II. — La concentration et l'intégration
Moins directement soumis que l'industrie au machinisme, cause de concentration technique, le commerce
(le détail a cependant subi les effets de la concentration plus proprement financière. Elle s'y manifeste par une intégration progressive, réunissant sous une même direction, sinon sous un même toit, des branches de commerce auparavant distinctes, et trouve son point culminant dans le grand magasin géant, pourvoyeur universel, où se vend tout ce qui peut satisfaire les besoins ou la vanité des hommes, en passant par le petit boutiquier qui ajoute chaque jour à son commerce un article nouveau. C'est le cas, par exemple, du mercier qui débite des cartes postales ou se transforme en confiseur au moment du nouvel an. Si d'aucuns veulent y voir un retour en arrière et comparer le grand magasin moderne à la boutique de village où voisinent, pêle-mêle, les tissus bon marché, la bonneterie grossière, les conserves alimentaires, les jouets d'enfants, la mercerie et la papeterie, la comparaison ne peut valoir que comme celle des deux termes extrêmes d'une évolution, comme le rapprochement de la chrysalide informe et indifférenciée et du papillon aux ailes brillantes, aux organes pleinement développés.
Le grand magasin, — et l'on en pourrait dire autant de la grande banque et de toutes les grandes entreprises, — prototype de la concentration commerciale contemporaine, est, en effet, l'exemple le plus parfait du triomphe de la spécialisation. A la tête de chacun de ses rayons est placé un chef, possédant une connaissance parfaite de l'article qui lui est confié. Il a sous ses ordres tout un personnel à la besogne soigneusement délimitée, une armée de commis, de garçons de service, d'emballeurs, de livreurs et de cochers. Et dominant le tout, le cerveau de cette gigantesque entreprise est une administration hautement éduquée, disposant de comptables, de caissiers, de correspondanciers, do facturiers, cantonnés dans une tâche unique, comme l'ouvrier de l'usine attaché à une partie de l'œuvre
productrice. La complexité croissante de la vie commerciale aboutit donc à ce double phénomène : l'augmentation de l'hétérogénéité par la différenciation interne ; l'augmentation de l'intégration par l'absorption d'entreprises étrangères, ou l'adjonction de nouvelles branches de commerce, phénomène auquel M. Gide donne l'heureuse appellation de « spécialisation coopératisée ».
Les plaintes du petit commerçant, délogé peu à peu de sa situation privilégiée de jadis, ont maintes fois dénoncé les ennemis qui le menacent : l^ le grand magasin, sous ses deux formes : concentration des affaires dans un local unique, ou établissement à succursales multiples ; 2° la coopérative de consommation, forme particulière de consommation, appelée, si elle répondait aux espérances de ses apôtres, à supprimer purement et simplement le commerce parasitaire grâce à l'organisation et à la satisfaction des besoins de la consommation par les consommateurs eux-mêmes ; et 3° dans une mesure beaucoup moindre, l'intervention de l'Etat ou des municipalités dans la vente de certains produits ou la satisfaction de certains besoins. Tels sont bien, en effet, les signes les plus sensibles de l'évolution commerciale contemporaine, et ils valent qu'on s'y arrête.
C'est en 1852, à Paris, en même temps que le second Empire, qu'apparaît le premier grand magasin de nouveautés digne de ce nom, quoique l'Ancien Régime eût connu le bazar du « Petit Dunkerque « et la Restauration et la Monarchie de Juillet, « Le Diable Boiteux », « les Deux Magots », le « Petit Matelot » et « Pygmalion ». A cette époque, M. Boucicaut s'associa à M. Vidau, propriétaire du « Bon Marché », situé sur son emplacement actuel, et qui faisait à peine 500.000 francs d'affaires par an. Dix ans après, il en faisait 7 millions,
puis 21 millions en 1869, 67 en 1877, 150 millions en 1893, pour atteindre 227 millions 1/2 en 1910 (6.000 employés). La France demeura longtemps le pays d'élection du grand magasin. Le « Louvre », fondé en 1855, faisait 4 millions d'affaires en 1875 et 150 millions en 1910; le « Printemps », créé en 1865, accusait 50 millions en 1905 et 100 millions en 1910; la « Samaritaine », établie en 1869, qui avait un chiffre d'affaires de 840.000 francs en 1874, le voyait monter à 110 millions en 1909. Les « Galeries Lafayette », beaucoup plus récentes (1889), réalisaient, pendant l'exercice 1909-1910, un bénéfice net de 4.830.000 francs, avec un chifîre d'affaires de 100 millions et un personnel de 3.000 employés. Quant à la (( Belle Jardinière », plus spécialisée dans le vêtement, sa maison de Paris et ses succursales de province (1,500 ouvriers et employés) vendaient ensemble pour 43 millions en 1910.
