‹ L'evolution d'un mythe; Açvins et DioscuresChapitre 23 sur 53 · LE G R A H A · texte numérisé non relu

LE G R A H A

Gomme il y a une cîti, il y a un gvâha des Açvins (1). Le sens de ce mot a varié suivant les époques : il a dû signifier primitivement : « action de saisir » ; puis il s’est appliqué à l’instrument avec lequel on saisit, et a désigné le vase du sacrifice. Enfin par métonymie il en est venu à exprimer la libation.

La libation açvinienne donne au sacrifice, par l’intermédiaire du sacrificateur, un de ses organes essentiels, celui de l’ouïe, ainsi qu’il est expliqué dans l’Aitareya Brâhmana (III. 1.1, passage cité plus haut).

La cérémonie du graha açvinien, longuement décrite dans le Çatapatha Brâhmana (IV. 1.5.15-20) est plein de rites minutieux, qui tous ont pour origine quelque formule du Rig-Véda. Pour cette libation particulière, le prêtre prononçait un vers de l’hymne 22.

« Arrosez le sacrifice, Açvins, avec votre aiguillon plein de madhu, riche en dons ! »

De ce texte résultait naturellement que l’offrande spéciale des Açvins avait pour base le madhu, c’est-à-dire le miel, ou d’une façon plus générale un liquide sucré. Pour justifier cette pratique, le rédacteur des Brâhmanas en fait remonter l’origine à un Risi fabuleux, et il raconte que Dadhyac, fils d’Atharvan, donna le premier aux Açvins la libation appelée madhu, préférée depuis

(1) L’origine de cette partie de la liturgie pourrait être cherchée dans certains passages du R. V. : 690. 1 . — 818. 3. — 940. 5.

LES BRAHMANAS ET LES UPANISADS

par eux à toutes les autres. Le même Dadhyac, dans le Rig, se trouve fréquemment en rapport avec la tète du cheval, identique, ainsi que nous l’avons vu, à la tète du sacrifice. Mais celleci est établie par les Açvins qui, dès lors, se confondent avec elle. Or c’est dans la tète que se trouvent les lèvres, organe de préhension (cf. graha), grâce auquel le corps se pourvoit d’aliments. Ce sera donc avec un vase dont l’ouverture a la forme de lèvres, que se fera le graha açvinien, et que seront nourris les Açvins, têtes du sacrifice. (Çat.,Br. IV. 1. 5.19.), Toutes ces déductions sont assez subtiles, mais d’ailleurs fort compréhensibles. C’est par des considérations analogues, fondées aussi sur des rapprochements de mots, qu’on est arrivé à donner la forme d'une chèvre au vase de la libation pour Mitra et Varuna. Le commentateur respectueux attribue à tous les mots du texte sacré une importance égale, et une simple épithète donne ainsi naissance, soit à un rite, soit à une légende.

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