‹ L'évolution commerciale et industrielle de la FranceChapitre 43 sur 54 · CH. V · texte numérisé non relu

CH. V

MANUF. DANS LA SECONDE MOITIÉ DU XVIIIe SIÈCLE 287

On constate une organisation analogue dans la manufacture d’indiennes, créée à Angers dès 1752 (1).

Après les manufactures d’indiennes, c’est dans les filatures de coton que la concentration apparaît le plus souvent, mais ce n’est encore que d’une façon exceptionnelle. L’intendant du commerce Tolozan, dans son rapport do 1790, notait qu'en France il n'y avait que 9.000 jennies, tandis que l’Angleterre en employait 20.000, sans compter 7 à 8.000 machines d’Ark wright. Il existe à peine 8 grandes filatures. La filature de Brive est bien une grande manufacture ; elle comprend quatre bâtiments, contenant 14 jennies, des machines à carder, une mule jenny, et la mise de fonds a été de 100.000 1. ; mais elle ne fut créée qu’en 1786. Aussi récent est l’établissement fondé à Rouen par Brisout de Barneville ; ses ateliers et ses machines furent détruits, lors de l’émeute du 20 juillet 1789. A Amiens, dès 1785, Martin et Flesseiles créent une grande usine, et plus important encore apparaît l’établissement de bouviers, installépar des techniciens anglais. — En somme, la concentration industrielle dans les filatures de coton ne commence guère à apparaître que vers 1780, et surtout après le traité avec l’Angleterre de 1786 ; elle ne se développera vraiment qu'à partir de 1800, ce qui sera, en grande partie, une conséquence du Blocus Continental (2).

(1) V. Dauphin, La manufacture de toiles peintes et imprimées en Anjou (Mém. delà Soc. d’agriculture, sciences et arts d’Angers, 1923, t. XXVI). — Sur l’évolution de l’industrie des indiennes et son caractère, on observe les mêmes phénomènes en Angleterre; voy. Parakunnel J. Thomas, The beginnings of calico printing in England ( English historical. review, avril 1924).

(2) Voy. Ch. Schmidt, Les débuts de l’industrie cotonnière en France (1760-1806) [Revue d’histoire économique, an. 1913, pp. 262 et sqq., et 1914, pp. 21 et sqq.) et surtout Ballot, op. cit., pp. 64 et Sqq. — il convient de remarquer qu’en Angleterre, c’est aussi dans l’industrie cotonnière que se produisent tout d’abord les progrès du machinisme et delà concentration industrielle ; la concentration se

Dans l'industrie drapière, les grands établissements sont extrêmement rares, si ce n'est cependant à Sedan et à Reims. La création de ces grands établissements, groupant dans les mêmes locaux plusieurs métiers distincts et autrefois éparpillés avait été provoquée, non par le machinisme (qui ne commencera à se développer dans l’industrie lainière qu’à l’époque napoléonienne), mais par la concentration commerciale. Celle ci s’explique surtout par des raisons techniques, par la multiplicité des opérations auxquelles donne lieu la fabrication. Les marchands ont intérêt à grouper les ouvriers sous le même toit pour surveiller leur travail et éviter les frais de transport (1).

Dans la fabrication de la toile, bien qu’elle échappe totalement au machinisme, la concentration industrielle se manifeste parfois. Dès 1748, à Angers et à Beaufort, sont

manifeste d’abord dans la filature; elle ne triomphe dans le tissage qu’après 1850, sous l’influence de la concurrence internationale, qui oblige les induslriels anglais à réduire leurs frais de production. Seulement, en ce pays, l’évolution est plus précoce et plus rapide. Voy. Schulze-Gaevernitz, La grande industrie, son rôle économique et social étudié dans l’industrie cotonnière, trad. fr., 1896; Paul Mantoux, La révolution industrielle au X Vlf/e siècle; Cunningham, ■Growt/i ofthe englishindustry and commerce, modem limes ; George Unwill, Samuel Oldknow and the Arkwrights. Manchester, 1924 (Publ. de l’Université de Manchester). Dans l’industrie dé la laine, en Angleterre comme en France, la transformation a été beaucoup plus tardive; jusqu’en plein xixe siècle, la fabrication de la laine a été surtout rurale et domestique; cf. Lipson, History of the woolen and worsted industries, 1921, et Herbert Heaton, Yorkshire woolen and morsted industry, 1920. — Un fait iutéressant à signaler encore, c’est que c’est l’Angleterre qui a employé le plus tôt le travail des enfantsetdes femmes. En France, le travail des enfants (il s'agissait d’abord des enfants assistés) ne se développe vraiment que sous l’Empire. Cf. Ballot, op. cit., pp. 128-129 ; Ch. Schmidt, Le travail des enfants dans les manufactures pendant la Révolution ( Buil. d’hist. économique de la Révolution, an. 1910, pp. 198 et sqq.).

(1) Voy. Germain Martin, La grande industrie sous le règne de Louis XV, et surtout Ballot, op. cit., pp. 159 et sqq.

