‹ L'evolution d'un mythe; Açvins et DioscuresChapitre 43 sur 53 · LES DIOSCURES DIEUX MARINS · texte numérisé non relu

LES DIOSCURES DIEUX MARINS

L’enseignement ésotérique, en Grèce, les avait identifiés aux Cabires, les dieux de Samothrace. Dans l’île même, à l’entrée du port, se dressaient deux statues : c’étaient Kastôr et Polydeukès, auxquels les marins, échappés à la tempête, offraient en sacrifice un agneau blanc (3). Lorsque le navire Argo, battu par les vagues, est près de couler bas, et que les héros qui le montent, malgré la présence des fils des dieux, désespèrent de leur salut, le chantre Orpheus, seul initié aux mystères, implore les dieux de Samothrace. Aussitôt les Ilots s’apaisent, le navire est sauvé, et deux étoiles apparaissent au-dessus de la tète des Dioscures. En souvenir de cet événement, ajoute Diodore de Sicile, qui raconte cette histoire (4), les marins en danger appellent à leur secours les dieux de Samothrace ; et, si des étoiles se montrent, c’est un signe certain de la présence des Dioscures.

Dans l’hymne homérique (5) qui leur est consacré sont exprimées les mêmes croyances. Les fils de Léda sont les « sauveurs des hommes et des navires à la course rapide, lorsque les tempêtes sévissent, dans la mauvaise saison, sur la mer implacable...; les vagues, poussées par un vent violent, ont submergé

(1) Cf. Myriantheus, op. cil. p. 113.

(2) Cf. Myriantheus, p. 114.

(3) Dans la formule suivante: lloas'.ocôvt xai KsSr.sot; àypoxai; te xa’t à).teù<nv (Eusel)e. Pr. év. I. 10...), les Cabires marins sont sans doute les Dioscures.

(4) Diod. Sic. IV. 43.

1,5) Hymn. boni. XXXI 1.

LES AIOXKOVPOI GRECS

le vaisseau ; eux soudain sont apparus, ils se sont élancés à travers l’éther avec leurs ailes rapides et aussitôt ils ont apaisé le souffle terrible des vents... (7. 14)».

Théocrite, dans l’idylle où il dit leurs louanges (xxn), leur fait jouer le même rôle. « Je chante un hymne aux deux frères Lacédémoniens, enfants de la vierge Thestiade, aux sauveurs des hommes près de succomber, aux conducteurs des chevaux effarés dans la mêlée sanglante, et des navires, qui, n’ayant pas tenu compte du cours des astres, sont devenus la proie des vents furieux. »

Telle est donc la tradition : les Dioscures, dans la mythologie classique, sont devenus des dieux marins, symbolisés par deux étoiles, et protecteurs des navires et des matelots en danger. \\ reste à expliquer cette transformation ou plutôt cette déviation de notre mythe.

La terre grecque, de toutes parts baignée par l’eau salée, est le berceau naturel des légendes delà mer. Toutes les traditions primitives, d’après lesquelles lesdieux-flammes naissentdes eauxlibations, ont été accueillies par les Iléllènes. 11 est question sans cesse dans les hymnes védiques de la mer des libations d’où surgissent les devas; ainsi dans la théogonie grecque, les dieux immortels sont tous nés de l’Océan ; et dans la légende de chaque dieu l’imagination des Grecs a mis quelque chose de ces préoccupations. Les comparaisons des chantres archaïques ont été prises au propre ; les libations se sont changées en de vraies rivières; l’offrande qui se gonfle et sur laquelle les flammes ondulent comme des chevaux lancés au galop, est devenue la mer hérissée de vague, la mer aux flots cabrés, secouant leurs crinières d’écume, à la surface de laquelle glissent les coursiers azurés du roi Poséidon.

Or le mythe des Dioscures primitifs offrait sans doute maints éléments, qui pouvaient s’interprêter comme des légendes marines. Les Açvins védiques ne tirent-ils pas Bhujyu de la

mer, clans les profondeurs de laquelle il allait être englouti ? Ne sauvent- ils pas des eaux, avec leurs barques aériennes, Rebha, le chanteur qui les avait appelés ? De ces allégories les commentateurs hindous ont tiré des légendes évhéméristes.

Le râjarsi Tugra est réfugié dans une île où débarquent ses ennemis. 11 parvient à faire échapper avec quelques hommes son fils Bhujyu. Mais le vaisseau qu’ils montent sombre dans une tempête, loin de tout rivage. Les Açvins alors interviennent, et sauvent le jeune Bhujyu par les routes mystérieuses de l’air.

Sur des données analogues, des mythes pareils ont pu se développer en Grèce, et leur fortune s’explique chez un peuple de marins.

Ainsi vers les rivages de la Grande-Grèce et de la Sicile ou vers les ports de l’Asie-Mineure les Dioscures étaient partis avec les flottes doriennes, qu’ils sauvaient des naufrages.

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