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LE LIVRE DE CHIRURGIE DENTAIRE

Le livre spécialement consacré à la chirurgie dentaire n’existe pas dans la période historique que nous avons examinée, ou du moins il n’est pas parvenu jusqu’à nous.

Nous avons vu se succéder une longue suite de praticiens occupant dans les diverses civilisations que nous avons passées rapidement en revue des fonctions plus ou moins spécialisées, mais sans grand lien les uns avec les autres.

Leurs travaux, leurs découvertes, leurs perfectionnements étaient perdus, la plupart du temps, pour leurs successeurs; il ne s’en transmettait qu’une faible partie. Il y a peu de différence entre une époque et une autre, entre une civilisation et celle qui suit, malgré les siècles qui les séparent. C’est par l’empirisme et la routine que s’exerçaient les diverses pratiques qui constituaient alors la fonction de chirurgien-dentiste; c’est par la tradition orale, familiale, qu’ils se les transmettaient.

A peine quelques ouvrages de médecine recueillaient-ils, en des chapitres restreints, résumés, les principaux de ces procédés pratiques, leur donnant ainsi une sorte de consécration de la science naissante.

Ils ont aidé à leur transmission à travers les âges, mais ils ont été tout à fait insuffisants pour constituer un véritable enseignement à leur époque.

Nous avons vu qu’au xvi® et au xvii® siècle l’art dentaire commence à prendre une importance plus grande et une forme plus scientifique. Lesperfectionnements s’ajoutent aux

perfectionnements. Les chirurgiens, qui, comme nous le dit le D*’ Ha-MOnic, faisaient un peu de tout, se spécialisent après avoir été barbiers-chirurgiens : les uns s’occuperont plus particulièrement de la grande chirurgie, d’autres feront les saignées, seront lilhotomistes, d’autres chirurgiens-oculistes, d’autres enGn exclusivement chirurgiens-dentistes.

Enfin, après les grands ouvrages de chirurgie, comme ceux d’Ambroise Paré, qui résument les connaissances à cette époque de la Renaissance, quelques ouvrages spéciaux paraissent ; «l’Anatomie, » d’Urbain HÉMARD,enlo53, le livre de Martix sur les soins à donner aux dents, préparant ainsi lentement l’évolution scientifique.

« Je tâcherai surtout de vous montrer les efforts de vos prédécesseurs immédiats, des créateurs de votre littérature professionnelle, les dentistes français du xvu® siècle ; avant eux, il y avait des médecins ou des chirurgiens qui s’occupaient accidentellement des maladies de la bouche ou des dents, des constructeurs d’instruments qui, dans plus d’un cas, fabriquèrent des appareils prothétiques rudimentaires, mais il n’y avait point de dentistes. Depuis, au contraire, vous avez vos livres, vos méthodes, votre autonomie scientifique (1). »

Mais, comme nous l’avons dit au commencement de ce chapitre, il faut arriver au xviii® siècle pour voir les débuts d’une période nouvelle pour l’art dentaire, avec l’édit de mai 1699, qui légalise en France la situation des chirurgiens-dentistes ou experts-dentistes, distincte de celle des médecins, des chirurgiens et des barbiers-chirurgiens ; avec la publication, en 1728, du premier ouvrage spécial à l’art dentaire : « le Chirurgien-Dentiste ou Traité des dents, » de Pierre Fauchard. Sans doute on ne peut pas dire encore que la science odon-

(l) D. L. Thomas, Conférence sur le passé de l’Odontologie faite à l’ouverture de l’École Dentaire libre de Paris, le. 14 novembre 1880.

tülogique est créée; on verra qu’il faut attendre un siècle pour cela (1839), jusqu’à la fondation de l’École de Baltimore; mais ce n’est plus l’art progressant par empirisme, se transmettant par tradition verbale; le livre est le premier degré de l’enseignement scientifique, comme nous l’avons dit précédemment.

A partir de cette époque, nous trouvons en France, puis à l’étranger, une longue liste de livres consacrés à l’art dentaire. Les uns sont des traités complets, embrassant toutes les connaissances du dentiste à cette époque; les autres sont des monographies ayant trait à une partie seulement de la science odontologique, mais ils sont le plus souvent écrits par des hommes qui se sont spécialisés dans l’étude ou la pratique de la dentisterie et nous apportent le fruit de leurs travaux, de leurs expériences. Ils constituent véritablement pour le jeune chirurgien-dentiste la première partie d’un enseignement professionnel qui ira en se développant, en se complétant, en se multipliant jusqu’au point de richesse et de variété que l’on constate de nos jours dans les bibliothèques profession-? nelles de nos Écoles Dentaires.

Puis au livre spécial viendra bientôt 's’ajouter la revue, le journal. Le livre sert à transmettre aux jeunes, pour leur enseignement, l’état des connaissances d’une époque; la revue et le journal vont servir à faire connaître aux contemporains les découvertes, les procédés nouveaux. Grâce à eux, il ne faudra plus deux siècles pour qu’une découverte, comme l’empreinte à la cire, comme l’emploi de l’or pour les obturations, soit connue de tous les praticiens, comme nous l’avons vu précédemment.

Le livre, la revue périodique, le journal professionnel vont constituer les premiers agents de l’évolution scientifique de l’odontologie. Nous allons passer en revue ceux qui ont le plus contribué à cette évolution, de 1728 à 1839.

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