Malgré l'énormité de ces chiffres, ils sont dépassés par certaines maisons étrangères, venues plus tard à ce genre de commerce, mais qui ont doublé les étapes et démesurément élargi la liste de leurs articles et le champ de leur action. En Amérique, ce sont les Wanamaker, les Masy, les Siegel, les Cooper, les Selfridge, la Marshall Field Company de Chicago. Cette dernière expédie pour un demi-milliard de marchandises par an et dépense, à New- York seulement, 17 millions et demi chaque année en frais de publicité. En Allemagne, on cite les Wertheim, les Leonhard et les Tietz; en Angleterre, le « Bon Marché » de Brixton, Wallis, le grand Whiteley, le « fournisseur universel », dont les magasins couvrent une superficie de 13.000 mètres carrés. A Londres, les grands magasins seuls réalisaient, bon an mal an, vers 1905, une vingtaine de millions de bénéfices.
Les conditions de ce développement sont celles du développement économique en général : capitalisation croissante, industrialisation de la production en masse,
progrès des moyens de transport et surtout des transports urbains. Quant aux causes particulières de leur création et de leur succès, elles se ramènent également à la supériorité des grosses entreprises sur les petites, laquelle même se décompof o en une supériorité d'organisation intérieure et une supériorité dans la concurrence. A la première correspondent trois sortes d'économies : l'économie du travail, obtenue par une subdivision du personnel et une utilisation plus constante de son activité, l'économie d'emplacement et l'économie de capitaux. Pratiquant la vente au comptant, les grands magasins n'exigent qu'un fonds de roulement relativement restreint ; jouissant d'un grand crédit, ils se procurent à bon compte les avances dont ils ont besoin. A la seconde correspond l'économie dans les frais d'achat et de vente : d'achat, parce que ces maisons puissantes dictent leurs volontés au fournisseur auquel elles ne laissent que le bénéfice le plus minime ; de vente, parce que si elles réduisent elles-mêmes leurs bénéfices au minimum, elles le réalisent sur un chiffre d'affaires énorme, en évitant certains frais généraux de publicité et de voyageurs qui grèvent fortement le budget des établissements de moindre importance.
On a maintes fois décrit les procédés qui expliquent leur vogue auprès de la clientèle. Les romanciers ont dépeint la fascination qu'exercent sur les femmes leurs brillants étalages, la profusion des tissus, parmi lesquels elles peuvent librement opérer leur choix, la tentation de leur mille et un articles savamment disposés pour être mis en valeur. Les publicistes ont étudié la psychologie de leurs vendeurs, et la forme donnée à leurs questions pour pousser aux achats. On a vanté et critiqué tour à tour l'art avec lequel sont agencés les comptoirs, aux articles complémentaires, qui permettent de monter une maison de la cave au grenier, tant en meubles qu'en lingerie, literie ou batterie de cuisine. On a com-
plaisamment énuméré la liste de leurs rayons. Whiteley, par exemple, dans ses 115 departments^ débite, à côté de ce que vendent à Paris le Bon Marché ou le Loiwre, tout ce qui concerne l'alimentation. Il s'est fait agent de voyage, de théâtres, de location et de vente d'immeubles, assureur et banquier, pharmacien et coiffeur, et prenant l'homme à sa naissance en lui fournissant sa layette, il le suit à son mariage dont il prépare le repas, fournissant à la fois les cuisiniers, les serviteurs et les convives, et l'accompagne à sa demeure dernière en se faisant entrepreneur de pompes funèbres et de monuments funéraires ! Les économistes ont admiré la fraîcheur de leurs marchandises souvent renouvelées, la fixité du prix qui dispense de l'odieux marchandage, la faculté de rendre, la livraison rapide à domicile, l'urbanité et la compétence d'un personnel stylé et intéressé, par la giielte, à multiplier les ventes.
