‹ L'evolution d'un mythe; Açvins et DioscuresChapitre 14 sur 53 · etc · texte numérisé non relu

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(2) Sutârmânam nàvam. 662. 3. La première partie du vers est consacrée à Varuna, ainsi que les deux vers qui précèdent. Dans les trois derniers, il est question des Açvins. Peut-être est-ce précisément ce vaisseau, particulier aux Açvins aux époques postérieures, mais ayant primitivement la valeur d’une simple comparaison, qui a poussé quelque poète à joindre ainsi les Açvins avec Varuna dans un hymne de 6 vers.

(3) Mot à mot : la rame de l’éclat de vous large.

libations répandues en l’honneur d’Indra : l’hécatombe grecque a dù sortir de pareilles formules.

Parfois chaque flamme est comparée à une barque, qui traverse d’abord les libations, puis s’envole dans les airs. « Vous avez porté Tugra avec vos barques animées, qui, loin de l’eau, nagent dans les airs ». (1 16.3.) Ici le poète védique exprime une idée fort simple par une énigme paradoxale, ce qui devait passer pour le comble de l’art à cette époque (1).

La Course des Açvins et le lieu où elle s’accomplit

Nous avons vu comment s’était formée la conception du char des Açvins ; elle est d’abord à. peine distincte, et c’est un des mille aspects de la flamme qui dévore les libations ; puis elle s’objective peu à peu, et d’apparences vagues se dégage une image concrète. C’est maintenant un char réel que décrit le poète, avec ses essieux et ses roues, son coffre de métal, son timon auquel s’adapte le joug, les sièges pour ceux qui le montent, les courroies pour les chevaux, et les rênes qui servent à conduire. Où les dieux dirigent-ils sa course? Là où vont les flammes elles-mêmes qui s’élèvent et s’évanouissent dans l’air. Le char qui revêt leur éclat est emporté comme elles dans l’espace, dans les parties supérieures de l’atmosphère, que les Grecs appelaient ou'Ovîp (2), les Latins aether, et que plusieurs peuples ont regardées comme la demeure inaccessible des dieux.

(1) L'hymne 164 est formé tout entier par des paradoxes de ce genre.

(2) L’a!0r,p (de acïûa>, brûler) est étymologiquement « oe qui brûle ».

LE MYTHE DES AÇVINS

Mais ce n’est pas là une conception primitive. A l’orig-ino, si notre interprétation du Rig-Véda est exacte, le théâtre du drame religieux n’est pas plus grand que l’emplacement même du sacrifice. C’est plus tard seulement qu’on fera de celui-ci une réduction de l’univers, en voyant ses flammes nourricières se volatiliser mystérieusement et se disperser aux quatre coins de l’espace. Une autre idée vient se greffer sur celle-là : le sacrifice, primitivement, a eu pour objet, en produisant les flammes, de créer les devas. Tous les jours naissent ainsi une infinité de dieux nouveaux qui remplacent les dieux morts des sacrifices précédents, dont ils sont des espèces de doubles indéfiniment reproduits. Mais ceux-là mêmes qu’on considère comme éteints ( u défunts, si l’on s’attache à leur origine matérielle ou à leur représentation purement concrète, sont vivants et immortels, en tant qu’jls sont devenus des symboles. Us ont alors la valeur d’une idée abstraite, dont la compréhension s’étend à tous les individus qui la réalisent sous des formes concrètes. On peut dire en ce sens qu’à tous les sacrifices de nouvelles manifestations des Açvins viennent rajeunir ces devas ; qu’il existe une idée des Açvins, à laquelle le langage et la littérature prêtent un semblant d’existence, et que la fantaisie du poète objective en image assez nette dans la demeure mystérieuse et vague de tous les dieux ; — et aussi des formes matérielles et quotidiennes des mêmes Açvins, que cette idée vient successivement animer. C’est ainsi que les Açvins matériels ne sortent pas de la libation ou des flammes qui la dévorent, en un mot du sacrifice, tandis que postérieurement les Açvins abstraits se rendront à ce sacrifice d'un point indéterminé de l’espace, sans que jamais cependant l’esprit de leurs adorateurs distingue ceux-ci de ceux-là.