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-créées des manufactures de toiles, qui présentent le caractère d’ « ateliers réunis ». D’après un rapport de 1783, la manufacture d’Angers contient des « bâtiments considérables, où sont répartis par ordre les différents ateliers, depuis la première fabrication des chanvres jusqu’à l’entière fabrication des toiles ». La manufacture est entretenue par des capitaux considérables et elle groupe plusieurs centaines d'ouvriers qui y sont logés et nourris. Dans un seul atelier, en 1790, fonctionnent 43 métiers (1). Mais c’est un cas très rare.

D’ailleurs, il faut bien s’en convaincre, trouvât-on un nssez grand nombre d’exemples analogues, les établissements textiles où se manifeste la concentration industrielle ne constitueraient cependant que des exceptions; ce sont comme des îlots épars qui émergent au-dessus des flots pressés de la petite industrie. Yoici, par exemple, la généralité d’Orléans que nous décrit Tribert, en 1790. On constate bien à Orléans l’existence d’une grande filature de coton ; il s’en monte une autre à Montargis. Mais, dans la fabrication des bas, voici 55 ateliers, employant 2.287 ouvriers dispersés dans la ville et sa banlieue ; la bonneterie au tricot a bien le caractère d’une industrie rurale, qui emploie en Beauce 12.000 personnes ; les étoffes de laine et les teintureries sont aux mains de petits fabricants peu aisés ; 21 maîtres fabriquent la ganterie et font travailler 900 ouvriers (2).

(1) Voy. V. Dauphin, Recherches pour servir à l'histoire de l'industrie textile en Anjou. Angers, 1916, pp. 91 et sqq. — Les manufactures d’Angers et de Beaufort, réunies, emploient plus de -8U0 ouvriers. Voy. (p. 133) le plan de la mauufacture d’Angers. — Dans la Flandre wallonne, la concentration apparaît aussi dans quelques établissements (A. Crapet, op. cit., loc. cit., pp. 12-13).

(2) Hayem, Le mémoire de Tribert sur la généralité d'Orléans > en 1790 (Hayem, op. cit., t. II, p. 258 et sqq.).

Sée,

C’est qu’en effet, le machinisme ne s’est introduit, en 1789, que dans la filature du coton, le moulinage de la soie, les fabriques d'indiennes. Il n’a pas atteint l’industrie drapière, encore moins la fabrication de la toile ; le tissage échappe encore à son emprise.

Dans certaines papeteries, notamment à Annonay, on substitue l’industrie mécanique au travail à la main et on crée de grands établissements, à la fin de l’Ancien Régime. Le savant Desmarests, qui avait visité les fabriques françaises, de 1763 à 1768, puis étudié l’organisation des papeteries hollandaises, proposa de donner 24.000 1. à l’un des manufacturiers d’Annonay, qui monterait des cylindres hollandais, l’un pour l’effilochage des chiffons, l’autre pour l’affinage des pâtes, et installerait des machines. Pierre de Montgolfier et les Johannot transformèrent donc tout leur outillage et fabriquèrent d’excellents papiers, que le système douanier empêcha seul d’exporter à l’étranger. Desmarets fit créer deux autres papeteries modèles, à Essonnes. et à Angoulême (1). Mais l'immense majorité des papeteries restent de petits établissements, dotés d’un outillage sommaire et n’employant que quelques ouvriers.

Dans 1 industrie métallurgique, la concentration industrielle commence aussi à se manifester : on y trouve déjà des usines au sens moderne du mot; c’est à cette industrie que s’applique la définition que Roland donne de l’usine :

« Un vaste laboratoire, un immense atelier où les machines en grand sont communément mues par l’eau, une grosse forgé, une forge d’ancres, une refonderie de fer, l’ensemble des martinets et des grands travaux sur cuivre, des fileries de fer sont des usines, qu’on distingue encore par la nature de l’objet particulier qu’on y exploite, le lieu où l’on fore les canons... ».

(1) Germain Martin, Les papeteries d' Annonay ( 1634-1790 R Besançon, 1897. Cf. Ballot, op. cit., pp. 554 et sqq. ; F. Thomas, Annonay ( Revue de géographie alpine , t. XI, 1923).

