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LES SUCCESSEURS IMMÉDIATS DE FAUCHARD

Gérauldy, à la fin de son ouvrage, publié en 1737, parle d’une « demoiselle Gallais » comme étant son élève et à laquelle il aurait laissé certaines recettes d’élixirs. C’est là le premier nom de femme dentiste qui nous soit signalé. Au siècle précédent, un édit défendait aux femmes l’exercice de cette profession.

Bünon, en 1741,publieun premier ouvrage intitulé : « Préjugés concernantles mauxdedents des femmesgrosses,»puis en 1743 et en 1746, il fait paraître deux nouveaux volumes. Dans le premier, « Essay sur les maladies des dents, » il s'étend longuement sur l’éruption des dents chez les enfants.

Lécluse, en 1730, dans son ouvrage intitulé : « Nouveaux éléments d’odontologie, » fait quelques observations sur le développement des dents. Il modifie avantageusement plusieurs instruments en usage avant lui et il nous apprend qu’il a acquis une partie de son expérience dans une longue pratique aux armées. Il fut étroitement lié avec Voltaire, qui en parle souvent et en termes très flatteurs. Nommé dentiste du roi de Pologne, Léclüse, resté toujours quelque peu bouffon, disait en plaisantant qu’il avait été nommé à cette place le jour où Sa Majesté perdit sa dernière dent.

Jourdain, élève de Lécluse, dans ses « Essais sur la formation des dents » (Paris, 1776), expose le processus du développement de ces organes, basé sur des recherches approfondies. Toutefois, il semble avoir eu une certaine prédilection pour l’étude des maladies du sinus maxillaire. Pour lui, l’infection de cette cavité ne se fait pas par la bouche, mais par le nez, même quand une extraction a créé une voie d’accès directe. Il expose une théorie d’après laquelle les dents symétriques des deux maxillaires sont souvent malades en même temps. Il eut une querelle célèbre avec son confrère Mouton sur la

priorité de l’emploi de la luxation comme moyen de guérison d’une dent douloureuse, moyen déjà recommandé par Foryt au XVI® siècle.

Bourdet, en 1757, publie deux volumes : « Recherches et observations sur toutes les parties de l’art du dentiste. » Peu de temps après, en 1760, paraît un deuxième ouvrage bientôt suivi d^un troisième et même d’un quatrième, paru en 1782. Ces derniers ouvrages s’adressent plutôt au public et ont trait, en général, à l’hygiène dentaire.

Bolrdet doit être placé sur le même rang que Jourdain, car il a contribué, lui aussi, à faire faire un grand progrès à son art.

Au sujet des obturations, Bourdet semble être très partisan de l’emploi de l’or. Il est certainement le premier qu* ait entrevu l’adhésivité de l’or et qui ait employé cet or d’une façon raisonnée.

La prothèse de Bourdet est beaucoup plus perfectionnée que celle de Fauchard. Tl combine des bases d’ivoires d’hippopotame avec des dents naturelles incrustées; il emploie l’émail rose pour les gencives artificielles et il propose aussi des plaques d’or comme base de dentiers. Il imagine les vis pour les dents à pivot. Pour éviter les fluxions que ces dernières occasionnent, il conseille de porter dans le canal dentaire, avant de le forer, une aiguille rougie, qu’on fait pénétrer dans toute la profondeur de laracine.il perfectionne aussi les obturateurs qu’il retient par des fils aux autres dents.

C’est dans lelivrede Bourdet: « Soins faciles pour la propreté de la bouche » (1771), que nous trouvons la première mention de l’implantation.

Nous devons citer, pour être complet, quelques noms d’auteurs dont les ouvrages offrent un intérêt secondaire, tels que Hérissant (1758) « Nouvelles recherches sur la conformation de l’émail des dents et celle des gencives »; Duchemin (1759)

« Sur la carie des dents de lait »; Beaupréau (1769) « Sur les maladies du sinus maxillaire, » etc.

La dent artificielle de porcelaine. — Nous trouvons, en 1776, des publications qu’il faut souligner. Ce sont: une communication à l’Académie de chirurgie sur les dentiers de porcelaine, due à Duchateau, apothicaire à Saint-Germain en-Laye; puis, peu après, une autre communication à l’Académie de chirurgie et à la Société royale de médecine, sur les dents de porcelaine, due à Duchateau et Dubois de Chémant, ce dernier dentiste à Paris.

En 1788, dissertation sur les avantages des nouvelles dents et râteliers artificiels incorruptibles et sans odeur, inventés par Dubois de Ghémaxt, suivie d’une réfutation sommaire des assertions avancées par Dubois-Foucou dans sa lettre aux auteurs du Journal de Paris, du 18 mai (1788).

