Dêvyâ hôtârâ. — 12, Açvinâ
896. — 5, dvàras. — 6, Usùsûnâktû. — 7, Purohitô rtvijû, — 8, Tisro devis. — 9. Tvàstâ. — 10, Vanaspati. — 11. Agni,
LA NATURE ET LE ROLE DES AL VI NS
Ce sont d’abord les libations qui enferment Agni, auxquelles succèdent la Nuit et l’Aurore ; puis viennent les deux sacri licateurs divins, les trois déesses, ensuite Tvastar, Vanaspati, enfin Agni ou Indra: ainsi se résume l’histoire du sacrifice. Nous allons l'analyser en détail, pour mieux comprendre le rôle des deux sacrificateurs divins, équivalents des Açvins.
Tout d’abord apparaissent les Portes (dvâras). On peut garder ce sens classique du mot dvar, à condition d’en bien précisera valeur. Dvar signifie « fermer, enfermer, obstruer » (1). Les substantifs tirés de celte racine auront donc le sens de « fermeture, obstacle, porte ». C’est de la même façon qu’Homère au chant IX de l’Odyssée, emploie le mot ôvpsiç-ov (2), en parlant du rocher qui sert de porte au cyclope et avec lequel il bouche l’entrée de sa caverne (3). Les dvâras du R. V. sont pareilles à ce Ovpsoç : elles sont l’obstacle qui ferme le lieu étroit (ünhas) où se cache Agni. elles désignent les libations obscures, au sein desquelles le dieu est emprisonné. Les déesses Portes sont donc les déesses qui ferment ou qui enferment. Du reste le poète védique avait sans doute dans l’esprit la métaphore que suppose l’emploi du mot « porte » en français. Les libations doivent livrer passage aux fiammes, ou en d'autres termes ouvrir aux chevaux les portes de leur étable. Le mythe n’est pas exprimé d’une façon aussi concrète dans le R. V., mais il se trouve en germe dans quelques passages. C’est peut-être d’une formule analogue, rencontrée dans un vieux chant sacré,
936. — 5, devis dvâras. — 6. Usàsânàkta. — 7, Dêvyâ hôtârâ. — 8. Tisro devis. — 9, Tvâstâ. — 10 Vanaspati. — U, Agni.
(1) Cf. dhvar , « aveugler » (?).
(2) Cf. dvard , « qui enferme ». R. V. 52. 3 — eidhvards « qui aveugle ». — 319. 7.
(3) Odyss IX. 240.AvTip etisit’ iirEÔ/jxe fRipeov glyav !j tyôa’ ietpx;. — 313. prjiSfo»;
àps)(ov Svpsrjv p.évav.
que les poètes grecs ont tiré le conte des Heures, ouvrant dans l'Olympe aux chevaux d’Hélios les portes d’or, qui de nouveau se referment sur eux, lorsque meurt dans les ombres du soir le dieu brillant. Toutes ces images prêtes à sortir du seul mot dvâras ne sont pas développées encore dans le texte du Kig- Veda. Beaucoup de termes y sont impossibles à expliquer, si l’on 11e considère pas dvâras comme l’équivalent métaphorique des « libations ».
«Vous qui êtes pleines de désirs, qui enfermez [un dieu], grandes au moyen des grands, vous qui voulez un char, supportez le char divin » (1) (896. 5).
« Largement se sont élevées, au milieu du développement des fiammes (2), les déesses d’or qui enferment [Agni], bien chantées par Pâvamâna » 717,5.
Enfin si les déesses - portes apparaissent neuf fois dans nos formules, elles sont remplacées une fois (238. 5) par les sept libations (saptd hotrâni). Ce passage caractéristique montre bien le sens qu’il faut donner au mot dvâras.
Certaines épithètes ont pu aider encore à la confusion, par exemple celle de suprâyanâs, « belles à franchir», ou « qui se laissent bien franchir ».
« Déesses dvâras, belles à franchir, ouvrez-vous (c’est-à-dire livrez passage) pour notre réconfort (3) ; accomplissez (4) , accomplissez le sacrifice. » (359. 5).
Or continuellement dans les hymnes il est question d’Agni qui traverse les eaux ou franchit la mer des offrandes.
(U Les libations désirent s’unir aux flammes ou aux devas, avec lesquelles elles s’élèveront dans les airs sur un char brillant.
(2) Mot à mot : au moyen des extensions (de a avec la racine tan, «étendre »). — 11 me semble difficile de donner, comme Grassmann, au verbe ha, composé avec ud, le sens de « s’ouvrir ». D’autre part si udjihate signifie : « se sont élevées », dvâras doit bien s'entendre comme nous le traduisons.
(3) Ce sont les Agnis qui parlent.
