LES AIOSKOI’POI GRECS
certains termes dont se sert Homère, empruntés à d’antiques formules religieuses ?
. . . tcÜ; o rior, y.azsyev zvfftÇooç oux.
« La terre nourricière les renfermait déjà. » Voilà l’explication évhémériste d'Homère. Mais le mot xàx ou yoàx n’a-t-il pas été à l’époque primitive un des noms de la libation, comme Prithivî et Ivsâ (cf. x^“y) en sanskrit? (1). L’expression \ïx fuvlÇoo: n’at-ellé pas pu signifier primitivement « la libation qui augmente les êtres vivants » (2), qui accroît les flammesune fois qu’elles sont nées? Les fils de l’éclat ont été enfermés d’abord dans l’obscure libation, avant de briller dans la lumière, ou si l’ont veut, d’après le sens postérieur, ils ont été sous terre, avant d’habiter l’éther, demeure des dieux. C’est la confusion de ces deux idées qui a donné lieu probablement à la légende de leur mort et de leur résurrection alternatives (3). On a raconté, dès lors, qu’ils passaient lamoitiéde leur tempschez Iiadès, et l’autre partie dans l’Olympe, autrement dit qu’ils vivaient de deux jours l’un ; et on a expliqué cette singularité par ce fait que Ivastôr, fils de Tyndare et par conséquent mortel, avait été tué par les Apharides, mais que Pollux, fils de Zeus, avait obtenu de partager l’immortalité avec son frère.
La légende va donc de nouveau se transformer. Si l’ont veut être rigoureux, lorsque Polydeukès vit dans l'Olympe, Kastôr
(1) M. Regnaud a donné nombre d’arguments spécieux en faveur de cstte hypothèse. (Prem. form. de la Rel. de l'Ind. et la Gr., p. 68 sq.) Voici un texte qu’il n’a paâ cité et qui semble assez concluant : c’est un passage d’une scholie d'Eschyle. Prométhée parle de da Terre, être unique sous tant de noms ». Or, le scholiaste, parmi ces noms, cite celui de Rhéa, celle qui coule.
2) ©uffiîtoo;, qui accroît, qui enfle les vivants; sens tout à fait d’accord avec les conceptions primitives des Indo-Européens sur le sacrifice et ses éléments: s-jti'oo: ou çuutïüjo: vient de çy<r dtu> ou <yu<jiàu>, souffler, enfler, gonfler. La preuve en est fournie par les deux autres composés de formation analogue, qu'offre la langue grecque: çuoiyvaôo;, qui gonfle ses joues, ou qui a les joues gonflées; et çuafppwv, qui gonfle son esprit, vain. Cf. aussi çv<j), etc.
(8) Mythe comparable à celui de Perséphone.
doit être mort chez Hadès, et en revanche, lorsque Kastôr jouit de son temps d'immortalité, Polydcukès va prendre sa place anx enfers. Ils se trouvent ainsi pour jamais séparés, ce qui, entre parenthèses, est en contradiction absolue avec le sens primitif du mythe ; mais nous savons par quelles voies détournées on en est venu là.
L'un des Dioscures vit donc le jour, et l’autre la nuit ; et ils deviennent le symbole de la lumière et des ténèbres, ce qui est conforme à leur signification originelle, puisque la libation obscure et la fiamme brillante sont naturellement comparées à la nuit et au jour.
De là à dire que les Dioscures sont les emblèmes de l'Etoile du matin et de l’Etoile du soir, il n’y a pas loin. On n’a pas manqué de le faire lors du développement de la mythologie stel~ laire. L’imagination des poètes a transporté aussi les Dioscures divinisés dans la constellation des Gémeaux, dont les deux étoiles les plus apparentes, d’ailleurs très rapprochées l’une de l’autre, ont pris les noms de Castor et Pollux.
En somme, la mort des Dioscures, le partage de l’immortalité entre les deux frères, leur déification stellaire, ne sont en aucune façon des mythes primitifs. Ces conceptions sont sorties tout entières de l’imagination grecque, et se sont développées sur le sol de la Grèce ; elles sont le résultat des tendances évhéméristes qui avaient transformé les Dioscures en héros, fils d’un roi mortel.
Leurs aventures et leurs hauts faits s’expliquent aussi en partie par l’Evhémérisme. Il serait fastidieux d’entrer dans le détail de leurs rapports avec Hélène, de leurs luttes avec Thésée, lly a là un mélanged’élémentsmythiqueset d’éléments humains, qu’il est parfois assez difficile de discerner. Les démêlés entre les Doriens du Péloponnèse et les Ioniens de l’Attique sont représentés dans la légende par des combats entre les héros nat’onaux des deux pays. D’autre part, qu’y a-t-il d’historique