‹ L'évolution de commerce, du crédit, et des transports depuis cent cinquante ans;Chapitre 24 sur 109 · II. — La banque · texte numérisé non relu

II. — La banque

1. — Les banques a la fin de l'ancien régime. Les banques d'émission

A la fm de l'Ancien Régime, la Banque, qui était déjà une institution fort ancienne, avait atteint un notable

degré de développement. D'Italie, elle avait pénétré peu à peu, à partir du xiii<^ siècle, en France, en Allemagne, en Hollande, en Angleterre et dans les divers autres pays d'Europe. En dehors des banquiers privés, dont quelques-uns jouèrent un rôle considérable, on avait déjà vu apparaître, dès le xv*^ siècle, en Italie, en Espagne et en Allemagne, des banques d'un caractère étatique, telles que la Casa di San Giorgio^ à Gênes, la Taula de Cambi à Barcelone. A la fin du xvi<^ siècle, les banques privées ayant été emportées par des crises, on fonda encore plusieurs banques publiques, notamment le Banco di Sant Amhrogio à Milan, le Banco di Bialto, à Venise (1593-1594). Dans des conditions analogues furent fondées la Banque d'Amsterdam^ en 1609, puis la Banque de Hambourg, en 1619, avec la garantie de la ville. Il y eut des banques semblables en Autriche, notamment la Wiener Stadtbank, fondée en 1703. Enfin, en 1694, fut fondée la première grande banque d'émission privilégiée, la Banque d'Angleterre ; et sa fondation fut suivie, l'année suivante, de celle de la Banque d'Ecosse.

Au xvii^ siècle, la banque d'Amsterdam jouait encore un rôle très notable dans les échanges internationaux, et Adam Smith consacre de longs passages à l'étude de ce remarquable établissement. Mais la caractéristique essentielle du développement des banques au xviii^ siècle fut la pratique de l'émission des billets.

La première banque qui ait eu recours à l'émission de billets paraît avoir été la banque de Stockholm, fondée en 1661 ; mais, d'autre part, les orfèvres de Londres, qui, depuis le xvi<^ siècle, remplissaient les fonctions de banquiers, avaient réussi, eux aussi, à mettre en circulation des billets, et c'est de leur exemple que la banque d'Angleterre parait s'être inspirée. Elle remit à ses clients des promesses de payer portant intérêt, d'abord endossables, mais qui devinrent au porteur dès 1697 ; on peut donc dire que, dès cette date, le billet

de banque existait en Angleterre. Toutefois, les billets émis par la banque d'Angleterre furent d'abord représentatifs de grosses sommes, et ne purent par conséquent tenir lieu de monnaie courante. C'est seulement dans la seconde moitié du xviii'^ siècle, en 1759, que cet établissement émit des billets de 10 livres sterling, et, en 1793, des billets de 5 livres.

Mais la banque d'Angleterre avait été devancée dans la pratique de l'émission des petites coupures par la banque d'Ecosse qui, dès 1704, émit des billets d'une livre. Les petites banques d'émission, qui se constituèrent en grand nombre à cette époque, allèrent plus loin encore, et émirent des billets de 1 shilling. Cependant, une loi de 1765 fixa le minimum à une livre pour l'Ecosse. Quoi qu'il en soit, le billet de banque était définitivement entré dans les mœurs en Angleterre et en Ecosse ; et, à une époque où l'usage du dépôt en banque n'était pas encore très répandu, il fournit aux banques un moyen d'action précieux, et leur permit de dispenser largement le crédit autour d'elles.

Il y eut ainsi, en Angleterre et en Ecosse, un véritable pullulement des petites banques d'émission. En 1790, on en comptait environ 350 dans l'Angleterre proprement dite ; la crise de 1792-93 en emporta une centaine ; mais cette floraison de petites banques bénéficiant du régime de la liberté d'émission reste un des traits dominants de l'évolution bancaire à cette époque.

L'extension du système de l'émission sur le continent européen fut toutefois assez lente, ou, du moins, si un essai grandiose de vulgarisation du billet fut tenté en France par Law dès 1716, l'échec retentissant de son audacieuse tentative découragea pour longtemps de tout essai analogue ^. C'est seulement en 1776 que, profitant

1. Sur le système de Law, consulter l'ouvrage depuis longtemps classique d'Emile Levasseur, Rec.herclies historiques sur le système de Law, Paris, 18a4.

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de la liberté résultant de l'absence de dispositions législatives, une banque, la Caisse d'escompte, émit des billets pour effectuer ses opérations. Elle fonctionna d'ailleurs normalement jusqu'au moment où des rapports trop étroits pour n'être pas dangereux avec le Trésor vinrent entraver son développement, et elle fut supprimée pendant la période révolutionnaire, en 1793.

Dans les autres pays d'Europe, les banques d'émission apparurent d'abord sous la forme de grandes banques privilégiées. C'est ainsi que, en 1736, fut fondée, pour le Danemark et la Norvège, la Courant hank, pourvue d'un privilège d'émission pour quarante ans, et dont le caractère étatique s'accentua dans la suite. En Prusse, fut constituée en 1765 la Kônigliche Giro- und Lehnhanko in Berlin, qui fut autorisée, dès l'année suivante, à émettre des billets convertibles. En 1768, Catherine II fonda à Saint-Pétersbourg et à Moscou une banque d'émission. Toutes ces banques, placées dans une dépendance très étroite à l'égard de l'Etat, obligées le plus souvent de prêter leur capital au Trésor, et aussi d'émettre des billets pour des besoins financiers plutôt que pour leurs besoins commerciaux, ne purent pas fonctionner d'une façon normale, et leurs billets, souvent rendus inconvertibles, se déprécièrent. Cependant, au cours du xviii® siècle, la Banque d'Angleterre parvenait à desserrer ses attaches avec l'Etat, et commençait à remplir le rôle d'une grande banque d'émission moderne.

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