4 Ou bien « remplissez le sacrifice », matériellement parlant, en laissant couler les libations.
LA NATURE ET LE ROLE DES AÇVINS
NAKTOSASA
Nous avons dit plus haut comment naissent les couples védiques ; comment, à l’origine, ils réunissent toujours les deux éléments du sacrifice; comment enfin on a dédoublé plus tard la libation en une série de couples : d’abord ràjasl , « les deux sombres » et rôdasï, « les deux brillantes » ; ou bien encore usâsà, « les deux rouges », prit/nvî, «. les deux larges », et, à côté de ces formes simples, les doubles duels, formés par une sorte d'accumulation sur le modèle (V Indra (/ni, Mitrâvdrunâ , tels que dyâvàprithivî , usâsânàktâ ou nàktosâsà.
C’est précisément au couple Nàktosâsà qu’est consacré le deuxième vers de notre formule. Dans le premier, le pluriel dvdras désignait les libations, au moment où on les verse en nombre indéterminé, pour constituer le premier élément du sacrifice. Maintenant nous passons au duel, car Agni est déjà contenu dans l’offrande obscure, sans manifester autrement son existence que par le dédoublement de celle-ci. La Nuit, ou la sombre, est donc unie à l’Aurore, c’est-à-dire à la rouge, à la brillante, en d’autres termes la libation devient rougeâtre, d’obscure qu’elle était. Le passage de l’état sombre à la clarté est exprimé par le couple Nàktosâsà, Usâsânàktâ. Une fois, dans l’hymne 359,1a dyade est résolue en ses deuxéléments, dosa, la sombre, etusüs, « la brillante »; ailleurs (188 et 238) elle a une forme plus simple, usâsà, « les deux brillantes», c’est-à-dire les deux libations près de devenir flammes. Or, si on traduit Nàktosâsà par « la Nuit et l’Aurore », en donnant à ces deux mots leur sens actuel, comment interprétera-t-on usâsà dans des formules analogues ! Par « les deux crépuscules » c’est-à-dire l’Aurore et le Soir, sens auquel on pourrait donner pour commentaire le vers 6 de l’hymne 359 : « .... Nous désirons Dosa et Usas» ? Mais les Açvins, dans le même système d’interprétation, sont précisément les deux crépuscules. Açvinâ et
Usâsâ seront donc synonymes. De plus, comment attribuer a la Nuit ou au Crépuscule les épithètes de « brillants, éclatants, ayant de bon lait, du liquide nourricier, réconfortants » (1) ? Comment concilier enfin avec cette explication les idées suivantes : « En ce sacrifice j’appelle Nâktosâsà, lesbien ornées, pour qu’elles s’établissent sur notre Barhis{2) ! » «Toutesdeux éclatantes, belles à voir, qu’elles s’élèvent en brillant au moyen de l’éclat: quelesdéux rougeâtres s’assoient ici! » (188. 6.) Et ailleurs (936.6). « Qu’Usâsànûktà ruisselantes, dignesdu sacrifice, descendent ensemble dans la matrice, elles, les divines jeunes femmes, larges, splendides, qui apportent l’éclat aux nuances brillantes. »
Au contraire, si l’Aurore et la Nuit désignent métaphoriquement les deux libations, au moment où elles passent de l’obscurité à l’éclat, rien de plus facile à comprendre que ces épithètes et ces formules. Les deux libations, « mères ruisselantes du sacrifice (3) », s’assoient sur le barliis ; elles sont comparées à des vaches, et nous avons vu que ce mot est souvent synonyme de libation (4) ; elles sont enfin fécondées sous cette dernière forme par Sonia pâvamàna (Sonia enflammé) (5), qui lui-même est assimilé maintes fois à un taureau.
Enfin, en temps que génératrices d’Agni, elles peuvent être considérées comme la matière d’où le dieu sortira. C’est ce qu’exprime levers 6 de l’hymne 896 : « Que les divines filles de l’éclat, belles à voir, qu’Usâsânâktà (6) descendent dans la
(1) Iihàndarmine 142. 7 — 238. 6 — surukmé 188. 6 — suddghe, pàyasiati 194. 6 — vayovridhd 359. 6.
(2) 13. 7 — cf. 142. 7 — Tous les sens proposés pour le mot baj-his, entre autres celui d' « herbe répandue », reviennent à Ceci : la base, le fond du sacrifice.
(3) Yahvî ritdsya mCUàrü, 142. 7 et 359. 6 — La même expression s’applique à dyàvàprithivî 458. 7 — 885. 8 — 814. 7; et aux vaches (pluriel) 745. 5. Ce dernier passage est caractéristique.
(6) Il est dit au vers 6 de l’hymne 194, qu’Usàsânàktâ ont été versées; c’est dans le même sens qu’elles sont appelées suddghe et pàyasvatï.
