CONCLUSION DE LA DEUXIEME PARTIE
Ainsi une phrase incidente d’un obscur commentateur nous ramène exactement à la conception que nous nous étions faite des Açvins d’après les hymnes du Rig-Véda. Ils ont bien changé pourtant depuis l’époque où le chantre védique les appelait en servant la libation sur l’autel. Alors dieux jeunes et triomphants, ils s’accroissaient par des offrandes régulières et témoignaient de leur présence effective dans le sacrifice. Mais l’imagination humaine leur prêtant des ailes, ils se sont envolés dans le ciel immense ; et le prêtre, les perdant de vue, n’a retenu que leur nom. Etres vagues vénérés jadis par les ancêtres, avant même que les dieux eussent pris des formes pour se manifester à leurs adorateurs, ils ont été relégués par les descendants embarrassés dans le paradis lointain, situé tout en haut du ciel, où Indra règne sur ce qui reste des divinités védiques. Ils s’y sont laissé vite oublier, puisqu’aucune image ne les rappelait au souvenir des hommes ; plus tard, lorsque des prêtres ont trouvé leur nom dans quelque vieille prière, c’est à peine s’ils ont pu se les représenter ; et les Devas, jadis éclatants de lumière, peu à peu se sont obscurcis et fondus dans le noir, comme les couleurs d’un tableau trop ancien.