‹ L'évolution de commerce, du crédit, et des transports depuis cent cinquante ans;Chapitre 10 sur 109 · Schinoller. Ibid., p · texte numérisé non relu

Schinoller. Ibid., p

de ses rivales, en particulier de la France. La colonie offre, en effet, sur le marché étranger l'énorme supériorité d'être à la merci d'une métropole, libre d'y trafiquer sans se heurter aux restrictions de souverainetés concurrentes ou se voir obligée d'en acheter l'atténuation au prix d'onéreuses concessions i.

On ne conçoit guère la colonie que comme un champ d'exploitation au profit de la métropole et d'elle seule. On sait l'euphémisme dont se couvrent les règles qui président à leurs relations : le pacte colonial, pacte unilatéral émanant de la volonté souveraine de la mèrepatrie, qui stipule pour elle seule le monopole absolu des relations extérieures de la -colonie. A elle le soin d'approvisionner ses possessions en produits européens et articles manufacturés; à elle tous les produits de la colonie : sucre, café, thé, tabac, bois et métaux précieux. A elle le transport de toutes ses marchandises ; à la marine nationale le monopole de l'intercourse. Sur le territoire de la colonie, défense d'édifier des établissements industriels, concurrents éventuels des produits métropolitains ; parfois même l'accès en est fermé aux étrangers incapables de s'y installer ou d'y commercer.

En échange, la métropole ouvre largement ses portes aux denrées ou matières coloniales ; les rigueurs douanières fléchissent devant elles. Le marché métropolitain leur est souvent réservé : en Angleterre la culture du tabac était interdite au profit des Antilles. La métropole s'assurait par ce système non seulement le monopole de l'exportation dans un marché fermé et asservi, mais

1. Cf. Montesquieu. Esprit des lois. L. XXI, ch. xxi. « L'objet des colonies est de faire le commerce à de meilleures conditions qu'on ne fait avec les peuples voisins avec lesquels tous les avantages sont réciproques. On a établi que la métropole pourrait seule négocier avec les colonies et cela avec grande raison, parce que le bul de l'établissement a été l'extension du commerce, non la fondation d'une ville ou d'un nouvel empire. Aussi, c'est encore une loi fondamentale d'Europe que tout commerce avec une colonie étrangère est regardé comme un pur monopole, punissable par les lois du pays. »

les bénéfices du monopole d'importation. Elle achetait à bon compte les produits coloniaux, les revendait avec profit à l'étranger, et s'affranchissait de la rançon payée autrefois aux importateurs étrangers. La fin du xviije siècle est encore si convaincue des mérites du pacte colonial qu'on voit George III d'Angleterre en aggraver les clauses. Vers tous les pays situés au nord du cap Finistère, qui forment l'Europe industrielle de l'époque, il interdit d'exporter directement quelques articles coloniaux dont le commerce échappait encore aux sévérités du régime.

Des trois grandes manifestations du mercantilisme, la troisième, la politique maritime, a le mieux résisté à l'épreuve du temps. L'Acte de navigation de Cromwell, loué par Adam Smith qui l'excepte de ses critiques, régit jusqu'en plein xix^ siècle la législation anglaise, suivie par celle des grands Etats européens. A l'heure actuelle même, nombreuses sont encore les traces de sa survivance. Pour parachever l'œuvre de la politique douanière et coloniale, les actes de navigation se proposent de donner à la nation, en plus du monopole de son commerce extérieur et colonial, le monopole de ses relations maritimes. Comme la politique douanière, cette politique maritime revêt une double forme : la forme prohibitive et la forme restrictive.

Interdire purement et simplement toute importation coloniale sur un navire ne battant pas pavillon national, prohiber l'entrée de marchandises apportées de l'étranger sur des navires n'appartenant pas à leur pays d'origine, telle est la formule constamment appliquée par l'Angleterre, nation insulaire, devenue coloniale, rivale heureuse de la Hollande à laquelle elle ravit l'hégémonie des mers. A cette forme prohibitive s'oppose la forme restrictive, plus modérée dans ses aspirations et moins

exclusive dans ses procédés. Si elle maintient au pavillon national le monopole de l'intercourse coloniale, elle se contente, dans le but de protéger la marine nationale, d'éloigner de ses ports les navires étrangers en les frappant de droits spéciaux de tonnage ou en soumettant leurs importations à des surtaxes. C'est la méthode à laquelle se rallie la France.

Heureux pour l'Angleterre dont ils firent la première nation navale du monde, les actes de navigation n'eurent point ailleurs le même succès. Incapables d'assurer, par leurs seules ressources, l'approvisionnement de leurs possessions d'outre-mer, la France et l'Espagne se virent contraintes de tolérer une immense contrebande et de porter la main sur l'édifice du monopole de navigation, en accordant aux navires étrangers le libre accès de leurs colonies. Ainsi privée de son unique mérite : l'encouragement au développement de la marine nationale, la politique navale n'est donc plus qu'une nouvelle entrave au commerce international. Elle ajoute aux droits de douane grevant les marchandises d'origine étrangère le poids des droits de tonnage frappant les navires qui les transportent.

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