‹ L'evolution d'un mythe; Açvins et DioscuresChapitre 38 sur 53 · LES A10IK01T0I GRECS · texte numérisé non relu

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récentes, dues à l’imagination des poètes ou à la fantaisie des artistes. Il est souvent difficile, dans ces conditions, de distinguer ce qui est ancien de ce qui ne l'est pas, de séparer les notions empruntées par les Grecs au fonds commun de la race d’avec les riches développements qu’ils y ont ajoutés, et qui peu à peu ont transformé toute leur religion. Ainsi dans une plaine les alluvions finissent par recouvrir et cacher l’antique ossature de la terre, et le roc n’affleure qu’à de rares endroits dans les campagnes, cultivées et transformées par l’industrie humaine.

Mettre en lumière les éléments primitifs du mythe des Dioscures, dégager ainsi de la multiplicité des détails littéraires les concepts religieux communs aux Grecs et aux Hindous, et montrer dans quel sens ils ont été développés par le premier de ces peuples, conformément à son génie, tel sera l’objet du présent chapitre.

Le mythe des Dioscures appartient à la race Dorienne. On le trouve développé chez les Thessaliens et les Thébains, mais le centre le plus important de leur culte est le Péloponnèse, en particulier la Laconie et laMessénie. La colonie lacédémonienne de Tarente est le siège principal de leur influence dans la Grande-Grèce ; de là ils iront à la conquête du Latium et de Rome, où ils arriveront aussi d’un autre côté avec les Etrus ques. On les rencontre dans les colonies doriennes de Sicile, surtout à Tyndaris, dont Messène était la métropole ; et de Lacédémone ou de Théra ils passent en Afrique à Carène avec le roi Battos, qui leur élève un sanctuaire et institue des jeux en leur honneur. C’est Ménesthée, l’adversaire légendaire de Thésée, qui les introduit en Attique, où ils ont des démêlés avec le héros national du pays à propos de l’enlèvement de leur sœur Hélène.

Un essai de restitution du mythe primitif des Dioscures, tels que se les représentaient les Doriens à leur arrivée dans le

Péloponnèse, peut paraître assez difficile, car les éléments d’une pareille reconstruction sont dispersés et fondus dans les légendes postérieures. Toutefois, si l'on admet que les Hellènes avaient apporté en Grèce un fonds mythique analogue à celui des autres peuplades indo-européennes, et qui devait être le point de départ de tout leur développement religieux, il est permis d’exprimer au moins une hypothèse sur la conception primitive des Dioscures ; cette hypothèse représenterait l’aspect sous lequel pouvait apparaître leur mythe dans les hymnes antiques des prêtres poètes, correspondent aux Védas de l’Inde, et pour nous perdus.

Les Dioscures étaient essentiellement un couple divin, formé de deux êtres mâles indissolublement liés l’un à l’autre. Cette union manifestée dans les légendes postérieures par le dévouement fraternel de Pollux, qui partage avec Castor l’immortalité, devait être exprimée plus fortement à l’origine. La forme assez étrange, par laquelle les premiers Lacédémoniens ont figuré les Dioscures, est à ce sujet caractéristique.

« Les Spartiates, nous dit Plutarque, appellent <3o/.av« (poutrage) les anciennes représentations des Dioscures. Ce sont deux morceaux de bois parallèles, réunis par deux traverses. » (Plut, nspi yiïad. I.)

C’est d’un symbolisme assez clair pour n’avoir pas besoin d’explication.

La prédominance de l’idée de couple dans la conception archaïque des Dioscures ressortait encore de l’emploi du duel dans le nom vague et collectif sous lequel on les désignait autrefois à Sparte: roiltw (forme dorienne de les deux

dieux par excellence (1). Si Pindare a pris dans de vieux hymnes l’épithète de euhnru qu’il leur donne à deux reprises, les af irma sont l’équivalent exact des devâ açvinà dans les

(1) Cette appellation suffirait à prouver l'importance de leur culte à Sparte.

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