Enfin, deux autres publications en 1790, sur les dents artificielles et, en 1797, sur les dents artificielles en général, toujours par Dubois deGhémant.

Ges diverses publications se rapportent toutes à une découverte qui devait révolutionner l’art dentaire et transformer la prothèse : la dent artificielle miné raie, la dentartificiellede porcelaine. Cette importante découverte est due à Duchateau.

Duchateau, après quelques essais insuffisants, s’adressa à Dubois de Chémaxt, dentiste à Paris. De nouvelles tentatives furent faites, en modifiant la composition de la pâte de porcelaine à laquelle ils ajoutaient une certaine quantité de terre de pipe et d’autres terres colorantes, ce qui permit de cuire ces nouveaux appareils à une température beaucoup plus basse, obtenue au moyen d’un feu de moufles. Après plusieurs tâtonnements, ils finirent par obtenir une pièce d’un blanc gris, légèrement jaunâtre et ayant très peu de retrait; ce fut celle qui s’adapta le mieux sur les gencives et dont il fut fait usage.

Ea 1776, Duchateau communiqua ce nouveau procédé à l’Académie royale de chirurgie de Paris, qui prit son invention en considération, le remercia et lui accorda les honneurs de la séance.

Dubois de Chémant, se séparant de Duchateau, se mit de son côté à travailler seul cette question. 11 apporta de profondes modifications à sa pâte, en y incorporant du sable de Fontainebleau, de la soude d’Alicante, de la marne, de l’oxyde rouge de fer et du cobalt. Il confectionna ainsi des dentiers dont plusieurs furent portés. Ces appareils n’étaient, pour la plupart, que des pièces partielles de quatre ou cinq dents et dont nous possédons des spécimens au musée de l’École Dentaire deParis. Douze ans plus tard environ, c’està-dire vers 1790, il obtint de Louis XVI un brevet d’invention. Duchateau fut donc ainsi dépossédé de son droit d’invention, malgré un procès intenté à Dubois de Chémant.

Peu de temps après. Dubois de Chémant porta sa nouvelle invention à Londres, où il obtint, le 11 mai 1791, une patente pour quatorze ans. Les nouvelles dents en pâte minérale eurent d’abord une grande vogue, qui ne fut que momentanée, car peu de temps après elles furent en grande partie délaissées. D’après Maury, en 1814, les dents minérales étaient complètement discréditées en Angleterre, malgré les grands perfectionnements apportés à leur fabrication. Il essaya de convertir Parmly et le décida à employer les nouvelles dents incorruptibles.

En 1789, Dübois-Foucou, dentiste du roi, fabriqua également des dents minérales à peu près semblables.

En 1808, Fonzi, dentiste à Paris, eut le premier l’ingénieuse idée de cuire la pâte, en y incorporant au préalable de petits crampons en platine qui devaient servir ensuite à souder des pattes de scellement pour fixer les dents sur des bases d’ivoire d’hippopotame. 11 trouva également, le premier.

le moyen d’imiter cette demi-transparence que possèdent les dents humaines et présenta la même année à 1’ « Athénée des arts » ses nouvelles dents, qu’il qualifia de terro-métalUques. Une médaille d’or et une couronne lui furent décernées.

Dubois-Foucou est le premier qui ait rendu ses différents procédés publics.

Gariot, dans son ouvrage publié en 1805, regrette de ne pouvoir indiquer la composition employée pour la fabrication des dents minérales parce qu’il s’est engagé à ne pas publier le secret qu’il a acheté à Dlbois de Chémant ; mais il engage vivement ce dernier à ne pas tarder plus longtemps à faire connaître la composition de ses dents, qui n’ont encore été jusqu’à présent que mal imitées.

La maison Claudius Ash, de Londres, est peut-être la première qui, en Europe, fabriqua en grand des dents minérales. En effet, lorsque de Chémant, pour fuir les attaques incessantes dont il était l’objet, quitta la France, il se fixa à Londres, à Frith Street (Soho), tout près de la maison G. Ash. De Chémant fut bientôt en rapport avec le directeur qui, ayant la fortune et les moyens industriels voulus, étudia cette nouvelle industrie. Après de nombreux essais, la maison Ash, dès 1837, putlivreràl’art dentaire des dents d’un aspect et d’une forme acceptables. Enfin des perfectionnements successifs ont été continués jusqu’à nos jours et ont fait de cette maison la fabrique la plus importante de l’Europe. A cette même époque, en 1817, Planton, dentiste français, importait aux États-Unis les premières dents minérales, mais ce n’est que sous la direction du D’’ White, en 1846 environ, que cette industrie nouvelle pritun développementconsidérablequi, se continuant d’année en année, a fait, de nos jours, de l’établissement White la fabrique la plus importante du monde (1).

