I. — La spécialisation
La spécialisation du commerce de détail a été un progrès marqué sur l'ancien commerce chaotique et indifférencié, brusquement apparu ou généralisé après la disparition des corporations, lequel entassait dans une même boutique les marchandises les plus hétéroclites. L'augmentation de la demande, la multiplication des besoins, le raffinement de la clientèle, la démocratisation du luxe, ouvraient un débouché aux spécialistes et faisaient aux marchands une obligation de se tenir au courant des goûts de leurs consommateurs, en se bornant à la vente de quelques articles dont le débit élargi leur assurait un bénéfice pleinement suffisant. On vit alors surgir les magasins de nouveautés, successeurs des merciers, à l'assortiment divers, les épiceries et tous les commerces d'alimentation, spécialisés jusqu'à ne débiter qu'un seul article, les magasins de ganterie, de chapellerie, de cigares, de fourrures, rappelant la boutique où l'artisan de la vieille corporation vendait au public les produits de sa fabrication. En 1882, la statistique allemande ne dénombrait pas moins de 1.674 spécialités commerciales, tandis que le tableau des patentes françaises, véritable nomenclature des différents commerces, voyait continuellement s'allonger ses colonnes.