CCCXV. Les Dioseures entourent un couple mythique
LES DIOSCIÎRES ITALIENS
Les Dioscuri Romains.
Dieux marins et dieux guerriers, voilà ce que sont devenus les Dioscures grecs, et c’est avec ce double aspect que leur culte a passé de la Grèce à Rome. Gomme dieux marins, ils eurent un temple à Ostie ; mais c’est surtout comme dieux guerriers qu'ils s'imposèrent de bonne heure à la race belliqueuse des Romains. Leurs nouveaux adorateurs, peu imaginatifs, se contentèrent du reste de s’approprier la légende locrienne de l’intervention des Dioscures. La défaite des Crotoniates sur les bords de la Sagra avait eu lieu vers la fin du vi° siècle : quelques années plus tard, les Romains remportèrent la victoire du lac Régille, grâce à Castor et Pollux, qui, sur les prières du dictateur A. Postumius, abandonnèrent les Latins pour se mettre à la tête de la cavalerie romaine. Gomme sur les bords de la Sagra, ils étaient montés sur des chevaux blancs et vêtus de pourpre : ils apportèrent à Rome le jour môme la nouvelle de la victoire ; et ce dernier détail, comme tous les autres, est emprunté à l’histoire racontée plus liant.
Tout est donc grec dans les Castores{ 1) romains. Leur culte a passé tel quel des sanctuaires de la Laconie et de la Grande- Grèce dans la religion romaine. Ainsi Sparte avait conservé quelques traces de leur signification primitive: en leur qualité de dieux dompteursde chevaux, pareils aux Açvins, ils présidaient aux courses de chars et aux jeux en général (2). Les Lacédémo-
(1) Castoris nomen Graecum. Yarr. de 1. I. IV, 10.
(2) Ces attributions étaient confirmées par les victoires de Pollux au pugilat.
L’KVOLUTION D'UN MYTHE
niens dressaient leurs statues à l’entrée des stades, pourprotéger les coureurs au départ (1), au passage des bornes et à l’arrivée.
Ces traditions se sont perpétuées à Rome. Dans les cirques, à l’une des extrémités de l’épine, ou mur central, le long duquel couraient les chars, il y avait une architrave supportée par deux colonnes et chargée de sept œufs mobiles, dont un était retiré après chaque tour couru. Ces œufs symboliques (2) représentaient les Rioscures, divinités protectrices des chevaux.
En somme, le cultcdes Castores Romains n’offre guère d’intérêt au point de vue de l’évolution mythique. Car ces divinités étran gères , transportées en Italie, y sont restées grecques. Pour" tant elles ont joué à Rome un rôle important, si l’on en juge I ar le nombre considérable des monnaies qui portent leur image. C’est d’ailleurs presque toujours la représentation banale des cavaliers du lac Régille, le casque en tète, et le chef surmonté d’une étoile; ou bien ils sont figurés debout, sans montures ; ou bien encore ils font boire leurs chevaux à la source Juturne(3); ou enfin on accole leurs tètes seules, avec les deux étoiles.
(1) Surtout au dopai t, connue l'indique leur épitliete de àç'Tr,piot. Par une singulière coïncidence, les Açvins sont précisément les metteurs en mouvement d’Agni qui s’élance.
2 Par allusion à l'œuf de Léda.
3) L) juturqa, la brillante, nom caractéristique de plusieurs sources sacrées à Home.