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Déjà Buffon, en 1769, établit une forge, qui coûte 300.000 1., et qui est actionnée par un moteur hydraulique. Plus importants encore apparaissent les établissements, cqui furent l’origine delà puissante société du Creusot (1). Le gouvernement, qui se préoccupait très vivement de l’industrie métallurgique, envoya en mission le chevalier de Jars, d’abord en Allemagne, puis en Angleterre où la métallurgie avait fait de grands progrès, de 1750 à 1760, enfin en France, où il devait entrer en relations avec des métallurgistes. Le père et le frère du chevalier étaient à la tête des mines de cuivre de Saint- Bel ; Jars les décida à essayer la fonte du cuivre au coke, en 1769, et ces essais réussirent parfaitement. De Genssane, qui avait visité les fourneaux de Sulzbach, près de Sarreguemines, où l’on se servait du coke pour la fabrication du fer, s’associa avec Stuart, Kessling, le chevalier de Milleville et réalisa, par ses recherches et par les travaux de Ling, de nombreux perfectionnements. La Compagnie Stuart, en 1776, absorba la société fondée par la Chaize et Jullien à Montcenis. Comme Ling avait fondé une compagnie rivale, le gouvernement conclut un accord : Stuart obtenait le monopole de l’exploitation dans les généralités de Dijon, Moulins et Lyon ; Ling, en Normandie, Dauphiné, Provence et Languedoc. Malgré leur activité, ces deux sociétés ne pouvaient réussir, car elles ne procédaient pas assez en grand et leur outillage était rudimentaire. En 1785, le roi révoquait leurs privilèges. Mais la grande transformation technique avait été obtenue : la fonte au charbon, d’autant plus importante qu’à ce moment l’on se préoccupait beaucoup de la disette du bois.

(1) Voj. le très important article de C. Ballot, L'introduction de la fonte du coke en France et la fondation du Creusot ( Revue d'Histoire des Doctrines economiques , an. 1912, pp. 29-62), reproduit dans son Introduction du machinisme , pp. 436 et sqq.

LES TENDANCES NOUVELLES

C'est d’une tentative, au début plus modeste, que devait naître l’entreprise du Creusot. De Gensanne et La Houlière, s’associent avec l’Anglais Wilkinson, le créateur de la fonderie de canons d’Indret, tandis que Wendel, de la famille des maîtres de forges de Hayange, obtient, par l'intermédiaire de Calonne, de fortes avances du gouvernement (600.000 1.) ; la Société put réunir ainsi toutes les usines de la région de Montcenis. Enfin, en 1787, fut fondée la société par actions du Creusot, dans laquelle le Koi est intéressé, et qui comprend i.OOO actions, chacune de 2.500 1. Disposant de ce capital énorme pour l’époque, la société put établir des hauts fourneaux mieux organisés qu’ailleurs, employer des machines à vapeur, de grands soufflets, des marteaux-pilons, expérimenter tous les nouveaux procédés de fabrication. Les bénéfices devinrent rapidement très satisfaisants ; en 1787, les dépenses furent de 812.0001., mais les recettes s’élevèrent à 2.041.000 1. ; on constitua 96.000 1. de réserve et l’on distribua 62 1. 10 s. par action. Il est vrai qu'à l’époque de la Révolution, la société tomba peu à peu en décadence et ne se relèvera qu’en 1836.

C’est aussi un grand établissement que la fonderie de canons d’Indret, fondée en 1777 par Wilkinson, et qui fut la propriété de la compagnie Wendel. Cette fonderie, où l’on se servait exclusivement de charbon de terre, employa des procédés de fabrication très perfectionnés pour l’époque et disposa d’un outillage exigeant des capitaux considérables. Que l’on considère, en effet, qu’en 1777 on dépensa 78.000 1. ; en 1778, 307.000 ; en 1779, 577.000 1. ; en 1780, 381.000 1. Les ouvriers étaient logés et nourris dans l’établissement ( l).

(1) Voy. Georges Bourgin, Deux documents sur Indrel ( Bulletin d’histoire économique de la Révolution , années 1917-1919, pp. 467

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Mais il faut bien se persuader que le Creusot et Indret sont des établissements tout à fait exceptionnels. A considérer l’immense majorité des établissements sidérurgiques, ils apparaissent comme de très modestes exploitations, des forges d’un rendement médiocre, n’occupant que peu d’ouvriers (souvent 8 à 10), ne disposant que d’un outillage rudimentaire, n’ayant par conséquent besoin que de modestes capitaux. Les forges n emploient guère encore que le bois ; aussi sont-elles nombreuses surtout dans les régions forestières, comme les Ardennes, le Nivernais, la Lorraine, la région pyrénéenne, certaines parties du massif central. Bien que le nombre des petites forges, par suite delà disette de bois, ait peut- être diminué au cours du xvme siècle (1), c’est encore partout l’éparpillement et la dispersion, d’autant plus que les diverses fonctions de l’industrie métallurgique « sont localisées dans des établissements séparés ». La concentration ne s’opérera qu’au xixe siècle, et l’industrie ne fera de grands progrès que lorsqu’elle usera exclusivement du charbon et que le développement de la grande industrie exigera une métallurgie vraiment puissante (2).

Les industries métallurgiques qui transforment la matière première sont bien moins importantes que de nos jours. Dans le laminage, la tréfîlerie, la quincaillerie, les aciéries, les ateliers de construction de machines, où la technique a fait de grands progrès, on signale déjà quel-

(1) C’est notamment le cas dans le Bas-Maine ; et cependant on n’j trouve qu’un établissement important : Port-Brillet (Musset, Le Bas-Maine, pp. 253 et sqq.).

