‹ L'evolution d'un mythe; Açvins et DioscuresChapitre 36 sur 53 · JUSQU’A QUEL POINT LES DIOSCURES CORRESPONDENT · texte numérisé non relu

JUSQU’A QUEL POINT LES DIOSCURES CORRESPONDENT

AUX AÇVINS

Si obscure que soit l’histoire des Àçvins, nous avons essayé de la reconstituer, en observant ces dieux, depuis la première fois que nous les avons aperçus dans la fumée du sacrifice. Les hymnes védiques, à mesure qu’ils les créaient, nous permettaient de deviner leurs formes vagues. Mais auparavant, qu’étaient-ils? A l’époque crépusculaire où nos ancêtres inquiets conservaient avec des précautions infinies et entretenaient le trésor sacré du feu, existaient-ils déjà à l’état de trace obscure dans un cerveau d’homme, lorsqu’on répandait, pour activer la fiamme, les résines, les essences, les huiles, les liqueurs fermentées, le miel des abeilles, le lait des animaux ? Dans quelles sensations humaines se répercutaient alors les crépitements du feu, les sifflements des liquides enflammés? Eu quelles images se transformaient les visions des flammes dansantes, les alternatives de noir et de rouge, d’obscurité et de lumière, que produisait pour

l’œil l’éclat du feu ? Sans doute ces impressions étaient bien vagues ; mais cependant elles existaient, et c’est d’elles que sont sorties les conceptions des âges postérieurs. Déjà sans doute le cerveau humain, dans son premier travail inconscient, avait mêlé l’homme aux choses et ainsi peuplé le monde de virtualités divines. Mais l’univers était encore bien restreint pour nos ancêtres d’alors et leur expérience ne s’étendait qu’aux objets les plus proches. C’est pourquoi le premier palais de leurs dieux fut le sacrifice, et non l’univers. D’ailleurs le feu, par le mouvement et la chaleur, ne devait-il pas donner aux primitifs l’illusion de la vie? D’autre part il inquiétait l’homme par le mystère de sa disparition et de sa résurrection. De bonne heure donc l’imagination humaine, à l’occasion du feu, s’était créé un certain nombre de conceptions, assez vagues pour se prêter à des déformations diverses, assez précises pour déterminer d’une façon nécessaire l’évolution religieuse. Ces germes des dieux, ces moules des mythes, les Indo-Européens les emportèrent avec eux, en même temps que les pratiques matérielles qui leur avaient donné naissance, et qui, partout perpétuées, contribuèrent à maintenir parallèles les évolutions religieuses des différentes racés.

Ainsi les Açvins et les Dioscures de la Grèce ne sont pas un seul et même mythe, c’est -à-dire que les Indo-Européens, avant leur séparation, ne connaissaient pas deux personnes divines pareilles à celles-là ; mais leur imagination était prête à créer un couple mythique, une dyade ; l’idée de cette dyade devait agir sur leurs esprits d’une façon déterminante, lors de la formation des concepts religieux ; et peut-être même le langage l’avait déjà quelque peu précisée ; c’est ainsi que la dyade a été formée par deux êtres du même sexe et du sexe mâle, par opposition aux couples qui contiennent un élément féminin à côté d’un masculin.

Ces considérations autorisent sans doute à comparer les Aç-

AÇYINS ET DIOSCURES

vins et les Dioscures, mais à condition de se rappeler toujours qu'il y a entre eux analogie, non identité. Les germes sont les mêmes, mais ils se sont développés autrement. Tels deux arbres, nés pareillement d’une graine, niais différenciés par la terre et l’air qui les ont nourris. Une graine est une graine, et un cerveau est pareil à un autre cerveau ; pourtant la fleur du nénuphar ne ressemble pas tout à fait à celle du lotus, ni l’esprit d’un Héllène à celui d’un Hindou. Les mythes, fleurs des cerveaux humains, n’ont pas les mêmes couleurs, ni les mêmes parfums dans les pays tropicaux et dans les terres tempérées ; les légendes hindoues ont un autre aspect que celles de la Grèce, et laissent une impression bien différente.

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