Les monnaies métalliques
Les systèmes monétaires de la fm du xviii^ siècle se présentent au premier abord sous des apparences qui évoquent les systèmes monétaires de notre temps : on voit, en effet, circuler des monnaies faites de plusieurs métaux, qui ont cours simultanément. L'or et l'argent ont, d'ailleurs, à cette époque comme aujourd'hui, un rôle prépondérant ^ Mais les pratiques monétaires sont encore, dans l'ensemble, restées ce qu'elles étaient depuis des siècles ; les Hôtels des monnaies sont très nombreux, et dispersés dans un grand nombre de villes ; les règlements qui déterminent l'admission des matières monétaires varient beaucoup de l'un à l'autre, et, dans chaque Hôtel des monnaies, d'un moment à un autre : les maîtres des monnaies changent fréquemment le
1. Cependant en certains pays, en Russie notamment, on se servait surtout de monnaies de cuivre.
prix d'achat de l'or et de l'argent. Et, de même, le cours auquel sont émises les pièces faites de ces deux métaux est très variable. Ainsi chaque Etat — sauf toutefois en Angleterre — fait encore de notables bénéfices sur les frappes, et tous les gouvernements n'ont pas encore définitivement renoncé à l'altération du titre des monnaies : Frédéric le Grand notamment eut recours à cet expédient.
En France, il est vrai, nous ne voyons plus aucune altération proprement dite au cours du xviii^ siècle ; mais le gouvernement, au lieu d'apposer, une fois pour toutes, sur les pièces une empreinte indiquant leur valeur en monnaie de compte, tarifait les monnaies d'une façon arbitraire et variable. C'est ainsi qu'un arrêt du 26 mai 1726 porte à 24 livres le cours des Louis nouvellement fabriqués qui devaient avoir cours pour 20 livres, et à 6 livres les écus tarifés précédemment à 5 livres. Le gouvernement se libérait ainsi plus facilement à l'égard de ses créanciers, et l'économie qu'il réalisait n'était pas, au fond, d'une autre nature que celle qu'il eût réalisée s'il eût maintenu le cours des monnaies en altérant leur titre.
Il convient d'ajouter toutefois que les modifications ainsi apportées au système monétaire devinrent très rares au xviii^ siècle, et que le bénéfice que l'Etat se réservait sur les frappes fut considérablement réduit.
Mais l'incertitude relative aux conditions de la frappe de l'or et de l'argent rendait très difficile l'établissement d'un rapport d'échange stable entre les pièces faites de ces deux métaux. Il y avait parfois intérêt à prendre dans la circulation soit les pièces d'or, soit les pièces d'argent sorties d'un atelier monétaire, pour les fondre et les envoyer frapper dans un autre. Ces divergences faisaient apparaître un cours commercial des monnaies, souvent différent de la valeur que prétendait leur attribuer l'autorité publique ; et elles provoquaient des mou-
vements spéculatifs de numéraire, principalement dans les échanges internationaux. Les nombreuses prohibitions d'exportation étaient d'ailleurs inefficaces.
Seule l'Angleterre possédait à cette époque un régime monétaire moderne : la frappe y était libre et gratuite depuis 1666 i. Mais, comme on admettait à la fois l'or et l'argent à ce régime, les monnaies anglaises subissaient le contre-coup des fluctuations qui se produisaient dans les prix d'achat des matières monétaires à l'étranger, et conséquemment dans le cours commercial des deux métaux ; ceux-ci émigraient alternativement, laissant à l'intérieur du pays les pièces usées ou frelatées. Une loi de 1798 suspendit le régime de la frappe libre pour l'argent ; et, dès lors était institué en Angleterre le régime essentiellement moderne du monométallisme-or, qui, après la crise de la période révolutionnaire, devait être adopté définitivement en 1816.