(2) Voy. l’importante publication de H. et G. Bourgin, L’industrie sidérurgique en France au début de la Révolution, 1920 (Collection des Documents d'histoire économique de la Révolution). La métallurgie du Nivernais, si active, ne comprend guère que de petites exploitations (Gueneau, op. cit., pp. 332 et sqq.). Sur ce qui précède, cf. aussi Levainville, L’industrie du fer en France, 1922.

ques grands établissements, mais ils sont encore l’exception (1). La coutellerie de Thiers, par exemple, est traitée par des ouvriers à domicile ; on constate dans cette fabrication une extrême division ou spécialisation du travail, dont l’effet est de soumettre encore plus étroitement les artisans au « contrôle » des marchands- fabricants, qui distribuent le travail aux ouvriers ; mais ces fabricants sont nombreux, et la concentration du travail ne s'opérera qu’à partir de 1850 (2).

L’industrie métallurgique est en relation étroite avec l’industrie minière. Celle-ci non plus, en 1789, n’a pas pris encore l’extension qu’elle recevra plus tard. Cependant, de grandes exploitations se sont déjà organisées à la fin de l’Ancien régime. Les bassins les plus importants sont ceux d'Alais, de Carmaux, d’Anzin (3).

Dans le nord de la France, la houille avait été découverte à Fresnes en 1720, puis à Anzin en 1734, et cette découverte transforme un pays médiocrement peuplé et assez misérable, à tel point que la population de 32 paroisses voisines de Valenciennes a augmenté de 200 0/0. Dès 1716, Desandrouin obtient l’autorisation d’exploiter les mines sur le terrain situé entre l’Escaut et la Scarpe et il

(1) Voy. Ch. Ballot, op. cit., pp. 469 et sqq.

(2) Voy. Paul Combe, Thiers et la vallée industrielle de la Duriolle ( Annales de géographie , an. 1922, p. 360-365).

(3) Cf. Grar, Histoire de la recherche, de la découverte et de l'exploitation de la houille dans le Hainaut français, la Flandre française et l'Artois. Valenciennes, 1847 ; Bardon, Le bassin houiller d'Alais, 1898, et surtout Marcel Rouff, Les mines de charbon en France au XVIfF siècle (1744-1791). Paris, 1922. Cf. aussi L.-J. Gras, Histoire économique du bassin houiller de Saint-Etienne, 1922 ; H. Sée, Les mines de charbon en Bretagne ( Annales de Bretagne, t. XXXVI).

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fonde une Compagnie, à laquelle, dans la deuxième moitié du siècle, les seigneurs cèdent leurs droits, moyennant le paiement d’une rente ; en 1757, la Compagnie d’Anzin s’adjoint l’exploitation du marquis de Cernay.

Pendant la première moitié du xvme siècle, l’extraction de la houille était laissée aux propriétaires du sol ou à de petits entrepreneurs. Mais ceux-ci, ne disposant que d’un capital insuffisant, n’exploitent qu’à la surface et par les procédés les plus primitifs. Le gouvernement, de plus en plus préoccupé de la disette du bois, se prononce donc contre « la liberté individuelle d’exploiter les mines » et rend l’arrêt de 1744, qui donne à l'Etat le droit de concéder l’exploitation des mines à des personnes autres que les propriétaires de la surface ; ceux-ci seront dédommagés simplement par des indemnités.

L’arrêt de 1744 est le point de départ d’une révolution complète dans l’exploitation des mines de houille. Malgré la résistance obstinée des petits propriétaires et des petits industriels paysans, les grandes compagnies parviennent à l’emporter. Seules, elles sont capables, en effet, d’accomplir les perfectionnements techniques nécessaires : les sondages, l’ouverture des galeries et des puits, l'aérage, l’épuisement de l’eau sont menés déjà par procédés vraiment scientifiques, et, à peu près partout, dans la seconde moitié du xvme siècle, on emploie les pompes à vapeur. C’est que ces compagnies, menées par des hommes intelligents et énergiques (des nobles, comme le marquis de Castries, le chevalier de Solages, des bourgeois comme les Mathieu, Laurent, etc.) disposent de capitaux considérables. Ce sont des sociétés par actions, sociétés en nom collectif ou sociétés en commandite, car la société anonyme est encore rare. Sans doute, la compagnie d’Aniche, constituée en 1773, n’emploie encore en 1789 que 100 ouvriers •et ses recettes ne s’élèvent qu’à 47.000 1. Mais, par contre,

la Compagnie d’Anzin fait preuve d’une activité prodigieuse. En 1756, elle emploie déjà 1.000 mineurs, et, dans ses ateliers, 500 ouvriers ; en 1789, elle compte 4.000 ouvriers et 600 chevaux ; elle a ouvert 3 à 400 toises d& galeries et elle emploie 12 machines à vapeur. L’extraction du charbon s’élève rapidement, de 2.375.000 quintaux, en 1783, à 3.750.000, en 1789. La situation commerciale n’est pas moins brillante : en 1779, les bénéfices annuels sont de 700.000 1. ; en 1789, ils s’élèvent à 1.200.000 1., bien que le prix du charbon ait diminué d’un tiers. Les sociétés de Carmaux et d’Alais, moins prospères, sont cependant aussi de grandes entreprises. Partout, grâce aux procédés industriels nouveaux, l’extraction de la houille se développe sensiblement, malgré les difficultés que les compagnies rencontrent pour le transport, qui est lent, coûteux, et qu'entravent les péages, malgré leurs luttes contre les marchands, qui réalisent souvent des bénéfices, de 100 0/0. M. Rouff évalue cette production à 450.000 tonnes, insuffisante d’ailleurs pour la consommation, puisqu’on doit importer de l’étranger (Belgique et Angleterre) environ 220.000 tonnes ; le charbon commence à devenir un objet de consommation courante.

