‹ L'evolution d'un mythe; Açvins et DioscuresChapitre 7 sur 53 · DIVERS · texte numérisé non relu

DIVERS

11 faudrait un volume pour étudier toutes les épithètes ou désignations d’Agni, devenues les noms des prétendus héros ou sages, favoris des Açvins. La plupart, qui n’apparaissent qu’une ou deux fois dans le Rig-Véda, n’ont donné lieu à aucune légende ; mais elles n’en sont pas moins intéressantes, car elles confirment pleinement l’hypothèse que supposent nos explications précédentes.

Ce sont d’abord les Agnis non encore manifestés et qui aspi rent à l’existence : Priydmedha(2), celui qui désire l’offrande; Kaçojù (3), qui se hâte vers l’eau ; Srâma (4), le boiteux, que les Açvins font marcher, de meme qu’ils ont rendu la vue à l’aveugle; Kripamâna (p) , celui qui se lamente, et appelle les devas à son aide ; Jaritri (6), le feu qui bruisse, pareil au prêtre

(1) 866. passim. Cet hymne est attribué à Gosâ elle-même. En effet le bruissement de la libation qui s’enflamme, on de Gosâ qui parle, est un hymne adressé aux devas.

(2) Priydmedha a passé plus tard pour un pisi, et n'est pas connu comme nom commun dans la langue classique.

(3) Ce sens est donné par Sàyana, qui l’a sans doute emprunté à quelque lexicographe. Grassmann en fait un nom propre, et propose comme sens étymologique : « celui qui pousse avec l'aiguillon »; ce qui serait très admissible, car nous verrons plus loin que l’aiguillon joue souvent le même rôle que le vajra d’Indra.

(4) 117. 19. Grassmann en fait un adjectif ; il aurait pu devenir le nom propre d’un favori des Açvins au même titre que bien d'autres désignations analogues.

(5) Partie, de Krap.

(6) Grassmannn eu fait un nom commun : « le chanteur ».

LA NATURE ET LE ROLE DES AÇVINS

qui chante 1 hymne ; Purumulha, possesseur de nombreuses libations, que les Açvins lui apportent, comme ils ont amené des femmes à Vimada.

Fuis le dieu naît : il triomphe de la libation qui l’enveloppe et 1 étouffe; car il est le pénétrant, Perù ; celui qui perce ou qui traverse l’obstacle pour se faire jour, Turd , Turvd, Turvdça, Turvîti (1) ; il s’élance enfin de l'offrande sous la forme de Dhvasânti (2), et, devenu Bharddvâja (3), il emporte dans les airs les biens du sacrifice.

Il est alors dans toute sa splendeur : C’est Ayu , l’agité; c’est le fort, le mâle, celui qui, d’abord pareil à un veau (4) sorti de la vache libation, a grandi peu à peu pour devenir le plus bel animal du troupeau, le bœuf par excellence, Gàtama (5), dont les Açvins étanchent la soif inextinguible. C’est surtout et essentiellement le feu dans tout son éclat : Bhrigavàna , l’étincelant (6), Çucanti le brillant; Vdsistha, le plus lumineux des devas, épithète fréquente d’Indra ou d’Agni; c’est encore Kùtsa (7) l’éclair, ou Para le rayon, le feu à trois ou à sept flammes, Triçôka ou Saptdvadhri (8).

Ainsi, sous ces noms divers de princes, de sages, de prêtres, sous toutes ces histoires richement développées par l’imagination des poètes, c’est toujours le même dieu qui se cache, Frotée

(1) Tous noms tirés de ta racine tarftur, tir). Le vers 18 de l’hymne 36 montre bien que ces noms sont des épithètes par lesquelles on désignait primitivement Agni lui-même.

(2) Celui qui jaillit.

(3) Celui qui emporte ou porte la nourriture.

(4) Agni est désigné fréquemment par le mot vatsd.

(5) Pour comprendre la légende de Gotama, dont la soif est apaisée par les Açvins au moyen d’une source ou d'un puits, enlevé dans les airs, voir surtout 85. 11 et

(6) De bhrâj (?).éya>), cf. bhrigû; — épithète d’Agni 71. 4 et 303. 4.

(7) Sens donne par les lexicographes.

(8) Proprement : « celui qui a 7 découpures. » Agni est encore appelé le dieu aux 7 tètes, aux 7 chevaux, aux 7 gueules, aux 7 mères, aux 7 sœurs, aux 7 Ois, aux 7 liens ou libations. — Développements analogues sur le nombre trois.

multiforme, dont un héros mythique personnifie chaque métamorphose.

Avant de tirer de ces faits une conclusion générale, nous voudrions montrer comment les substituts d’Agni sont liés les uns aux autres dans les textes, de telle façon que, si notre argumentation est concluante pour quelques-uns, elle se trouve valable pour les autres. Prenons par exemple le mythe d’Atri. Soit dans deux pâdas successifs exprimant des miracles analogues, soit dans de simples énumérations, ce nom se trouve rapproché de ceux de Dadhyac, Afigiras, Priyamedha, Kanva, Manu, Gotama, Purumîdha, Dharuna, Cvavâna, Pedu, Jâhusa, Jaratkarna, Nrimedha, Kaksîvat, Bharadvaja, Trasadasyu, Vimada, Çayu, Syûmaraçmi, Rehba, Çucanti, Priçnigu, Purukutsa, Cyavâçva, Vandana. Par exemple (139.9) : « Dadhyac, l’antique Angiras, Priyamedha, Kanva, Atri, Manu ont connu ma naissance, oui ! ces anciens ont connu ma naissance »(i). Dans ce vers c’est Agni qui parle; il exprime cette idée que d’autres Agnis sont nés avant lui, et que la forme par eux manifestée était identique à la sienne, ou, si l’on veut, que lui-même existait virtuellement en eux. « C’est vous, [Açvins], qui avez sauvé Rebha de rétoutfement, qui de froide avez rendue enflammée pour Atri la libation, c’est vous qui de la vache de Çayu avez fait ruisseler la nourriture; et [c’est par vous que] Vandana s’est prolongé en une longue existence. » (1 19.6). (Cf. 183.5, etc.) Il est inutile de multiplier ces exemples, très nombreux dans le Rig-Veda.

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