‹ L'evolution d'un mythe; Açvins et DioscuresChapitre 30 sur 53 · CURE OE L’AVEUGLE UPAMANYU · texte numérisé non relu

CURE OE L’AVEUGLE UPAMANYU

Ils se manifestent en général comme médecins, et ils se livrent à des cures merveilleuses ou à des opérations chirurgi cales extraordinaires. Rien n’est plus clair que le mythe de l’aveugle tombé dans un puits et guéri par les Açvins ; c’est Agni, enfermé dans la libation obscure, d’où on l’aide à sortir. Cette histoire se trouve développée d’une manière assez banale dans la légende d’Upamanyu (1)..

« Upamauyu, ayant mangé des feuilles de calotropis, perdit la vue, et, tandis qu’il errait, aveugle, tomba dans un puits. Le gurii, son maître, étant allé à sa recherche, lui dit : « Chante les deux Açvins, qui sont les médecins des dieux ; ils te rendront la vue. » A ces mots Upamauyu se mit à célébrer les frères jumeaux Açvins dans ces paroles que le Rig-Véda leur adresse (suivent de longues litanies en l’honneur des Açvins). Les Açvins, ainsi loués par lui, se manifestèrent et lui dirent : « Mous sommes contents : ce gâteau est pour toi ; mange-le. » Alors il recouvra la vue et obtint la connaissance des Védas. Telle fut l’épreuve d’Upamanyu. » (Mah. — Maha -Parva, 7 16. sq.)

ACCOUCHEMENT DE YUVANAÇVA

Mais la guérison des aveugles, comme celle des paralytiques, est chose banale ; toutes les religions présentent de pareils miracles. Les Açvins font mieux : ils extraient un enfant à naître des entrailles de son 'père. Ce fait assez extraordinaire mérite d’être raconté tout au long. Il s’agit de « Mandhâtar, que les dieux Açvins ont jadis tiré du sein de Yuvanâçva. Ce monarque, errant a la chasse, altéré, avec des chevaux fatigués,

(1) Ce mot est employé une fois dans le R. V., comme épithete de Kuru, le chanteur. c'est-à-dire Aprni crépitant.

aperçut une fumée: c’était un sacrifice, duquel il s’approcha, tenant sa corde et sa flèche. Les célestes Açvins, ces excellents médecins, entrevirent l’enfant à naître, arrivé le temps des couches, dans le ventre d’Yuvanâçva, et en pratiquèrent l’extraction des entrailles mêmes de son père. Dès qu’ils virent ce nourrisson, qui avait l’éclat d’un dieu, couché dans le giron de son père, les immortels do se dire l’un à l'autre : « Qui cet enfant tetera-t-il ? — C’est moi-même qu’il tetera à vos yeux » répondit le fils deVàsu. A peine eut-il ainsi parlé qu’un lait immortel apparut aux doigts d’Indra : « 11 me tetera », répéta par pitié le roi des dieux, touché de compassion pour cet enfant. Alors les dieux lui donnèrent le nom de Mandhâtar (main, moi; et dhâtri, buveur). La main du magnanime Indra distilla dans la

bouche du nouveau-né les gouttes de lait et d’ambroisie En

douzejours il devint égal à un enfant de douze ans. » (Mah.- Drona-Parva, 2271. sq.)

Cette étrange histoire nous reporte aux conceptions védiques les plus anciennes. Elle a pour point de départ un fait si extraordinaire, si monstrueux, que le narrateur épique n’a pas cru pouvoir ni l’arranger, ni l’expliquer, et l’a simplement transcrit.

Qu’est-ce donc que Mandhâtar et que signifie sa légende ?

Mandhâtar apparaît dans le Uig-Véda comme une des mille formes d’Agni. 11 est formellement assimilé à ce dieu dans un passage, et dans un autre il est rapproché d'Angiras (1). Les Açvins interviennent pour le mettre en mouvement et l’aider à se rendre maître du sacrifice (1) : aussi les commentateurs le rangeront-ils parmi les favoris de ces dieux, ce qui explique déjà en partie la légende du Mahâbhârata.

Mandhâtar est tiré par les dieux des entrailles d’un mâle et non du ventre d’une femelle. Pourquoi cette naissance contre nature ? C’est le premier point qu’il faut éclaircir.

EPOPEES

La succession des differents phénomènes du sacrifice a été interprétée de bonne heure comme une filiation. Or, l’idée de filiation est inséparable de celle de génération, laquelle présuppose l’union des deux sexes : d’où les amours légitimes et illégitimes des dieux et la distinction entre les principes mâles et les principes femelles. Mais, d'après la conception primitive, l’Agni nouveau, tantôt succédait à l’Agni précédent ou sortait de lui, tantôt était considéré comme jaillissant de la libation. Avant que de la confusion de cette double idée fût sortie l’union, le mariage des deux éléments du sacrifice, il était donc le fils d’un père sans femme, ou d'une mère sans mari. Voilà, certes des imaginations singulières, mais qui par leur étrangeté même ont dû persister longtemps et laisser des traces jusque dans la mythologie postérieure. En Grèce, par exemple, Héra procrée toute seule, contre les lois habituelles de la génération, le monstre Typhaôn, et aussi le dieu Héphaestos. De même Zeus fait sortir Athéna de sa tète, et extrait Dionysos de sa cuisse. Ce dernier, il est vrai, a une mère, Sémélè. Mais c’est qu’ici deux légendes se sont fondues ensemble dans l'intérêt de la vraisemblance. Dans la tératologie mythique, Mandhâtar peut donc être placé à côté de Typhaôn et d’Héphaestos, de Dionysos et d’Athéna. 11 est mis au jour par les Açvins, accoucheurs divins : nous les avons vus déjà jouer ce rôle (1).

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