Ainsi, l’industrie houillère présente déjà, à la fin de l’Ancien Régime, tous les caractères de la grande industrie capitaliste : exploitation scientifique ; concentration et groupement de nombreux ouvriers ; emploi de capitaux considérables.

Les autres exploitations minières constituent aussi de grands établissements, pour lesquels se constituent des sociétés capitalistes, comme les mines de Pontpéan près de Rennes, les mines de Huelgoat et de Poullaouen en Basse- Bretagne (1).

(1) Voy. H. Sée, Les origines de la société' minière Pontpéan

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Mais, à examiner l’ensemble des exploitations industrielles, on se convainc qu’en 1789 la concentration industrielle n’en est qu’à ses débuts (1). Le régime prédominant, c’est celui des moyens et petits établissements et, c’est aussi le régime de l’industrie rurale et domestique. Toutefois, on se rend compte de l’importance que vont prendre la grande industrie cotonnière et la grande industrie métallurgique ; on aperçoit la transformation que va opérer le machinisme. Les ouvriers la redoutent, dans les. régions où il s’introduit. Ainsi, au moment de la convocation des Etats Généraux, paraît à Rouen une petite brochure contenant « le vœu des six sergenteries, faubourgs et banlieue de la ville de Rouen pour la suppression des mécaniques de filature » (2). Elle déclare que l’introduction des machines anglaises va dépouiller le peuple de ses moyens d’existence : « les méchaniques n’occupent qu’un vingtième des ouvriers qu’occupaient auparavant les filatures à la main, et, par conséquent, on enlève aux neuf

(. Mémoires de la Société d'histoire de Bretagne, an. -1924). Parmi les principaux membres de la société se trouvent Noël Danycan, le fils du grand armateur malouin, et Pâris-Duverney, le grand financier.

(t) Voici encore un exemple significatif. A Marseille, l’industrie du savon, très importante, puisqu'elle fait un chiffre d’affaires de 36 millions de livres par an, occupe 33 fabricants, dont la plupart n'ont que S, 4 ou 3 chaudières ; un seul en possède 27 ; un autre, 25 ; deux, f8 ; un, 15 ; un autre, 12. C’est donc une industrie où la concentration est assez faible (J. Fournier, Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Marseille , pp. 473 et sqq.). — Dans l’imprimerie, on n’a affaire, en général, qu’à d’assez petits établissements, ne comprenant que quelques presses. A Lyon même, parmi les 12 imprimeurs, qui existent en 1763, un seul a 11 presses, un seul 6 presses, un seul, 5;. quatre d’entre eux possèdent 4 presses ; trois, 3 presses ; deux ont 2 presses (Moulé, Rapport de Bourgelat sur le commerce de la libraire et de V imprimerie à Lyon en 1763, dans la Revue d'histoire de Lyon, an. 1914, pp. 51 et sqq.).

(2) Voy. l’intéressante étude de Levasseur ( Comptes rendus de l’Académie des Sciences Morales, t. CLI, pp. 618 et sqq.).

LES TENDANCES NOUVELLES

autres dixièmes leur existence et leur pain ». Il faut craindre une concurrence dangereuse pour Rouen, car, avec les machines, on pourra établir des toileries dans toutes les villes, bourgs et villages du royaume : « ce que les habitants ne pouvaient faire par la disette des bras, iis le feront maintenant par le moyen des méchaniques ».

D’ailleurs, si l’introduction du machinisme n’en est encore qu’à ses débats, si la concentration industrielle n'apparaît qu’à l’état sporadique, il est vrai de dire qu’un symptôme caractéristique se manifeste, qui annonce l’avènement de la grande industrie : c’est l’emploi de plus en plus fréquent de capitaux considérables que l’on consacre à l’industrie. Les négociants , qui font travailler des milliers d’artisans campagnards, qui concentrent leurs produits, surtout dans l’industrie de la laine et de la toile, et aussi dans la bonneterie, les marchands de soie de Lyon, qui soumettent à leur domination économique les maîtres ouvriers, imprègnent déjà l’industrie d’une véritable « organisation capitaliste » (1). Il s’agit seulement de capitalisme commercial ; mais celui-ci précède et va engendrer le capitalisme industriel. Il y a là une évolution qui s’est manifestée en Angleterre comme en France, et qu’il importait de mettre en lumière (2).

(1) Vov. 1 article très intéressant d’Alex. Choulguine, L’organisation capitaliste de l’industrie existait-elle en France à la veille de la Révolution ? ( Revue d’histoire économique, an. 1922, pp. 184-218).

