffisait à des marchés purement locaux ; elle tend à devenir une grande industrie. C’est aussi le capitalisme commercial, qui précède et qui, en quelque sorte, engendre le capitalisme industriel ; on le verra bien nettement dans les pages qui suivront (2).

est déjà contrôlée par les maîtres marchands (II. Sée, Le commerce de Saint-Malo dans la première moitié du XVIIIe siècle, loc. cit.,

pp. 16-18).

(1) L’industrie par excellence de Lyon, la soie, n’a été implantée en cette ville que par François Ier, et l’on sait que la tentative de Louis XI pour l’y établir avait échoué. A Grenoble, la ganterie ne se développe qu’au xvne siècle. L’industrie si florissante de Marseille est née du commerce maritime. Voy. R. Blanchard, Trois villes du Sud-Est ( Travaux de géographie alpine, an. 1918, pp. 189-191), et Grenoble. Paris, 1911, pp. 107 et sqq. : X. Roux, La corporation des gantiers à Grenoble avant et après la Révolution, 1887.

(2) Sur l’influence prépondérante exercée par le commerce et la circulation sur tous les phénomènes économiques, voy. les considérations si suggestives de Lucien Febvre, La terre et I évolution humaine. Paris, 1922, pp. 390 et sqq. (coll. de l'Evolution de l'humanité). — Notons encore que les grandes places de commerce s’embellissent à la lin de l’Ancien Régime ; tel fut le cas de la ville de Lyon, qui prend alors la physionomie qu’elle conservera dans la suite. Voy. Leroudier, Les agrandissements de Lyon à la fin du XVIIIe siècle ( Révue d'histoire de Lyon, an. 1910, pp. 81 et sqq.). — Voici encore un fait significatif, qui montre l’importance croissante du grand commerce ; en 1765, on autorisa toute personne, quelle qu’elle fût, à faire le commerce en gros, malgré l’opposition des Six Corps (Martin Saint- Léon, Histoire des corporations de métiers, 3e édition, pp. 531-532).

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