CONCLUSION GÉNÉRALE DE LA PREMIÈRE PARTIE
De l’étude des Vedas s’est dégagée peu à peu l’image des Açvins, d’abord vague et imprécise dans leRig, puis plus nette et se prêtant déjà aux déformations futures, dans les hymnes liturgiques de l’Atharva. Mais si ces dieux, dans la religion védique, jouent un rôle considérable , l’Inde brahmanique les connaît à peine : ils n’apparaissent plus que dans quelques rites compliqués du sacrifice, à propos de citations des textes sacrés, qui contiennent leur nom ; quant aux poètes de l’épopée, ils ne les considèrent plus que comme un accessoire littéraire.
Leur sort est le même que celui d’une foule d’autres dieux védiques : Vâyu qui était presque au même rang qu’Agni; Dyâus, dont le frère devint la divinité principale des Hellènes. Les Açvins, eux, disparaissent dans le brouillardde commentaires toujours plus obscurs, et leur nom même eût été oublié par les brahmanes, sans l’importance traditionnelle de quelques formules où il trouve place. Leur image s’efface graduellement devant celle d’Agni ou d’Indra, et même de Savitar, de Pusan, de Brahmanaspati, qui se retireront à leur tour devant des dieux nouveaux, Visnu, à peine connu dans le Rig, Çiva et Brahma, en qui tous finiront par se perdre. Cet affaiblissement
(I) Nous avons vu à plusieurs reprises que ces sages, intelligents et inspirés étaient primitivement les Agnis eux-mêmes.
LES AÇVINS DANS L’ATHAKVA-VÉDA 157
progressif d’une conception religieuse primitivement si vivace, est intéressant à suivre dans les Brâhmanas et les Upanisads. La forme des Açvins s’y pétrifie d’abord, puis finit par disparaître presque complètement sous l’envahissement des rites et des commentaires. Telles les statues des vieux saints : elles ont été vivantes longtemps et animées par la pensée de l’artiste qui les a conçues ; mais les intempéries des saisons et aussi les baisers des fidèles ont fini par ronger, à travers les siècles, leurs visages de pierre.