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III. — Les bourses et les marchés financiers

L'organisation des bourses varie, comme celle des banques, d'un pays à l'autre, et des projets de réforme, en ce domaine aussi, se font jour de temps en temps. Nous ne saurions envisager ici ces divergences de législation ou d'organisation, ni ces projets d'intervention, qui relèvent plus encore de l'étude du droit commercial que de celle de l'économie politique. Ce régime des bourses ne s'est d'ailleurs pas modifié d'une façon appréciable depuis la fin du xix^ siècle. Il nous suffira d'indiquer, dans ce chapitre final, les principaux caractères qui déterminent la physionomie des grands marchés financiers.

Le marché de Londres, bénéficiant d'une forte organisation traditionnelle et du rôle de la capitale britannique dans les transactions internationales, conserve une importance digne de la situation qu'il s'était faite dans la première moitié du xix® siècle. Il est encore le plus remarquable par le nombre et la variété des titres qui s'y négocient : on y compte 4.400 valeurs admises à la cote officielle et un nombre au moins égal de valeurs qui n'y sont pas admises ; et l'on y voit, à côté du consolidé anglais ou des actions des plus puissantes entreprises, les fonds d'Etat les plus exotiques et les actions des plus modestes industries. Le marché de Londres est resté le plus international des marchés financiers, et celui qui fait le plus de crédit à l'extérieur : d'après les études les plus récentes, la proportion des valeurs étrangères souscrites par son intermédiaire serait de 60 p. 100, alors que la proportion des valeurs étrangères souscrites en France n'atteindrait pas 40 p. 100 des placements nationaux.

Cependant, le marché de Paris a aujourd'hui une puissance d'émission sensiblement égale à celle du marché

de Londres. Ses émissions annuelles atteignent actuellement environ 5 milliards, dont plus des quatre cinquièmes appartiennent à la bourse officielle et le reste à la coulisse. Le marché de Paris jouit, d'ailleurs, d'une stabilité plus grande que le marché de Londres, parce que les capitaux liquides sont plus abondants et que la Banque de France, disposant d'une encaisse beaucoup plus large que la Banque d'Angleterre, est moins souvent contrainte de relever le taux de son escompte et de resserrer son crédit. Mais la cote du marché de Paris est beaucoup moins variée que celle de Londres. Toutefois elle comprend surtout, elle aussi, beaucoup de titres étrangers, principalement des fonds publics, et le marché financier de Paris est, avec celui de Londres, un marché essentiellement créditeur.

Le marché de Berlin, un peu entravé, semble-t-il, dans son développement par la loi sur les bourses de 1897, a cependant pris, dans la seconde moitié du xix^ siècle, une importance qui va s'accentuant au début du xx*^ siècle. A l'encontre du marché français, c'est un marché qui alimente surtout les valeurs nationales et industrielles. Le marché de New- York présente des caractères analogues. Parmi les marchés prêteurs, il ne reste guère à citer que ceux de deux petits pays très riches, les marchés de Bruxelles et d'Amsterdam. Les autres grands marchés, ceux de Saint-Pétersbourg, Vienne, Rome, Madrid, sont plutôt des marchés débiteurs, en d'autres termes des marchés qui ne peuvent même pas absorber tous leurs titres nationaux. Cependant il faut noter que depuis quelques années ils tendent les uns et les autres, grâce au progrès de l'épargne nationale, à rapatrier progressivement une partie de leurs propres fonds publics.

Le début du xx^ siècle n'a pas, depuis la liquidation de la crise allemande de 1900-1902, encore éprouvé de perturbation très générale comme il y en avait eu au

xix^ siècle. En 1907, a éclaté aux Etats-Unis une crise qui a été aggravée, sinon causée, par la mauvaise organisation bancaire américaine. L'Europe en a subi le contrecoup, en ce sens que les affaires s'y sont ralenties en 1908, mais elle n'a pas été, à proprement parler, entraînée dans la crise. Actuellement le monde entier semble être dans une période d'essor analogue à celles qui ont, au cours du siècle passé, précédé les grandes crises. Mais la nature purement historique de cet exposé nous dispense de formuler des pronostics, que l'état de la science économique ne permettrait d'ailleurs pas de formuler en toute assurance.

A CONSULTER

U.-G. liÉvY. — Banques d'émission et trésors publics. Paris, Hachette, 1911.

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