‹ L'évolution de commerce, du crédit, et des transports depuis cent cinquante ans;Chapitre 8 sur 109 · SchmoUer. Ibid., pp · texte numérisé non relu

SchmoUer. Ibid., pp

Raffiné grâce aux apports théoriques de la longue lignée d'économistes anglais, français et hollandais du XVII® et du XYiii® siècle, le système mercantile, en lequel s'incarne cet interventionnisme, n'a plus pour unique objectif, comme au début, l'atflux dans le pays des métaux précieux. S'il y aspire, c'est par un procédé plus complexe, plus savant et aussi ])]us délicat : la balance commerciale.

L'idée n'en est pas née au xviii'^ siècle. Elle est issue d'une étude plus approfondie du mécanisme international des échanges et remonte à Thomas Mun. La formule en est simple : pour assurer au pays un excédent de numéraire, considéré encore comme la richesse essentielle, il faut exporter plus que l'on importe, vendre à l'étranger plus qu'on ne lui achète, solder par un crédit la balance commerciale. Elle assimile, en somme, la nation commerçante à l'individu soucieux de bénéfice.

Fort en avance sur son époque, Mun donne à la balance le caractère général qui lui convient. Il importe, selon lui, d'envisager l'ensemble des transactions commerciales du pays, sans s'attacher à ses relations avec l'un ou l'autre de ses fournisseurs ou de ses clients i. Mais une véritable régression doctrinale s'y substitue et, sous l'influence de considérations politiques ou faute d'une évaluation suffisamment complète des mouvements commerciaux, on s'en tient longtemps à la balance d'un commerce déterminé.

Quoi qu'il en soit, étayée au début sur les supputations grossières des perceptions douanières, plus tard sur les statistiques du commerce extérieur inaugurées en Angle-

1. Thomas Mun. Enqland's Treasure by forraign trade, 1669. Cet ouvrage a comme sous-titre la pli rase suivante : La balance de notre commerce extérieur est la règle de notre prospérité. ,

16 LE COMMERCE A LA FIN DE l'aNCIEN RÉGIME

terre en 1697, en France en 1716, en Prusse en 1750, la théorie de la balance du commerce repose en dernière analyse sur cette idée que « le profit de l'un est fait de la perte de l'autre ». Le profit économique qu'en retire la nation a comme effet l'augmentation de sa puissance politique, et l'un des derniers représentants du mercantilisme, Forbonnais, résume en cette phrase cet idéal des gouvernants du xviii® siècle : « La balance du commerce est véritablement la balance des pouvoirs ». Toute la politique économique en porte l'empreinte et par elle s'explique ce système complexe, aux entraves multiples, aux manifestations diverses : douanières, maritimes ou coloniales auxquelles on a donné, dans un but de commodité, le titre générique de mercantilisme et dont nous retiendrons seulement les vestiges qui subsistent à l'époque d'où nous partons.

Certes le but ultime de c'tte politique n'est pas partout le même. Il varie d'un pays à l'autre, ou, pour un même pays, d'une époque à l'autre. Héritiers des traditions carthaginoises ou vénitiennes, les Portugais et les Espagnols, puis les Hollandais, visent surtout les intérêts purement commerciaux, alors que la France, l'Angleterre, la Prusse recherchent le développement des grandes branches de la production nationale : mines, agriculture et industrie. La situation géographique, l'avancement de la technique, les vues particulières des hommes d'Etat, la prédominance de certaines classes expliquent suffisamment ces divergences de buts. Mais elles disparaissent derrière la ressemblance des moyens employés pour y atteindre et qui tous forment des entraves légales à la libre expansion commerciale \

Le premier procédé auquel recourt l'Etat, successeur de la ville ou de la province, c'est l'application à son territoire agrandi des moyens en usage dans leur domaine

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