(1) Lemerle, loc. dt.

L. Laforgue, chirurgien-dentiste à Paris, est un des meilleurs auteurs du commencement du siècle. Il débute en 1800, en ^nhWdi'ai Dix-s ept articles relatif s aux maladies des dents.

Jacques-René Duval (1759-1854), chirurgien et membre de l’Académie de médecine, s’adonna complètement à l’art dentaire après la Révolution. Il fut un des écrivains les plus féconds de son temps ; ses œuvres furent publiées de 1790 à 1840, mais beaucoup sont très littéraires et semblent plutôt s’adresser au public. Il publie en 1799 une étude historique déjà citée.

Gariot, chirurgien-dentiste à Paris, publie, en 1805, un « Traité des maladies de la bouche ù. Après avoir passé en revue toute l’anatomie de la tète, il décrit toutes les affections qui peuvent survenir dans la bouche et ses annexes. Il croit que le tartre est sécrété par les alvéoles, et, pour lui, l’érosion n’est qu’une sorte de carie qui survient dans le rachitisme. Il conseille, dans les redressements par luxation, d’attacher la dent au collet avec un fil, pour y provoquer de l’inflammation,afin de pouvoir plus facilement luxer la dent sans la casser. Gariot ne croit pas au succès de la réimplantation, car il n’a vu qu’un seul exemple suivi de succès. Il préfère le pélican à la clef de Garengeot, à laquelle il reproche de prendre son point d’appui sur la dent même qu’on veu^ extraire, tandis que le pélican prend le sien sur un point plus éloigné, et il parle d’une plaque mobile placée sur la gencive et destinée à amortir la pression de la roue du pélican.

Il décrit un obturateur présenté à la Faculté de médecine : c’est le premier obturateur portant un voile du palais articulé et une luette mobile permettant tous les mouvements de déglutition et aidant à la phonation.

Le D"" Baumes, en 1806, fit paraître un livre important (340 pages) « Traité de la première dentition et des maladies qui en dépendent »,dont le sujet avait été mis au con-

cours par la Société royale de médecine en 1781. Le D’’ Baumes remporta le premier prix à ce concours, mais il ne publia son manuscrit qu’en 1806.

Jourdan et Maggiolo, le premier médecin, le second chirurgien-dentiste,publièrent en 1807, à Nancy,le «Manuel de l’art du dentiste». Cet ouvrage, traitant presque uniquement de la technique dentaire, est assurément le premier ouvrage conçu dans cet ordre d’idées qui ait paru en France ou à l’étranger.

Très détaillé, très précis, ce livre a dû être très certainement, à son époque, d’un très grand secours pour l’étude de la technique de la prothèse.

C’est un ouvrage qui contient de nombreux procédés nouveaux pour la construction, le maintien et l’application, qui montrent queMAGGiOLO était lepremierprothésistedeson temps.

Delabarre, dont le père était dentiste à la cour de Suède, publie, en 1815, un excellent livre « Odontologie ou observations sur les dents humaines, suivies de quelques idées nouvelles sur le mécanisme des dentiers artificiels ». Il s’occupe longuement des accidents de dentition et il attache son nom à une spécialité pharmaceutique qui a subsisté jusqu’à nos jours (sirop Delabarre).

Il parle des dents minérales qu’il cherche à perfectionner avec ses contemporains, mais il préfère jusqu’à nouvel ordre les dents naturelles montées sur ivoire d’hippopotame.

Delabarre fait aussi des remarques très judicieuses sur les dents à pivot. Il critique les pivots en pointe, préconise ceux qui sont parfaitement cylindriques et signale l’emploi du pivot creux.

Il imagine de nombreux appareils de redressement. Il publie en 1819 un «Traité de laseconde dentition » et, en 1820, un ouvrage plus important encore. Il croit comme GARiorquc le tartre est une sécrétion des gencives.

Ricci publie en 1816 un « Mémoire sur les denfs raciformes ou raxisubériques ». Il reconnaît les inconvénients des dents à pivot qui laissent les racines se carier, et il confectionne une armature s’adaptant àla racine où se trouve fixée la dent.

Serres, en 1817, publie « Essai sur l’anatomie et la pathologie des dents ». Il attribue aux glandes salivaires la sécrétion du tartre dans la vieillesse.