LA NATURE ET LE ROLE DES AÇVINS
matrice ; que les clevas qui vous désirent, vous deux pleines aussi de désir, s’installent sur votre large et riche giron (1). »
DÊVYA HOTARA
La libation est près de devenir flamme ; Agni va se manifester : c’est le moment où apparaissent les deux devas, qu’on appelle généralement Açvins, à cause de leurs chevaux-flammes, mais qui, dans cette formule du sacrifice, prendront le nom de sacrificateurs divins ou brillants. Précurseurs d’Agni, ils semblent en effet opérer l'acte mystérieux du sacrifice, la transformation de l’élément liquide en élément igné. Cette assimilation de devas à des prêtres, fréquente dans le Rig-Veda et surtout dans l’Atharva, s’explique aisément : nous avons vu qu’Agni était souvent considéré comme s’engendrant lui-même, nous avons montré les rapports multiples de filiation établis entre les devas successifs ; à l’origine ce sont des dieux qui procréent d’autres dieux, lisez : des éléments qui se transforment en d’autres éléments. Quant à celui qui verse la libation, c’est un simple ins trument, sa part n’est pas sensiblement plus grande que celle des vases, réceptacles du liquide sacré. Mais autant de fois on verse la libation, autant de fois apparaît Agni ; cet acte préparatoire finit donc par prendre une grande importance, et l’homme qui en est l’agent conscient, s’attribue une part efficiente dans le sacrifice. Aux devas prêtres vont donc correspondre des hommes prêtres; au sacrifice naturel , qui tous les jours manifeste le feu par l’accroissement de la flamme nourrie de soma,
(1) Cette conception des deux libations, l’une sombre et l’autre claire, se retrouve peut-être, sous une forme un peu différente, dans les poèmes homériques. Aux deux libations on a substitué deux victimes, qui dans certains cas sont blanche et noire. Par exemple, au chant 111 de l’Iliade, avant le combat singulier de Paris et de Menélas, les chefs sacrifient deux agneaux, l’un blanc et l’autre noir, au soleil et à la terre. (103. sq. — 280 sq.).
succédera le sacrifice liturgique ou sacerdotal , qui nourrit des êtres mystérieux et divins, évoqués par l’homme.
Revenons aux Açvins, sacrificateurs divins. L’expression signifie simplement que les Açvins s'acquittent de leur rôle, apparaissent à leur place dans le sacrifice; elle n’implique en aucune façon, du moins dans le texte du Rig-Veda, que les Açvins, parmi les dieux, aient une fonction particulière, comparable à celle des prêtres chez les hommes. D’autres devas reçoivent, comme eux, le titre de hotars. On le trouve sept fois à propos d’Agni dans les cinquante premiers hymnes du Rig- Veda. Le même dieu est invoqué au vers 9 de l'hymne 241, sans être autrement désigné que par le nom de deva hôtà. Or le vers précédent est adressé aux deux sacrificateurs divins :
« Je mets en mouvement les deux sacrificateurs divins; les sept réconforts ruissellent par le moyen de la libation. »
On dit souvent qu'ils sont les premiers (prathamâ). Ce mot est précisé par celui de purôhitâ (ritvijâ purôhità 890.7); mais il est dit aussi des Açvins qu’ils viennent les premiers au sacrifice; c’est encore une raison pour les assimiler aux divins sacrificateurs (1). Si nous insistons, c’est que les commentateurs, au sujet de ses divinités, ne sont nullement d’accord. Ils y ont vu, tantôt des personnifications d’Agni et d’Aditya (Sâyana 359.7), tantôt des formes différentes d'Agni tour à tour feu de
(l) Ils sont bien les flammes du sacrifice ; car on les appelle sujihvà, « qui ont de belles langues ». Ce mot, qui est appliqué dans d’autres passages à Agni, à Savitar, aux Maruts, peut être entendu dans un sens métaphorique : nous parlons souven. nous-mêmes des langues de feu, ou de la flamme qui lèche les murs d'une maison^ On peut comprendre aussi au figuré : ceux qui parlent ou qui bruissent bien, épithète qui d’ailleurs convient parfaitement au feu. Citons encore mandrajihvà (142. 8), « qui ont des langues réjouissantes » ; et suvàcasâ ; « qui ont une belle parole, c’est-à-dire, qui bruissent bien »(188. 7). Nous savons d’ailleurs que les bruissements de la libation et les crépitements de la flamme sont des hymnes chantés par Soma et Agni.
« Que les devyâ hotara (qui viennent) les premiers, qui chantent bien, les voyants, aient pour nous sacrifié ce sacrifice. »
LA NATURE ET LE ROLE DES AÇVINS
la terre et feu du ciel, tantôt enfin des personnages, qui symboliseraient les deux sacrifices du matin et du soir. Langlois prétend même « que la peinture faite de ces deux divinités ne lui permet guère de les identifier avec les Açvins. »