Ces considérations étaient nécessaires pour expliquer la confusion des idées et l’incohérence des images dans presque tous les passages où il est question de la course des Açvins. L’inter-

prétation tardive et irrationnelle de certains textes, appuyée par l’évolution de l’idée religieuse et la diffusion des dieux hors du sacrifice dans tout l’univers (panthéisme), montre les Açvins parcourant les deux ou les trois mondes, volant dans les espaces de l’air, sur les plaines des eaux, ou par dessus les montagnes de la terre, et quittant leur demeure mystérieuse pour venir dans la maison de l’homme pieux qui les invite au sacrifice. D’autres morceaux sont restés plus voisins de leur signification primitive, soit qu’ils datent de plus loin, soit que l’imagination du poète s’y soit donné moins librement carrière et ait respecté davantage la lettre des anciennes traditions; de ceux-là il résulte que les voyages des Açvins ne dépassent pas l’Océan de la libation et le sommet des flammes du sacrifice ; ils nous serviront à expliquer les autres.

« Dans cette course que vous faites ensemble, remuants, que votre char traverse les sept courants, que vers nous se meuvent les beaux [chevaux] attelés par les dieux, qui, tirant les timons, vous transportent. » (583.8.)

« Voici que cette lueur s’élève dans l’air ; il est attelé lorsque point la lumière, le char qui fait le tour. » (341.1.)

Ces sept courants que franchit le char des Açvins, ce sont les sept libations dont nous avons déjà parlé ; cette lueur et cet éclat qui l’accompagnent, ce sont les flammes du sacrifice. C’est bien de l’offrande qu’il sort, de l’offrande considérée métaphoriquement comme un obstacle dont il ouvre ou brise les portes.

« Ouvrez les portes de la solide étable, riche en vaches, pour celui qui chante, vous qui avez les dons brillants. » (503.11.)

C’est-à-dire : permettez que les libations se répandent pour Agni crépitant. Elles sont souvent comparées à une mer, d’où l’expression suivante :

« Attelé par vous deux, votre char immortel avance dans la mer, Açvins aux actes merveilleux ! » (30.18.)

LE MYTHE DES AÇVINS

On les identifie encore à la Nuit laissant la place au Jour, à l’Obscurité à laquelle succède la Lumière :

« Ils s’élèvent dans les lueurs d’Usas, ils apportent le réconfort, ils possèdent le madliu, [votre] char et [vos] chevaux : ils triomphent de l’obscurité qu’ils écartent, et traversent la chose sombre, tel Sûrya qui brille. » (341.2.)

Ce char est souvent qualifié de ptirijman, « qui fait le tour, qui va tout autour » ; cette expression s’applique fort bien au cercle ondoyant de la fiamme. Ce sont encore les flammes aux volutes mouvantes que représentent les roues du char : une de ces roues court tout autour de la libation, l’autre pointe en avant (1). Ainsi dans un foyer certaines flammes paraissent plus particulièrement attachées aux aliments qu’elle lèchent et consument, tandis que d’autres se dressent et s’élancent dans les airs.