L. Regnart, dans un de ses mémoires, modifie le métal Darcet en ajoutant à sa composition un dixième de mercure, ce qui en abaisse le point de fusion à 68°. Il propose, lorsqu’une racine est fortement cariée, de l’obturer d’abord avec son métal, puis d’y placer une dent à pivot : l’union du pivot et de l’amalgame est alors si intime qu’ils ne forment plus qu’un seul corps. En 1840, il publia un traité assez remarquable sur la carie.

Maury, dentiste de l’École polytechnique, publie plusieurs ouvrages : en 1820,1e «Manuel des dentistes pour l’application des dents artificielles incorruptibles »; en 1822, une autre brochure, et en 1828 un « Traité complet de l’art du dentiste ». Ce livre, très explicite et orné de nombreuses gravures, a dû être d’une grande utilité à son époque pour la prothèse. Il admet la classification de la carie de Düval, divisée en six classes : carie calcaire, écorçante, perforante, charbonnée, diruptive, stationnaire et simulant l’usure. Le traitement indiqué n’a rien d’original. Maury paraît très partisan de la dent minérale, qu’il conseille de faire soi-même. Il donne un historique complet et une longue description de la fabrication de ces nouvelles dents, et il publie plusieurs observations de réimplantation.

Toirag, dans sa thèse de doctorat, en 1823, étudie les dents considérées sous le rapport de la santé, de la physionomie, delà prononciation. Pour la première fois, il désigne la chute prématurée des dents sous le nom de pyorrhée interalvéolo-

dentaire. Il a également écrit un mémoire excellent sur l'éruption difficile de la dent de sagesse inférieure.

En 1825, Catalan, dentiste à Paris, imagine le plan incliné pour le redressement des dents.

Taveaü, en 1826, propose Tamalgame d’argent pour les obturations. En 1827, il publie : « Conseils aux fumeurs sur la conservation de leurs dents. » Il ne croit pas que le tabac provoque la carie. Enfin, en 1837, il fait paraître une « Notice sur un ciment oblitérique pour arrêter et guérir la carie des dents ».

Marmont, dentiste-poète, fait paraître, en 1823, un poème en quatre chants sur l’« Odontotechnie, oul’Art du dentiste».

Rousseau, en 1827, écrit une « Anatomie comparée du système dentaire chez l’homme », qu’il dédie à Cuvier.

Raspail, en 1839, signale le premier la cause parasitaire de la carie.

Lefoulon publie, en 1839, dans la Gazette des Hôpitaux, une série d’articles sur l’orthopédie dentaire. Il croit à la possibilité de remédier à l’atrésie des maxillaires, en pratiquant leur extension au moyen d’appareils appropriés. En 1841, il fait paraître un « Nouveau traité théorique et pratique de l’art du dentiste», où il n’admet pas, pour les redressements, la luxation ou la rotation sur l’axe. Il préconise un bandeau d’or qui sert de point d’appui pour fixer des fils tirant sur les dents déviées.

Pour l’obturation des dents, il donne la préférence à l’or et nous apprend qu’il est difficile de se procurer de l’or pur à Paris; il préfère celui de Vienne ou des États-Unis. Il donne son mode opératoire pour aurifier. Il croit que le mercure qui rentre dans la pâte d’argent de Taveau ou dans le métal Darget, modifié par Régnart, provoque des inflammations de la gencive.

Il considère la transplantation comme immorale, par ce

fait qu’on achète une dent à prix d’argent, pour la remettre à une autre personne, et le succès de ces opérations ne va pas, pour lui, au delà de cinq ou six ans.

Lefoülon parle, page 275 de son ouvrage, de l’excision du nerf, opération mentionnée, dit-il, dans la Revue médicale, parue en février 1835. Cette opération, proposée par Fatïori, consiste à couper le nerf au moyen d’un trépan et d’aiguilles plus ou moins longues, mais elle a toujours été délaissée par les dentistes, comme étant trop difficile; l’auteur lui-même désespère d’être aussi heureux que Fattori.

Désirabode, en 1843, fait paraître un gros volume de 840 pages, intitulé « Nouveaux éléments complets de la science et de l’art du dentiste ». Après de longs chapitres consacrés à l’anatomie, l’auteur déclare qu’il ne considère pas les dents comme des os parce que les dents ne sont jamais soudées aux maxillaires.

Pour cautériser les dents, après le cautère ordinaire, il propose comme caustique le nitrate d’argent, la potasse caustique, les acides nitriques et sulfuriques, etc. Il indique la manière d’ajuster les dents minérales et exprime le désir de voir la fabrication de ces dents passer entre les mains des spécialistes. Il n’approuve pas l’usage du porte-empreinte et préfère se servir simplement de ses doigts.

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