‹ L'evolution d'un mythe; Açvins et DioscuresChapitre 48 sur 53 · LE LOUP DANS LES MYTHES DE L'INDE ET DE LA GRÈCE · texte numérisé non relu

LE LOUP DANS LES MYTHES DE L'INDE ET DE LA GRÈCE

Le rôle du loup dans ces mythes est assez obscur, aussi les interprétations les plus diverses en ont-elles été données : Max Müller et ses disciples ont cru que le loup était le symbole tantôt de l’obscurité, tantôt de la lumière ; car il apparaissait ici comme un personnage bienveillant et là comme un brigand ravisseur. Peut-être n’est-il pas impossible de résoudre ces contradictions, si l’on tient compte, dans une égale mesure, des éléments mythiques fournis par la Grèce et par l’Inde.

En Grèce, nous dit-on, le loup symbolise la lumière. Zens Arcadien était appelé quelquefois Au /.aïog ; mais on réservait surtout cette épithète à Apollon, dieu delà lumière. Or AuxaTo; doit être rattaché non pas à Au/.cç loup, mais à une racine Au/, briller. « L 'étymologie de ce nom est évidemment empruntée au thème Au-, lux , qui s’est conservé dans le latin et a donné naissance au grec Asv/.o'ç, blanc, brillant. C’était donc un mot de la langue pélasgique qui signifiait lumière. » (Maury ; Rel. de

Univ. dk Lyon. — Renkl.

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la Grèce, I. p. 59). « L’oubli do la signification primitive donna naissance à une foule de fables, dans lesquelles on fit jouer un grand rôle au loup (J.u'zsç), et voilà comment cet animal devint un des emblèmes d’Apollon. » (Ibid. p. 453). Ainsi le loup serait entré dans la mythologie grecque à la faveur d’un malentendu grammatical.

Sans doute le calembour a eu souvent quelque influence dans la combinaison des éléments mythiques; mais peut-être est-il opportun de ne pas le faire intervenir ici. Car l’explication précédente, déjà très contestable à propos de la Grèce, cesse tout à fait d’être admissible, si l’on passe à d’autres mythologies. Chez les Scandinaves, le loup Fenris, frère d’un serpent monsr trueux, est enchaîné par les Ases, mais dévore le bras deThor, le dieu brillant; le loup de l’Edda est donc un monstre ténébreux. De même le vrika védique retient la caille dans sa gueule et l’oiseau n’est délivré que grâce à l’aide des Açvins.

Dès lors le loup ne peut-il pas trouver place, comme animal mythique, dans la religion grecque primitive, aussi bien que dans la védique ou la Scandinave ?

Dans les hymnes du Rig, son caractère n’est guère douteux. Ne représente-t-il pas très bien, en tant qu’animal nocturne et ravisseur, l’obstacle (sombre) qui empêche ou retarde la marche d’Agni ? 11 symbolise, si l’on veut, dans notre hypothèse, Agni ajâ, tandis qu’Agni jàtâ est figuré par un oiseau. C’est ce qui ressort du mythe de Vrka et Vartikâ(p. 38). De même Apollon brillant est amené parties cygnes au blanc plumage, et Apollon obscur vient des régions hyperboréennes avec un cortège de loups au pelage sombre.

Horus en Egypte avait le loup pour attribut, et Creuzer pense, d’après certains détails de la légende de Danaos, que le loup mythique des bords du Nil a peut-être émigré en Grèce. L’égyptien Danaos, à ce que raconte la fable, vit un loup se précipiter sur un troupeau de vaches : aussitôt il eut l’idée

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qu’Apollon s’était manifesté à lui. Le loup attaquant les vaches, n’est-ce pas le Vrika védique retenant les libations?

Vrika est appelé l’angoissant ou l’étreignant ( aghà , cf. a/, ayx), ou bien l'enveloppeur (vâranà), le ravisseur (rabhasâ), enfin le rougeâtre, c’est-à-dire le roussâtre (cirunà) ou l’avide (sânukâ). Il est en rapport, au vers 14 de l'hymne 492, avec Pani l’avare, qui lui aussi retient Agni:

« .... Frappe le vorace Pani : c’est un loup ! »

Mais d’où vient que parfois dans les mythes le loup soit considéré comme bienfaisant ? On pourrait l’expliquer par ce fait qu’il est le doublet sombre du dieu lumineux : quelques-uns des attributs de l’un ont donc pu passer à l’autre. Nous proposerons une autre interprétation : les rapports de succession deviennent souvent, dans le langage des hymnes, des rapports de filiation. 11 revient au même de dire qu’ Agni clair succède à Agni sombre, ou qu’Agni sombre est le père d’Agni clair. Quand le Dieu lumineux (feu ou soleil) sort delà gueule ou du ventre du loup, il semble que celui-ci le met au jour. Le loup devient alors une louve, mère et dans d’autres légendes nourrice du dieu.

C’est, dit-on, sous forme d’une louve que Latone vint à Délos et qu’elle enfanta Artémis et Apollon. Aussi ce dieu est-il appelé dans Homère le fils de la louve (de n Xvmî, la louve,

cf. r, sXxzo;, la biche, à côté d ecl/axs;, le cerf, etc. ; — la forme Xv/.xcjx a été imaginée postérieurement sur le modèle de léxux] — pour l'ï) de XvxyyevYiç, cf. s'XafncoXo; ; — on traduit ordinairement : « né en Lycie » ou bien « père de la lumière » ; si l’on s’arrête au sens que nous proposons, on peut comparer h/.riyevYiç à yriyevÿi, né de la terre).

Si l’on admet ce qui précède, la légende de Rijrâçva et de la louve s’explique facilement (voir p. 40). M. Regnaud l’interprète d'une façon un peu différente de la nôtre. D’après lui, la louve est amenée par les moutons, qui eux-mêmes figurent les libations comparées à du lait de chèvre ou de brebis ; le cheval

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rouge représente Agni non né, c’est-à-dire le soma où il réside; il a découpé les moutons pour la louve (les lui a fait manger), c’est-à-dire en somme qu'il estle doublet d’une louve qui aurait mangé des moutons ou plutôt bu leur lait. D’autre part, il est aveugle ; c’est son père qui le rend tel, tant qu’il tient sa place ; les Açvinslui donnent la vue, c’est-à-dire rallument, après que la louve-libation les a appelés par ses cris (les crépitements).

En résumé, le loup, dans la tradition populaire, estle symbole des ténèbres de la nuit ; dans la tradition mythique, il représente le héros obscur, ou bien la prison dans laquelle celui-ci demeure enfermé, ou bien encore la forme sombre de laquelle sort le dieu clair. Cette hypothèse se vérifie dans les exemples mythiques suivants :

Appollôn Lykaios ; — Vfika jâsamâna, en rapport avec les Açvins ;

Vrika et Vartikâ, le loup et la caille ;

Latone la louve, mère d’ Apollon Ayxyjyev/ç ; — Vrikî dans la légende de Riirâçva.

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