S’il s’agit d’un char réel, le passage cité est tout à fait absurde, car il est matériellement impossible que les deux roues suivent deux directions différentes ; l’une ne peut pas tourner, tandis que l’autre va tout droit. Avec notre hypothèse, l’explication est fort simple, l’expression seule reste paradoxale ; mais nous savons le goût qu’avaient pour les énigmes les poètes de l’âge védique. En voici une qui trouve naturellement sa place ici : « [Açvins], vous avez appuyé l'une des roues de votre char sur la tête du taureau, tandis que l’autre fait le tour du ciel. » (30.19). Rien de plus simple à résoudre: Soma est souvent représenté comme un taureau ; la tête du taureau, c’est donc la libation qui s’élève ; quant au ciel ou au jour, il est identique primitivement à l’éclat ou à la flamme. Nous retrouvons la même idée que tout à l’heure, exprimée sous une forme différente. Les flammes tourbillonnantes sont figurées par le

(1) 642. 4. « Une des roues de votre char va tout autour (de la libation) ; 1 autre vous pousse fougueusement. »

char des Açvins, qui tourne dans l’éclat, c’est-à-dire métaphoriquement qui fait le tour du ciel (1). C’est ce qu’on exprime encore en disant qu’il parcourt Dyâvâprithivî (292.8) (2). Ce couple, qui d’abord représente les deux éléments du sacrifice, est devenu plus tard le symbole du Ciel et de la Terre. C’est dans le même sens que le poète dit aux Açvins d’approcher avec leurs attelages les plus hauts, avec leurs attelages moyens, avec leurs attelages les plus bas (503.11), c’est-à-dire avec la partie supérieure, moyenne et inférieure du sacrifice enflammé. C’est le feu, d’abord à son origine, plongeant dans la libation obscure et pour ainsi dire emprisonné par elle, puis devenant plus clair, et triomphant de l’obstacle qu’il couvre tout entier, enfin abandonnant la demeure ou la base de l’offrande pour s’élancer dans les airs.

Quand l’homme a grandi démesurément le sacrifice jusqu’à lui faire remplir le monde, il a divisé inconsciemment l’univers en trois parties : le Ciel, le Sol, le Sous-sol. Devant ses regards, le dominant et l’enveloppant, mystérieux et inaccessible, s’étend le Ciel, où se passent les phénomènes d’ombre et de lumière, d’où vient la chaleur la pluie, la foudre; à sa portée, son domaine propre, le Sol, avec les cours d’eau, les forêts, les rochers et les mers ; et au- dessous de lui un inconnu plus mystérieux encore que le Ciel, car on ne le voit même pas: un vague pays deviné noir et terrible par les fissures des cavernes et les ouvertures des volcans, la patrie des tremblements de terre, mais aussi la région d’où jaillissent les fontaines et dans laquelle germent les plantes.

(1) 339. 5. « Votre char va au loin tout autour de l’éclat, lorsqu'il roule en sortant de la nappe d’eau; » ou: « Votre char fait au loin le tour du ciel, lorsqu'il 'roule en sortant de la mer. »

(2) Cf. 64 2. 5. « Votre char, Açvins, aux trois sièges, aux rênes d’or, court tout autour de Dyâvâprithivî. »

LE MYTHE DES ACVINS

Aussi, quand le cerveau humain forge des dieux, il les divise souvent en ces trois catégories :

Dieux d’en haut, les plus puissants et les plus vagues;

Dieux secondaires et moyens, génies favorables ou esprits malfaisants, qui se mêlent à la vie de l’homme, cachés dans les arbres, le corps des animaux, le lit des lleuves ou les abîmes de la mer ;

Dieux d’en bas, à double aspect, horribles par leur mystère, bienfaisants par leur fécondité, dieux des morts et dieux des moissons.

Tels chez les Grecs, les dieux qui habitent l’Aither inaccessible, les génies de la Terre, et les divinités chthoniennes ;chez les Romains, les dieux supérieurs, moyens et inférieurs (1) ; chez les Chrétiens, le Ciel, la Terre et les Enfers.

Dans le Rig-Véda, les offrandes sont aussi divisées en trois, d’une façon purement conventionnelle et à cause de l'importance qu’a pris ce nombre. « Fais-nous part, [Agni!], des nourritures les plus éloignées, des moyennes, et donne-nous le bien le plus rapproché (2). » (27.5.)