M. Choulguine pense que l’évolution de l’industrie anglaise ne devance pas autant qu on le prétend celle de l’industrie française ; en Angleterre, surtout dans 1 industrie de la laine, les grands établissements sont encore exceptionnels. Sans doute, mais il est paradoxal de soutenir que l’Angleterre, à ce point de vue, n’ait pas de beaucoup devancé la France. — Dans la Flandre wallonne, le capitalisme commercial joue un grand rôle à la veille de la Révolution (A. Crafet, op. cit., pp. 12-13). Sur tout ce qui précède, voy. Ballot, op. cil., pp. 159 et sqq., 263 et sqq.

(2) En Angleterre, on voit bien nettement comment les négociants

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De tout ce qui précède, ou peut conclure qu’un progrès très sensible s’est manifesté dans l’industrie vers la fin de l’Ancien régime, qu’il est contraire à la vérité d’affirmer< comme le fait M. Kovalewsky (1), qu’elle soit tombée dans une profonde décadence pendant le dernier tiers du xvme siècle.

Ce qui est vrai, c’est que le traité de 1786 a produit en France une crise très grave, surtout dans l'industrie textile (2), dans les manufactures de drap, de coton et de toile. Ainsi, à la fin de 1787, Troyes n’emploie plus, pour la fabrication de la toile, que 1157 métiers au lieu de

peuvent se transformer en patrons industriels. A Stockport (Cheshire) Samuel Oldknow, d’abord négociant, fait travailler les fileurs et les lisserands ; puis il devient f actory-master ; ce passage de l’industrie domestique au factory-system s’opère de 1786 à 1795. Voy. George Unwin, Transition to the factory System ( English historical review , 1922, pp. 206-218, 383-397) et Samuel Oldknow and the Arkwrights. En Angleterre, l’emploi des enfants dans les manufactures est plus précoce qu’en France ; cependant, en France, surtout dans les manufactures de cotonnades, on commence à employer les enfants vers la fin de l’Ancien Régime ; cf. Weil-Gével, U introduction des machines et le travail des enfants assistés dans les manufacturés d'après les notes de Ch. Ballot {Bull, de la Soc. d'histoire moderne, février 1923). L’emploi des femmes dans la grande industrie ne se généralisera aussi qu'au xixe siècle ; cependant, dès le xviue, elles apparaissent déjà nombreuses dans la fabrication lyonnaise de la soie et dans la passementerie. Cf. Abensour, La femme et le féminisme avant ta Révolution, 1923, pp. 191 et sqq.

(1) La France économique à la veille de la Révolution , t. Il, pp. 69 et sqq. — L’auteur montre bien la supériorité de l’industrie anglaise, mais, s’il y a eu en France une crise grave après 1786, cela ne veut pas dire qu’une décadence générale se soit manifestée dans l’industrie française à la veille de la Révolution.

(2) Voy. Ch. Schmidt, Le traité de 1786 et la crise ouvrière en France ( Revue historique, 1908); F. Dumas, Le traité de 1786 entre T Angleterre et la France.

3.000, et La campagne environnante subit une crise aussi grave pour la bonneterie ; plus de 10.000 ouvriers restent sans travail (1). A Sedan, dès le mois de décembre 1787, 800 métiers sont démontés et il y a 9.000 chômeurs. La draperie de Beauvais est également atteinte. Le 25 février 1788, Loménie de Brienne réunit le Bureau de commerce, qui se livre à une enquête. L'intendant du commerce Tolozan déclare qu’il y a 200.000 ouvriers sans travail. 11 attribue la crise : 1° au traité de 1786 ; 2° au réveil des manufactures en Italie, en Espagne et en Allemagne. Dans les six premiers mois de 1788, la Caisse du commerce donne 120.000 1. pour parer aux premiers besoins.

Dans 1 hiver de 1 /88-1789, la crise s’étend, gagne l’ouest de la France. A Rouen, en novembre 1788, lespatrons renvoient beaucoup de leurs ouvriers; à Eibeuf, en décembre 1788, 7.500 ouvriers sur 15.000 n’ont pas d’ouvrage, et les salaires s’abaissent de 10 s. 6 d. à 8 s. ; à Louviers, en décémbre 1788 et janvier 1789, il y a 18.000 chômeurs ; à Falaise, éclatent des émeutes et l’on s’en prend aux « mécaniques » ; on veut brûler une nouvelle machine a filer le coton. En Champagne, la situation s aggrave en 1788; meme en Dauphiné, où l’industrie n’a pas encore un très grand développement, on signale une crise grave.

