Le monopole national et le mercantilisme
Le xix^ siècle s'enorgueillit à bon droit d'avoir vu l'émancipation ou l'unification politique d'un certain nombre de groupements nationaux. Empire allemand, Italie, Etats balkaniques s'y sont constitués ou fortifiés. Jamais cependant le sens de l'égoïsme national n'a été aussi vif que pendant la période de trois siècles dont le xviii^ est le terme. La notion d'une solidarité économique internationale n'y fut jamais que l'apanage de quelques esprits devançant leur époque. Récemment édifiés sur les ruines de la féodalité vaincue et de l'autonomie communale affaibhe, les grands Etats modernes sont uniquement préoccupés de s'assurer par tous les moyens l'hégémonie politique, ainsi que l'indépendance et la suprématie économique qui la conditionnent. La paix inté-
rieure assurée, l'étranger bouté hors du territoire, le sentiment d'un intérêt commun fortement ancré dans le pays, l'aspiration naturelle de la nation est de se projeter au dehors pour agrandir encore sa puissance. Sous les dehors politiques dont se voilent les conflits internationaux qui constituent l'histoire des xvii^ et xviii^ siècles, se cachent presque toujours des raisons d'ordre économique, tout comme les luttes du xix<^ ont souvent eu pour causes les rivalités commerciales ou coloniales.
Les périodes de paix ne font d'ailleurs que changer le caractère des hostilités sans les arrêter. Les armées licenciées, les flottes rentrées au port, la lutte continue sur le terrain commercial. Guerres de tarifs fermant l'accès d'un pays aux produits de l'autre, ou levant sur lui une véritable rançon ; traités de commerce à la faveur desquels les grands Etats oppriment les petits réduits à demander grâce, sont des épisodes courants de cette époque. Un trait commun les marque tous : l'intervention constante de l'Etat dans le domaine économique. Donner aux produits une direction déterminée, souvent différente de celle que leur aurait imprimée l'initiative individuelle abandonnée à elle-même ; agir sur l'activité nationale et influencer ainsi indirectement l'activité étrangère ; favoriser le développement du commerce extérieur par tous les moyens dont il dispose, tel est le but que s'assigne l'Etat. Il y emploie surtout le pouvoir politique dont il vient d'être investi"'. Dès lors, à m^esure que s'élève le rang qu'il occupe dans la hiérarchie des puissances, chaque Etat poursuit et exagère cette politique, qui atteint son point culminant au moment où se produit la révolution industrielle.
1. VoirSchmoller. Principes d'économie politique {Ivàà. Polack). Paris, 4908, t. V, p. 281.