Les adversaires ont montré le revers de la médaille, parfois en l'exagérant : inconvénients pour la clientèle, attirée par la fausse réclame ; séduite par un prix artificiellement réduit, — la pratique des 0 fr. 95, 1 fr. 95 et 2 fr. 90 ; — trompée par la mise en vente de soi-disant coupons taillés dans des pièces neuves ; incitée par l'article-réclame sacrifié à acheter l'article courant surfait; au goût rabaissé par des marchandises sans cachet personnel, fabriquées à milliers d'exemplaires et sans art ; induite en tentation par les étalages et la facilité du vol; — inconvénients pour le personnel : surmené, exploité, exposé à la corruption, à la promiscuité, et à l'immoralité; — inconvénients pour les fournisseurs, surtout pour les petits fabricants, odieusement pressurés par le grand magasin tout-puissant \
Mais toutes ces plaintes n'ont servi de rien. Les me-
' Cf. notaiument Hector Lanibrechts. Les grands magasins et les coopératives de consommation au point de vue des classes moyennes. Paris, Rousseau, 1913.
sures fiscales, prises en maint pays à l'instigation du petit commerçant, électeur influent, faisant appel à l'intervention de l'Etat, quitte à protester d'autres fois contre elle, n'ont abouti à aucun résultat. Plus que les petits détaillants, les grands magasins représentent le progrès et leur clientèle sans cesse accrue se recrute parmi les classes moyennes elles-mêmes, chez les protestataires les plus acharnés contre leur succès. Ce sont eux qui, pour la masse de ces consommateurs, créent la mode, devancent ses goûts, lui donnent ce qu'elle peut désirer et réalisent de grosses ventes à petit bénéfice, grâce à leurs achats directs au producteur.
A côté du grand bazar, du grand magasin, aux multiples rayons, les grandes maisons de spécialités, — alimentation, chaussures, épicerie, vêtements, — ont pris un développement rapide. Deux systèmes l'ont facilité : 1° le rayonnement par la visite du client et la livraison à domicile ; 2° l'expansion par la multiplication des succursales dans les divers quartiers d'une très grande ville ou dans les diverses localités d'une région ou d'un pays.
Le commerce de l'alimentation revêt la première forme en Angleterre et aux Etats-Unis, où les commis vont, de porte en porte, prendre les commandes immédiatement livrées. En dehors des ventes opérées dans leurs somptueux locaux, les grandes épiceries parisiennes pratiquent également la livraison en ville et dans la banlieue. Pour débiter du café, du tapioca, du chocolat et jusqu'à l'article de bazar, les 3.000 voitures du « Planteur de Caïiïa ))^ et les 1.000 véhicules des 250 succursales de la maison Debray parcourent la France entière. Le roulottier rappelle, de la sorte, le porte-balle du temps jadis et soulève les mêmes récriminations des commerçants établis.
1. Devenu aujourd'hui Y Anrilo-Continental Supply Company, employant 15.000 personnes, faisant près d'un million d'ailaires par jour et réalisant 4.260.000 francs de bénéfices nets.
LE COMMERCE DE DÉTAIL 3i5
Le commerce de nouveautés a, de son côté, joint à ses affaires sédentaires la vente par catalogues, sur prospectus ou à l'aide d'agents locaux, qui centralisent les commandes et les distribuent grâce aux colis postaux. C'est ainsi que le Department Store de Chicago fait ses 500 millions d'affaires uniquement par correspondance et inonde de ses articles tout l'ouest américain.
