LES DIOSCURES HÉROS OIVINISÈS
La naissance des Dioscures est tout entourée de mythes. D’après des légendes postérieures, le maître de l'Olympe, amoureux de la reine de Sparte, la belle Léda, prit, pour la séduire, la forme d’un cygne. C’est ainsi qu’il eut commerce avec elle sur les bords de l’Eurotas, et, neuf mois après, Léda mit au jour deux œufs ; de l’un sortirent Kastor et Ivlytemnestre ; de l’autre, Hélène et Polydeukès (1). Ce récit est visiblement arrangé. D’après la version que nous en donne Apollodore (III. 10. 7.), c’est sous la forme d’une oie que Léda s’unit au cygne céleste. Si d’autre part Léda, comme on le pense généralement, signifie « la sombre » et désigne peut-être la libation obscure et métaphoriquement la Nuit (2), le mythe devient fort clair : il exprime l’union des deux éléments du sacrifice, de la libation et delà flamme, représentés par deux oiseaux: l’éblouissante blancheur ducygne correspondu l’éclat brillant de la flamme; quant à l’oiseau femelle, son espèce n’a sans doute pas été précisée à l’origine; c’est pourquoi les poètes évhéméristes de la Grèce ont pu donner facilement à Léda la forme d’une femme. Il est inutile d’insister sur les rapports de ce mythe avec la légende indienne de Vivasvat et Saranyû s’unissant sous une forme chevaline. Les deux histoires ont pris naissance séparément dans les deux pays : la poésie se représente la flamme naissante sous la figure d’un cheval qui bondit ou d’un oiseau qui s’envole; la Grèce a choisi l’une des images ; l’Inde a préféré l’autre.
(1) Résultat delà confusion entre deux mythes, et de la distinction entre Tyndarius et Zeus, primitivement identiques.
(2) Preller rattache Léda au mot lycien « lada », femme, femelle.
D’ailleurs un hymne védique ne compare -t-il pas à deux oies les Açvins qui s’élancent ? Ailleurs leur char n’est-il pas porté dans les airs par des oiseaux blancs ?
La mort des Dioscures, comme leur naissance, est entourée de circonstances merveilleuses. Nous reviendrons tout à l’heure à leur vie terrestre; il était naturel qu’on en eût fait des héros accomplissant leurs exploits parmi les hommes, du moment que leur père Tyndareus était devenu un roi mortel. Les Dioscures n’ont été sauvés après la mort de leur condition humaine, que grâce à leur double appellation de fils de Zeus et de fils de Tyndare.
Dans le poème ionien de l’Iliade, ils sont devenus tout à fait hommes. C’est ce qui ressort d’un passage bien connu du III0 chant :
« Hélène est montée avec Priam au sommet d’une haute tour, Dans la plaine, au pied des murailles, s'agite l’armée grecque; et la jeune femme montre au vieillard, en les désignant du doigt, les principaux combattants. « Mais, dit-elle, je n’arrive pas à voir deux chefs de peuples, Ivastôr qui dompte les chevaux, et Polydeukès, habile au pugilat, mes deux frères, enfantés par une mère qui est la mienne. Serait ce qu’ils ne sont pas venus de Lacédémone la désirée ? Ou bien ont-ils suivi jusqu’ici l’armée dans les navires qui vont sur la mer, mais ne veulentils pas maintenant se mêler aux combats des hommes, parce qu’ils ont peur des hontes et des scandales qui sont sur moi ? » Elle dit, mais ceux dont elle parlait appartenaient déjà à la terre nourricière, là-bas, à Lacédémone, dans leur patrie. » (Hom. P. 236 sq).
Les poètes évhéméristes de la Grèce ont peut-être cru à la mort des Dioscures d’après les passages d’anciens hymnes, où il était question de la disparition ou de la mort des éléments ignés du sacrifice, avant leur résurrection par les offrandes. Serait-ce même une hypothèse trop hardie que de supposer