Partout, on attribue la crise au traité de commerce de 1786. L’intendant du commerce maritime, M. de la Porte, en avril 1788, dit que, depuis mai 1787, les importations anglaises se sont élevées à 35 millions de livres, dont 19 en produits manufacturés, surtout en cotons, déclarés à la moitié ou aux deux tiers de leur valeur, tandis que les exportations françaises n’ont pas dépassé 26 millions. Puis, il y a la façon dont le traité a été appliqué : les Anglais-

Ci Vernier, op. cit., 1. 1, Introd., pp. LIX et sqq

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violent certaines clauses, notamment pour le commerce des vins, et commettent toutes sortes d’abus. Roland insiste aussi sur les effets du traité de commerce et montre qu’il n y a qu un moyen de lutter contre la concurrence anglaise, -c’est d’employer des machines (1). Les cahiers de 1789 dénoncent avec une égale vigueur les conséquences désastreuses du traité (2). Les inspecteurs des manufactures émettent la même idée, mais font remarquer que la fermeture de certains marchés, notamment de l’Espagne, a contribué à la crise.

En ce qui concerne la soie, la décadence de la fabrique lyonnaise a encore d'autres causes que le traité, car, si la crise s’est aggravée en 1787, elle est antérieure à 1786. En 1769, on comptait 11.000 métiers; déjà, en 1784, il n’y en a plus que 9.200 ; en 1789, 7.500. Le chiffre d’affaires, qui était de 46 millions, en 1769, n’est plus que de 33 en 1783. L’une des causes les plus importantes de cette décadence a été la mode nouvelle des toiles peintes, du linon, de la mousseline, des gazes, qui fut néfaste à la soie façonnée et aux tissus d’ameublements auxquels la fabrique lyonnaise devait surtout son grand prestige. Le traité de 1786 a eu pour effet de fermer presque complètement le marché anglais, tandis que l’Espagne, dès 1778, en élevant aux deux tiers de leur valeur les droits sur les crêpes français, avait écarté les produits lyonnais et avait nui gravement à l’industrie de la soie, ainsi qu’à la fabrication des bas aux métiers de Nîmes (3). De là, une crise terrible qui accable

(1) Encyclopédie méthodique, Arts et manufactures, t. II, p. 127. On se plaint aussi du maintien par les Anglais de l'Acte de navigation, qui est fort gênant pour les armateurs français.

(2) Voj. Roger Picard, Les cahiers de 1789 au point de vue industriel et commercial.

(3) Leroudier, La décadence de la fabrique lyonnaise à la fin du XVIIIe siècle (Revue d'histoire de Lyon, sept.-oct. 1911); L. Dutil,

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la manufacture lyonnaise et dont elle ne se relèvera pas de longtemps. A Nîmes, si les métiers ont diminué de moitié,, la soie, en 1789, rapporte encore environ 10 millions par an. — En un mot, il semble bien que la fermeture du marché espagnol, tout au moins dans le midi de la France, ait été aussi nuisible à l’industrie française que le traité de 1786 (1).

Voilà les causes qui expliquent la crise industrielle de 1787-1789. Cette crise, que viennent aggraver encore les mauvaises récoltes et la disette qui en fut la conséquence, a contribué à précipiter la révolution politique (2). Elle a eu aussi pour conséquence le retour à un régime de protection industrielle, marqué par le tarif douanier de 1791 et par l’acte de navigation de 1793, en attendant le régime du blocus continental (3).

Ce qui est vrai aussi, c'est que l'industrie française, au moment où éclate la Révolution, ne s’est pas encore complètement affranchie de l’influence étrangère. La supériorité technique des Anglais apparaît encore en bien des métiers, notamment dans la tannerie, où la « façon anglaise » jouit d’un grand renom (4), et dans la fabrica-

L’industrie de la soie à Nîmes, et La fabrique des bas à Nîmes aie XVIIIe siècle (. Annales du Midi, 1905, t. XII, pp. 218-251).

(1) Voy. aussi à ce sujet J. Fournier, Cahiers de la sénéchaussée de Marseille, passim, et Encyclopédie départementale des Bouchesdu-Nord, t. III, p. 235 256.

(2) Voy. G. Lefebvre, Les paysans du Nord, pp. 339 et sqq.

(3) Pour tout ce chapitre, voy. F. Gerbaux et Ch. Schmidt, Procèsverbaux des Comités d’ agriculture et de commerce de la Constituante, de la Législative et de la Convention. Paris, 1906-1910, 4 vol. in -8° (Coll, des Documents économiques de la Révolution). Les notes surtout renferment beaucoup de renseignements précieux. CL encore Ernest Lavisse, Histoire de France, t. IX, pp. 203 et sqq. — Sur la réaction contre le libéralisme économique, cf. Nussbaum, op. cit.

(4) En 1781, Legendre crée à Pont-Audemer une tannerie « façon

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tion de certaines étoffes de drap. Le ministre de l'intérieur peut encore écrire, le 4 juillet 1792 :

« L’industrie nationale — est encore tributaire de l’Espagne pour la fabrication des belles draperies et de toutes les étoffes qui vont au foulon ; elle éprouve la supériorité de l’Angleterre pour toutes les étoffes sèches et rayées, telles que les serges, les étamines, les burats, les baracans et autres de ce genre, relativement auxquelles l’infériorité des laines de France ne permet pas au fabricant le plus instruit d’égaler la fabrication anglaise » (1).