Mais pour ie petit commerce local, la forme la plus moderne et la plus périlleuse du grand commerce de détail, ce sont les établissements à succursales multiples. Comme les grands magasins proprement dits, ils ont commencé par se limiter à certaines spécialités. Dans l'alimentation, on voit en Angleterre, Spiers et Pond, Slater's, Lockhart, A. B. C. et Lyon's à Londres, avec leurs boutiques toutes proches les unes des autres, et les 400 magasins d'épicerie de Lipton's Limited. En France, se sont multipliées les filiales de Potin, alimentées par la maison-mère et tenues de s'approvisionner chez elle ; les épiceries confiées à des gérants : l'Alimentation Stéphanoise et ses 300 succursales, les maisons bleues, les familistères, etc. A Paris, on rencontre de nombreux restaurants Duval et Chartier établis dans les quartiers les plus propices, et à tous les coins de rue des sociétés laitières, viticoles, vinicoles, etc. Dans le tabac, à Londres, flamboie à chaque carrefour la devanture rouge d'un débit Salmon and Gluckstein. Dans la chaussure, Freeman et Wells couvrent l'Angleterre de leurs 400 succursales, comme les magasins Raoul ou de Vincroyable en France.
Depuis, les maisons à succursales multiples ont envahi progressivement tous les domaines. Leurs bazars, véritables emporiums, reproduisant en petit les immenses magasins de Paris, se répandent dans toutes les villes de
province de grande et moyenne importance. Même quand ces bazars ne sont pas leur propriété, des contrats les obligent souvent à s'approvisionnera la Société pourvoyeuse. Tel est le procédé en usage notamment aux « Nouvelles Galeries » et à « Paris-France », dont le nom brille au-dessus des vastes bâtisses où l'on vend un peu de tout. Les premières réalisaient 4.700.000 francs de bénéfices en 1900 et 8.750.000 en 1910.
Enfin, longtemps isolé, à la merci du commerçant, uniquement avide de bénéfices, le consommateur, à son tour, a compris tout ce qu'il pouvait puiser de force dans l'association et l'achat en commun. Du jour oîi les Equitables Pionniers de Rochdale, dont l'histoire a été tant de fois redite, nourris de la lecture d'Owen, mirent cette simple idée en pratique, la coopérative de consommation était fondée avec tous les caractères que revendiquent pour elles ses adeptes : vente au comptant, vente au prix de détail pour réaliser des bénéfices ou bonis, répartis entre les sociétaires acheteurs au prorata de leurs achats, affectation d'une portion de ces bonis à des œuvres d'utilité sociale. Plus ou moins déformées, ouvertes à tout venant ou réservées à leurs seuls membres, leur succès a été aussi grand que rapide. Les 28 Pionniers de 1844, qui avaient péniblement amassé 700 francs, étaient 600 en 1850, possédant 57.000 francs de capital et faisant 325.000 francs d'affaires. Aujourd'hui, ils sont 12.000 et vendent pour 8 millions de produits. Leur exemple a été suivi. L'Angleterre, le berceau de la coopérative de consommation, comptait, en 1910, 1.421 sociétés avec 2 millions et demi d'associés représentant — leur famille comprise — une dizaine de millions de coopérateurs. Ces sociétés avaient un capital-actions de 800 millions de francs ; elles faisaient 1 milliard
800 millions d'affaires et répartissaient à leurs membres 275 millions de bénéfices. Poussant plus loin le principe coopérateur, elles se fédéraient en de vastes centres d'achat en commun, wholesales ou magasins de gros de Glasgow et Manchester, qui fournissent à leurs adhérents pour près de 1 milliard de marchandises, occupent environ 25.000 ouvriers ou employés et, continuant l'œuvre si bien entreprise, produisent directement dans leurs usines, ateliers et moulins, 200 millions d'articles, tandis que leurs banques accusaient un chiffre d'affaires annuel de 2 milliards.
Sans être parvenues à ce degré d'organisation, les sociétés de consommation — dont on peut rapprocher les coopératives d'achats en commun, agricoles ou autres — voient rapidement croître leur nombre en Allemagne 1, (3,528 sociétés, 1.310.000 membres, 500 millions de vente), en Russie, en Autriche, en Italie, au Danemark, en Belgique, dont la « Maison du Peuple » de Bruxelles et le « Vooruit » de Gand ont une réputation universelle et en France, où, en 1912, 2.875 sociétés de consommation, avec 857.000 membres, faisaient pour 293 millions de francs de ventes. Dans le monde entier, le nombre des sociétés était évalué, en 1908, à 13.000, comptant 5 millions et demi d'adhérents, — soit une vingtaine de millions avec les familles des coopérateurs — et vendant pour 2 milliards et demi de produits de toute espèce.
