CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L’ÉCOLE DENTAIRE DE 1838 A
La phase la plus intéressante de l’évolution scientifique de l’art dentaire est évidemment celle où naissent les Écoles dentaires.
Pendant près d’un siècle et demi, de nombreux ouvrages publiés sur l’art dentaire ont instruit une série de générations de praticiens et ont ainsi servi de transition entre la période pratique et la période véritablement scientifique dont ils ont ainsi préparé l’éclosion.
Mais il est intéressant de constater qu’alors que les premiers ouvrages dentaires avaient été publiés en France, que les principales inventions s’étaient faites dans notre pays où la dentisterie brillait du plus vif éclat, au point même de donner lieu à un mouvement d’expansion à l’étranger, il aurait semblé que le mouvement scientifique dût y éclore d’abord. Au contraire, le mouvement s’arrête ; pendant près d’un siècle, il reste stationnaire. Ce sont les États-Unis, où la dentisterie vient à peine d’être importée, qui créent la première école et prennent la tête du mouvement qu’ils gardent pendant près d’un demi-siècle.
Il fallait ce pays de grande liberté et de grande initiative pour créer ce nouveau procédé d’enseignement : l’École pro-
fessionnelle. On était, en France, trop habitué à tout attendre de l’État-providence pour prendre une telle initiative. Notre organisation centralisatrice même au point de vue de l’enseignement le permettait difficilement.
Ce sont les peuples habitués à l’initiative privée qui ont débuté dans cette voie. Ce sont les Anglo-Saxons : les Américains d’abord, les Anglais ensuite. Aussi c’est à nos confrères américains que nous sommes redevables de la plupart des progrès réalisés dans la première moitié de ce siècle; c’est à euxqu’on doit la création des trois organes qui onlfait delà science odontologique une chose tangible: l’École, l’Association, le Journal, comme on le verra plus loin. C’est à Harris et à ses collaborateurs qu’appartient l’honneur d’avoir, les premiers, réalisé cette importante trilogie, sur laquelle repose le progrès moderne : l’école technique, largement ouverte à tous pour remplacer l’apprentissage;l’Association, qui réunit les hommes de la même profession ; le Journal, qui vulgarise les connaissances nouvelles et sert de lien entre tous.
Il a fallu que nous fussions stimulés par le danger que faisait courir aux dentistes nationaux la concurrence des diplômés des écoles américaines et anglaises pour qu’à notre tour nous suivissions le mouvement. Il a fallu aussi les circonstances favorables de lois libérales et d’un gouvernement encourageant l’initiative individuelle des citoyens pour que ce mouvement pût se produire. Mais il répondait à un tel besoin qu’il a été bientôt général et que, dans tous les pays civilisés, l’exemple des Américains a été imité au point qu’au Congrès dentaire international de Paris les écoles étaient au nombre de plus de cent.
Nous allons faire Tbistorique de la création des premières écoles fondées dans les principaux pays.
On verra qu’après la première école créée à Baltimore en
1839, il a fallu près de 20 ans pour qu’il en fût créé une en Angleterre en 1859 et 20 années encore pour que le mouvement se propageât en France par la création, en 1879, de l’École Dentaire de Paris; c’est seulement alors que le nouveau système d’enseignement se répandit plus rapidement dans les autres pays d’Europe, en Suisse, en Allemagne, en Russie, en Autriche, etc.
Ce mouvement de naissance des Écoles Dentaires coïncide partout avec un développement, une activité et des progrès dont l’action s’exerce dans toutes les voies où l’art dentaire peut avoir quelque influence, depuis les perfectionnements les plus modestes de l’arsenal opératoire de la dentisterie et de la prothèse dentaire, jusqu’aux travaux scientiflques les plus élevés, provoquent ainsi la création de journaux, de revues, de livres, de sociétés, de congrès, de réunions professionnelles, sous toutes les formes, mais aussi de nombreuses fabriques de produits et d’instruments dentaires, occupant un nombreux personnel et représentant une activité industrielle et commerciale dont on a souvent apprécié l’importance et que nous ne pouvons passer sous silence, quoiqu’elle soit étrangère à cette étude.
Nous montrerons enfin, dans les chapitres suivants, que dans tous les pays l’incubation de l’École Dentaire a été partout la même ; inspirée par les mêmes pensées, elle a passé par les mêmes phases, elle s’est heurtée aux mêmes difficultés pour arriver aux mêmes résultats. Il s’agissait de remplacer un mode d’étude devenu suranné,l’apprentissage; d’éviter à ceux qui embrassaient la profession les difficultés par lesquelles on avait passé soi-mêmeà ses débuts, de les mieux préparer à leur devoir professionnel dans l’intérêt public; ce mouvement a été inspiré partout par le même désir de relèvement moral, scientifique et social du chirurgien-dentiste.
On verra aussi, par les résultats obtenus, que le but de la
réforme que s’étaient proposée partout les fondateurs a été atteint dans tous les pays. On verra même, non pas qu'il a été dépassé, mais qu’il a permis de réaliser des espérances, des rêves, pour lesquels il semblait qu’il fallût un temps considérable, comme les fédérations dentaires nationales, comme la fédération dentaire internationale qu’a réussi à constituer le 3® Congrès dentaire international.