‹ L'évolution de commerce, du crédit, et des transports depuis cent cinquante ans;Chapitre 78 sur 109 · I. — La spécialisation · texte numérisé non relu

I. — La spécialisation

Certes, déjà à la lin du xviii^ siècle le monde commercial donnait le spectacle d'une division assez nette entre le commerce des marchandises, la banque généralement réservée aux étrangers et les entreprises de transports terrestres, sinon maritimes. Dans la classe même des commerçants, Savary distinguait, sous Louis XIV, différentes sortes d'intermédiaires : courtiers, agents de change et commissionnaires. Mais, limitée, d'une part, à un petit nombre de pays parvenus à une haute culture économique, voire même à quelques grandes villes commerçantes, comme Lyon, Paris ou Bordeaux, Amsterdam ou Londres, qu'était cette division auprès de celle de

notre temps ? Chaque produit, peut-on dire, y a ses spécialistes, — quand les différentes qualités d'un même produit n'y donnent pas naissance à autant de représentants. L'acheteur de filés de coton ne s'occupe ni de cotons en laine ni de tissus ; le négociant en tissus lisses ne fait souvent ni les tissus croisés, ni les tissus blanchis, teints ou imprimés. Le négociant en vins se cantonne dans les crûs d'une certaine provenance et le négociant en blés ne traite ni les orges ni le maïs. Le banquier se consacre à un genre particulier d'opérations, ou divise son établissement en services distincts analogues aux rayons d'un grand magasin. Et surtout, auprès de ces commerçants, opérant à leurs risques et pour leur compte, foisonnent les intermédiaires de toute sorte, recevant une simple rétribution, personnages rares ou inconnus autrefois, et que chaque invention nouvelle, chaque perfectionnement, chaque complication de la vie moderne font naître sous leurs pas. Courtiers bornant leur activité à une localité unique et mettant en rapport vendeurs et acheteurs ; agents, vrais mandataires suivant régulièrement les affaires de leurs mandants sur des places lointaines, ou agences autonomes qui pullulent : agences de location et de vente d'immeubles ; agences de placement et agences théâtrales ; agences d'émigration racolant des passagers pour les compagnies de navigation ; commissionnaires enfin, agissant pour le compte d'autrui, mais traitant cependant en leur nom personnel, et garantissant souvent contre l'aléa des opérations commerciales. De plus en plus se concentrent entre les mains de ces derniers le commerce d'exportation et d'importation des grands produits du monde entier dont le trafic alimente la circulation universelle. Grosses maisons de commission de Liverpool, de Brème ou du Havre recevant en consignation le coton que leur envoient leurs correspondants de New- York ou de la Nouvelle-Orléans ; commissionnaires de

Marseille destinataires des blés d'Odessa ou des soies de Changhaï, commissionnaires de Rouen ou de Manchester achetant la production des filatures et des tissages de Normandie, des Vosges ou du Lancashire, autant d'agents d'influence et d'expansion commerciale disposant de capitaux énormes, possédant une connaissance approfondie des marchés, vrais successeurs des anciens marchands à l'étranger. C'est vers eux que reflue le courant des matières premières qui, des pays neufs, viennent alimenter les broches et les métiers, les hauts-fourneaux, les forges et les minoteries de l'Europe industrielle.

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