Enfin les dévas sont considérés comme résidant tour à

(1) Audi Jupiter, diiqueomnes cœlestes, vosque terrestres, vosque inférai, audite.

Vieille formule fétiale — Tit. Liv. I, 32.) — Ita me dii deæque, superi atque inferj atque medioxumi (Plaut. Cistell., II, 1.30.)

2j Cf. encore 20. 7, té no râtnàni dhattana trir à sàptâni sunvaté. A propos de ce vers Sàyana explique que dans le vase du sacrifice il y a trois espèces d’offrandes superposées, qu’on appelle les supérieures, les moyennes, les inférieures. Evidemment les textes que nous citons, mal compris, ont dû amener dans le rituel du sacrifice la superposition réelle des trois offrandes.

Enfin on peut citer le passage suivant :

34. 6, trir no açvinâ divyàni bhesajà trih pàrthivâni trir u dattam adbhyàh. Ce passage peut se traduire ainsi : « Trois fois, Açvins, donnez-nous les réconforts brillants (c’est-à-dire les flammes), trois fois les (réconforts largement étendus (c'est-à-dire les libations ruisselantes), trois fois (donnez-nous-les en les tirant) des eaux. » On pourrait interpréter aussi : « Trois fois donnez-nous les réconforts brillants, trois fois (ceux) terrestres, trois fois (ceux tirés) des eaux. » C'est ainsi qu'on arrive au sens admis par Sàyana et qui se rattache à la conception des açvins médecins : « les remèdes du ciel, ceux de la terre, et ceux des eaux. »

L’ÉVOLUTION D’UN MYTHE tour dans trois régions , désignées , ainsi qu’on le voit , de façons très diverses. Trois vers de l’hymne 628 nous montrent les Açvins, d’abord dans 1 'Antàriksa, c’est-à-dire à l’intérieur de la libation, puis sortant de celle-ci sans avoir encore tout leur éclat, enfin procurant ou trouvant la lumière et la flamme (1).

Ailleurs on les appelle, qu’ils soient (630.1) « dans celle qui offre une large demeure, ou dans la mer offerte (2) ». Cette mer offerte n’est pas différente de V Antàriksa, la libation obscure, semblable elle-même aux réconforts les plus proches dont il est question 27.5 ; « celle qui offre une large demeure » doit être rapprochée des « réconforts largement étendus» (34.6); enfin « l’éclat du jour » correspond de même aux « offrandes bril lantes(3) ».

De là sortent encore d’autres formules, plus vagues et plus générales :

« Que vous soyez loin, nâsatyà, ou que vous soyez près, Açvins, avec votre char aux mille éclats ! » (628.14.)

« Que vous vous trouviez devant ou derrière...» (630.5.)

« Venez, Açvins, nâsatyà, de derrière, de devant, d’en bas, d’en haut, de tous côtés... » (589.5. id. 588.5.)

Cette explication rend compte aussi des trois pas des Açvins (628.23), qui représentent leur passage dans les trois parties de la libation, en un mot leur accroissement ; on peut les rapprocher des trois pas (4) de Visnu, par lesquels ce dieu franchit

(i) 628. 3. « Venez de l’Antâriksa voisin... — 4 Venez vers nous de l’ Antàriksa éclat (c’est-à-dire de la libation devenue éclatante) — 7. Du jour brillant venez vers nous, vous qui trouvez la lumière. »

(2 Si la division des pàdas ne s'y opposait, on serait même tenté de joindre grihé à àdhi àkrite, et de traduire « dans la mer qui leur est préparée comme maison ».

(3) 628. — 3. nàhusas àntàriksât. — 4. divàs ântâriksât. — 7. divàs rocanàt.

27. — 5. antamasya vàsvas. — madhyamésu vàjesu. — paramésu vàjésu.

34. — 6. adbhyàs [bhesajâ] — pàrthivâni bhesajâ — divyàni bhesajâ.

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