‹ L'évolution de commerce, du crédit, et des transports depuis cent cinquante ans;Chapitre 62 sur 109 · IV. — Les transports aériens · texte numérisé non relu

IV. — Les transports aériens

Les légendes de la mythologie antique témoignent de l'intérêt que l'homme a toujours porté à la conquête de l'air, le seul élément qui lui échappa longtemps. Ce fut d'ailleurs à l'imitation des oiseaux ses seuls maîtres que tendirent ses premières recherches et sans remonter à Icare, victime de son ambition et de son imprudence, Léonard de Vinci consacra une partie de son universel génie aux premières études d'aviation. Mais la voie ainsi frayée resta longtemps vide : la fin du xviii^ siècle apporta au problème une solution nouvelle, et il fallut

attendre de la fin du xix^ la création d'engins assimilables aux ailes des oiseaux. L'évolution de la navigation aérienne au cours des 120 dernières années passa par trois étapes : 1° l'élévation et la sustentation dans l'atmosphère d'un appareil plus léger que l'air; 2° la dirigeabilité de ce vaisseau, jusque-là abandonné au caprice des vents ; S^la construction et l'utilisation d'un instrument, plus lourd que l'air, mais doté d'une force élévatoire, de propulsion et de stabilité. Seule la première étape appartient à la période qui nous occupe actuellement. Les deux autres trouveront mieux leur place à la fin du volume.

Née vers la fin de l'Ancien Régime, l'aérostation est d'origine exclusivement française, et les noms des frères Montgolfier, de Pilâtre de Rozier et de Charles y demeurent attachés. Aux Montgolfier appartient l'invention, en 1782, des ballons à air chaud, baptisés monfgolfières. Pilâtre de Rozier osa le premier, avec le marquis d'Arlandes, affronter l'air dans une montgolfière libre, le 21 novembre 1783. Quelques jours après, le l^'' décembre 1783, l'ascension du physicien Charles, en compagnie de Robert, marquait la véritable création de Tart aérostatique. Tout comme Fulton avait conçu la complexité du problème de la navigation à vapeur et l'avait surmontée, Charles réalisait d'un coup l'aérostat, presque tel qu'il existe aujourd'hui : gonflé à l'hydrogène, construit en soie vernie et imperméable, enveloppé d'un filet terminé par une nacelle légère, muni d'une soupape pour modérer la force ascensionnelle ou assurer la descente par l'évacuation des gaz, chargé de lest pour obtenir des mouvements inverses, pourvu d'un baromètre destiné à mesurer les altitudes et d'une ancre d'atterrissage.

Nombreuses furent les utilisations de l'invention nouvelle. Employée dans les réjouissances publiques, comme l'immense ballon illuminé de 3.000 verres de couleurs lancé du parvis Notre-Dame le jour du sacre de

Napoléon et qui alla s'abattre le lendemain près de Rome, après avoir brisé sa couronne sur le tombeau de Néron, elle satisfaisait aussi le besoin d'aventures de l'homme et marquait de nombreuses victimes les traversées aériennes, telles Pilâtre de Rozier et Romain payant de leur vie la tentative de traversée de la Manche de Boulogne à Douvres qu'avaient réussie six mois aupa-, ravant Blanchard et Jeiïries (1785). Le jour où la patrie fut en danger, les hommes de la Révolution, que n'effrayaient pas les idées neuves, enrôlèrent la jeune aérostation dans les armées de la République et V Entreprenant prit une part glorieuse aux batailles de Maubeuge, de Charleroi et de Fleurus, conduit au feu par Coutelle, capitaine de la compagnie d'aérostiers, plus tard directeur de l'Ecole nationale aérostatique de Meudon (23 juin 1794). Inaugurée sous d'aussi brillants auspices, l'aérostation militaire végéta cependant durant plus d'un siècle, ne rendant que de faibles services, sinon au cours de la guerre de Sécession américaine. Au contraire, la navigation aérienne apportait à la science l'appui d'observations nombreuses et précises. Faut-il rappeler ici les ascensions périlleuses ou tragiques qu'ont chantées les poètes, les noms d'Humboldt et de Gay- Lussac. de Glaisher, de Nadar, de Flammarion, des frères Tissandier, de Crocé Spinelli et de Sivel ? Faut-il célébrer l'héroïsme des aérostiers improvisés de 1870- 1871, qui assurèrent les communications de Paris investi avec l'extérieur ? Tous collaborèrent à donner à l'humanité une plus parfaite connaissance de son milieu. Météorologie, physique, astronomie, physiologie, photographie aérienne, toutes ces sciences profitèrent de ces progrès, quoique cependant, aux heures de danger national comme en pleine paix, ce fût surtout l'utilisation militaire de la conquête nouvelle qui absorbât partout l'attention.

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