Les raffineries françaises ont aussi de la peine à lutter contre les raffineries étrangères, sans doute mieux outillées (2).

Mais on ne saurait nier que les vingt dernières années del’Ancien Régime aient été marquées par une grande activité industrielle, que suffiraient à prouver l’esprit d’invention, les efforts pour introduire le machinisme, la création de grandes entreprises, comme la Société des Eaux, la Société d’assurances générales, la Caisse d’escompte, la fondation des Sociétés d’encouragement et de bureaux d’encouragement pour l’industrie. L’entreprenant Galonné, le duc d’Orléans, prince éclairé et âpre au gain, contribuent à activer ce grand mouvement d’affaires (3). Dans les provinces

anglaise» (Al. Tuetey, Correspondance du ministre de l intérieur relative au commerce, aux subsistances et à l’administration générale {16 avril- 14 octobre 1792) (Coll, des Doc. économiques de la Révolution), 1917, pp. 236-237. En 1792, à Langeac, Sivan et Dupas proposent la crétion d’une tannerie a façon anglaise » {Ibid., pp. 273 et sqq.).

(1) Ibid., p. 341.

(2) Voy. l’arrêt du Conseil, du 25 mai 1786, qui ordonne de restituer la totalité des droits acquittés par les sucres bruts des colonies,, qui auraient été raffinés dans un port du royaume et seraient exportes (Arch. Nat., E 2620, fol. 193).

(3) Voy. Ch. Ballot, pp. 64 et sqq.

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jusque-là un peu somnolentes, on voit se manifester un éveil industriel. Tel est le cas de la Bourgogne. En 1782, le trésorier des Etats, Chartraire de Montigny, déclare :

« Des nitrières artificielles, une manufacture de verdet (acétate de cuivre), une fabrique de potasses, plusieurs exploitations de charbons prouvent que l’industrie commence à s’éveiller dans notre pays ».

Et il note encore la création de plusieurs banques à Dijon (1). A Marseille, en dépit d’un certain fléchissement que l’on observe, à la veille de la Révolution, dans certaines fabrications (savonnerie, chapellerie, papeterie), la seconde moitié du xvme siècle est marquée par une grande expansion industrielle (2).

Sans doute, en France, les progrès de la grande industrie ne sont pas, comme en Angleterre, spontanés, dus à 1 initiative privée ; ils furent, en grande partie, l’œuvre du gouvernement, dont l’action se manifeste aussi bien dans l’industrie cotonnière que dans l’industrie métallurgique et le moulinage de la soie. Il s’agissait d’augmenter la production, pour que l'on fût à même le plus possible de se passer de l’étranger. Sous le Premier Empire, la protection gouvernementale contribuera aussi, dans une forte mesure, au développement industriel. L’époque révolutionnaire, par suite des troubles intérieurs, de la guerre étrangère, de l’émigration, marqua, au contraire, un temps d’arrêt dans l’évolution de l’industrie, du moins à partir de 1792, bien que la guerre ait favorisé les progrès de la métallurgie et des fabrications chimiques (3).

(1) P. Destrat, L'état économique de la Bourgogne à la fin de V Ancien Régime , 4911 , pp. 20 et sqq.

(2) Voy. Encyclopédie départementale des Bouches-du-Rhône, t. Itl (1921), pp. 235-256 (chapitre écrit par M. Bourrilly).

(3) Voy. Ch. Ballot, passim, et chapitre I. Cf. aussi Ch. Schmidt, Statistique industrielle én Van V ( Bulletin d'histoire économique de la Révolution, an. 1908, pp. 1 et sqq.). Cependant, il faut noter, à

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Sans aucun doute, au point de vue industriel, l’Angleterre devance de beaucoup la France ; le machinisme s’y est répandu bien davantage ; la concentration industrielle, le factory system commencent à y triompher au début du xixe siècle, tandis qu’en France ce n’est encore que l’aube d’un mouvement qui ne s’épanouira pleinement qu un demi-siècle plus tard (1). Au cours du xixe siècle, 1 Angleterre deviendra un pays presque exclusivement industriel, tandis qu’en France l’équilibre entre la production industrielle et la production agricole ne sera jamais rompu ; on se l’explique, si l’on considère combien l’évolution de la propriété foncière et du régime agraire a été différente en l’un et l’autre pays (2).

cette époque, une grande activité des industries métallurgiques et chimiques, en un mot, des fabrications de guerre; les savants, pour contribuer à la défense nationale, multiplièrent les découvertes, dont l’industrie profita un peu plus tard (Camille Richard, Le Comité de Salut Public et les fabrications de guerre sous la Terreur. Paris, 1921 (thèse de doctorat ès lettres).

(1) Sur tout ce qui précède, cf. aussi mon étude, Remarques sur révolution du capitalisme et les origines de la grande industrie ( Revue de synthèse historique , juin 1924).

(2) Voj. H. Sée, Esquisse d'une histoire du régime agraire en Europe aux XVIIR et XIX e siècles. Paris, 1921.

Sée.

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