La bourse et les valeurs MOUn.IÈRES
Les dépenses occasionnées parles guerres de l'époque révolutionnaire avaient provoqué un accroissement inouï des dettes publiques.
On a évalué à 784 millions de livres sterling (près de 20 milliards de francs) la charge que l'Angleterre seule dut subir du fait de la guerre. Selon l'usage britannique, une notable partie de cette somme fut obtenue par des augmentations d'impôts, mais les emprunts publics ne s'en élevèrent pas moins à 500 millions de livres sterling. Cependant, le commerce et l'industrie britanniques se développèrent de telle sorte que l'Angleterre put non seulement faire face aux emprunts nationaux, mais encore fournir du crédit aux Etats du continent.
La Dette française était infiniment moins élevée. Mais elle s'accrut rapidement. Le gouvernement de la Restauration eut à faire face à un déficit laissé par le budget de l'Empire, qui montait à 777 millions. Il dut émettre pour 25.995.000 francs de rente pour indemniser les émigrés dont les biens avaimt été confisqués et faire encore divers emprunts pour i^s expéditions d'Espagne, de Morée et d'Algérie.
Les autres gouvernements d'Eu ^pe avaient été entrai-» nés à des dépenses analogues et t. -'ent amenés aussi à consolider et à augmenter les emp. -its nécessités par les guerres et par la réorganisation po. 'que et administrative qui s'ensuivit. Si bien que la pé de de la Restauration est caractérisée tout d'abord ^ un accrois-
sèment très sensible du total des fonds publics cotés sur les différentes bourses. Puis les capitaux furent sollicités par les anciennes colonies espagnoles révoltées, et ils commencèrent à se porter sur l'Amérique du Sud,
Au début de cette période, la bourse d'Amsterdam était encore le principal marché financier de l'Europe, et celui dont le caractère international était déjà le plus développé. La place d'Amsterdam prit une part importante notamment aux premiers emprunts du gouvernement de la Restauration, et souscrivit des fonds russes.
Mais bientôt la place de Londres commença à se substituer à sa vieille rivale, Nathan-Mayer Rothschild contribua à y introduire un grand nombre d'emprunts continentaux (prussiens, suisses, autrichiens, belges, etc.) et aussi quelques emprunts exotiques (notamment un emprunt brésilien).
Le marché de Paris devint peu à peu autonome, A partir de 1823, James Rothschild, établi à Paris, se chargea de l'émission des rentes françaises. Puis la cote de la bourse de Paris commença à s'enrichir d'un certain nombre de fonds d'Etat étrangers : napolitains, autrichiens, portugais, grecs, etc.
En dehors des émissions de fonds publics, les émissions de valeurs privées commencèrent à prendre une notable extension, en Angleterre d'abord, puis en France et sur les autres bourses du continent. Au début, sous la Restauration, ce furent d'abord les grandes compagnies d'assurances et, en France notamment, les compagnies pour l'achèvement des canaux. En dehors des sociétés anonymes, qui furent d'abord assez rares, les sociétés en commandite par actions commencèrent à figurer en grand nombre sur la bourse de Paris à partir de 1832.
Enfin, la constitution des compagnies de chemins de fer donna lieu à des émissions d'actions et d'obligations énormes, d'abord en Angleterre, puis en France et sur le reste du continent ; et ce sont elles qui devinrent l'élé-
ment le plus caractéristique de l'activité financière au milieu du xix^ siècle.