Certes, il y a loin de ces chiffres à l'idéal de transformation sociale que rêvent les ardents apôtres du coopératisme. La coopération se borne pour l'instant aux avantages certains qu'elle oppose aux excès de la libre concurrence des petits détaillants. Elle ignore la fraude, la sophistication des denrées, le tapage de la réclame et ses frais énormes, et facilite « l'épargne par la dépense ».
1. L'Allemagne compte la plus grande coopérative du inonde, celle de Breslau, avec 80.000 adhérents.
Arrivera-t-elle à rélimination progressive des marchands, à l'absorption des entreprises industrielles, au parfait équilibre de la production et de la consommation par l'élévation du consommateur au rôle de directeur de la production, voire même à la simple absorption des fonctions commerciales ? Ce ne sera sans doute pas là l'œuvre d'un avenir immédiat. Certains pays, certaines classes y sont réfractaires. En France, elle souffre de tous les vices des démocraties et elle est en lutte avec les grands magasins sous leurs nouvelles formes. Certains commerces lui sont fermés, et si merveilleux que son brillant passé puisse faire entrevoir l'avenir de la coopération, il parait difficile d'en faire l'unique forme du commerce futur.
Le dernier venu des adversaires du petit commerce, le municipalisme^ ne paraît pas, pour l'instant, très redoutable, malgré son rôle économique actif. Il a contre lui la forme démocratique qui, tout en demandant à l'Etat la satisfaction d'un nombre croissant de besoins, répugne à se laisser déposséder. Or le municipalisme, intervention grandissante des municipalités dans le domaine économique, a surtout jusqu'à présent consacré son activité à des services publics, enlevés à des concessionnaires : fourniture de gaz, d'eau, d'électricité, voirie, transports en commun, vidanges, caisses d'épargne, habitations à bon marché, abattoirs, lavoirs, etc. Quelques villes à peine, citées comme exemples, possèdent des boulangeries, des boucheries, des pharmacies, des pêcheries ou des viviers municipaux. De sorte que si la police du commerce d'alimentation va se perfectionnant, luttant contre la fraude, l'accaparement et la hausse exagérée des prix par la taxation; si l'Etat a monopolisé, dans un but fiscal pkis ou moins avoué, le commerce des tabacs, des poudres, des allumettes ou
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de l'alcool, toutes ces manifestations de la régie directe menacent faiblement, à l'heure actuelle, le commerce de détail proprement dit.
Ce dernier conserve d'ailleurs une forte dose de vitalité qu'il doit à son utilité. Partout où la simplification ou la concentration trouvent à s'employer, elles font leur œuvre et l'éliminent. Mais certains domaines où l'individualité, l'originalité, tiennent une grande place, où la vente est aux mains de l'artisan écoulant lui-même ses produits, certains commerces minuscules que chacun a besoin d'avoir à sa portée, lui permettront de survivre et de se développer. Dans le chaos parfois contradictoire des statistiques, exploitées à diverses fms, on ne constate guère en France de fléchissement du nombre des petits établissements comptant de 1 à 5 salariés. Ils constituent, à dix ans d'intervalle, sensiblement la moitié du total : 53,3 en 1896, 54,4 p. 100 en 1906. En Allemagne, le nombre s'accroît de 33 p. 100 de 1895 à 1907 et leur personnel augmente de 36,3 p. 100 ; mais les chiffres correspondants des établissements moyens (6 à 50 salariés) grossissent de 55 et 69 p. 100 et ceux des grands établissements (occupant plus de 51 salariés) croissent de 195 et 206 p. 100. Toutefois, l'accaparement des affaires par les grandes maisons ou les coopératives n'est nullement aussi considérable qu'on serait tenté de le croire. En 1900, on évaluait à 17 p. 100 du commerce analogue à celui qui s'y pratiquait la part des grands magasins parisiens et, en Allemagne, on estime que le chiffre d'affaires des grands bazars ne représente guère plus de 1 et demi p. 100 de l'ensemble du commerce.