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CHAPITRE II

L’Enseignement supérieur professionnel et les Études dentaires

L’enseignement professionnel prépareles hommes à l’exercice des professions, c’est lui qui fait les bons ouvriers, aussi bien de l’instrument manuel que de la plume, les industriels comme les agriculteurs, les commerçants comme les hommes destinés aux carrières libérales, c’est lui qui constitue la richesse intellectuelle, artistique et matérielle du pays.

Seulement, dans cet enseignement professionnel, il a été établi des distinctions, suivant que les études préliminaires qu’exige l’exercice d’une profession sont d’ordre primaire, secondaire ou supérieur.

C’est ainsi, par exemple, que l’enseignement professionnel de la plupart des métiers manuels suit immédiatement l’engnement primaire et le certificat d’études qui le termine, que l’enseignement professionnel de la plupart des professions commerciales ou industrielles suit immédiatement l’enseignement secondaire, et qu’enfin, pour les carrières libérales, l’enseignement préliminaire à l’enseignement professionnel est déjà un enseignement supérieur. De sorte que, suivant la profession que l’on envisage, on peut dire que l’enseignement professionnel est lui-même primaire, secondaire ou supérieur, suivant qu’il est précédé d’études préliminaires, tenant à l’un ou à l’autre de ces enseignements.

En me servant du mot : enseignement supérieur professioîinel, je ne crée pas un terme nouveau pour les besoins de

la cause. Un professeur de rUuiversité de Montpellier proposait récemment (1) d’organiser de plus en plus dans les IS Universités nouvelles de l’État, telles que les a constituées en France une loi récente, Yenseignemet supérieur professionnel^ de l’enseignement supérieur proprement dit.

Il citait quelques Universités de province, qui sont déjà entrées dans cette voie et qui ont créé des cours et des diplômes nouveaux, en rapport avec les besoins de leurs régions respectives (2).

Je sais bien que cette conception de l’enseignement supérieur professionnel dans les Universités n’est pas partagée par tous les Universitaires. Ainsi l’éminent doyen de la Faculté des Sciences, M. Darboux, dans son rapport au conseil supérieur de l’Instruction publique, s’exprimait ainsi : « Loin de nous la pensée de transformer nos Facultés en Écoles d’arts et métiers, en écoles spéciales d’application. »

Malgré cette divergence de vues, il n’en reste pas moins la constatation del’existence d’un enseignementsupérieurprofessionnel,pour l’étude des professions libérales, distinct du haut enseignement supérieur littéraire, philosophique ou scientifique, et distinct aussi du simple enseignement professionnel primaireou secondaire, pour l’apprentissage des diverses professions manuelles, agricoles, industrielles ou commerciales.

L’enseignement supérieur professionnel est multiple. Il varie naturellement avec les professions auxquelles il est destiné. Il ne sera pas le même pour l’avocat, le médecin, le professeur, le dentiste ou le pharmacien, et il donnera naissance ainsi à des écoles spéciales distinctes.

La chirurgie dentaire, depuis la loi du 30 novembre 1892, a sa place parmi les carrières dites libérales. L’article 3 de cette loi porte que son enseignement sera donné dans les éta-

(1) Voir Revue Internationale d’Enseignement supérieur,

(2) Voir l'Enseignement supérieur professionnel libre, par Ch. Gooox, i899.

blissemenls d’enseignement supérieur. Nous ajouterons, d’après ce qui précède, que lorsqu’il s’agira delà préparation à l’exercice de la profession de chirurgien-dentiste, cetle place sera, dans la division de l’enseignement supérieur, appelée enseignement supérieur libre.

Je me suis un peu appesanti sur cette question, afin de préciser le rôle de l’école dentaire, de circonscrire son domaine et de mieux limiter ainsi son champ d’action.

Gela nous conduit à examiner maintenant les critiques qu’on peut adresser au programme d’enseignement du chirurgien-dentiste, tel que l’ont organisé les écoles dentaires.

CRITIQUES GÉNÉRALES ADRESSÉES AU PROGRAMME D’ÉTUDES DES ÉCOLES DENTAIRES

Il y a d’abord une critique d’ordre général très universitaire, à propos de la tendance spécialiste et utilitaire à propos de l’enseignement des écoles d’application en général.

Nous trouvons ces critiques déjà formulées par le professeur P. H. Aüstex, dans l’introduction du Traité théorique et pratique de l’Art du dentiste,dont nous avons déjà parlé (1).

Il critique la rapidité avec laquelle on veut, en Amérique, faire des praticiens; il montre les inconvénients d’une éducation purement utilitaire.

« C’est par cetle étroitesse primitive des pensées et par cette petitesse de vues dans les projets qu’il forme pour son existence, qu’un commerçant perd toute faculté de jouir du fruit de ses fatigues, qu’un médecin est inconnu hors de la chambre du malade, qu’un chirurgien ne contribue en rien à la cause de la science et qu’un dentiste n’a aucune position sociale. »

Nous sommes tout à fait de l’avis du professeur américain, en ce qui concerne la nécessité de donner aux jeunes gens

(1) Voir A. Harris, Austen et Andrieu, Traité théorique et pratique de l’art du dentiste.

une éducation scientifique encyclopédique et des idées générales pour en faire des hommes. Comme le rappelle le professeur Bertrand, de Lyon, les cours les plus utiles au jeune homme sont ceux qui, suivant l’expression de M. Gréard, « ne mènent à rien », mais fortifient et élèvent les esprits, .Enfin, qui n’acquiert pas dans sa jeunesse les principes des sciences ne les acquerra jamais, car, dit Platon, on apprendrait plutôt à un vieillard à gagner le prix de la course : les grands travaux sont pour la jeunesse (i).

Toutes les sciences ont une utilité pratique pour le citoyen. Elles nourrissent et fortifient l’intelligence. Toute science doit être enseignée au point de vue sociologique, qui n’est nullement le point de vue utilitaire et professionnel.

Pourtant, il faut se garder de toute exagération dans cette voie, car ainsi que le dit Descartes : « Il n’est pas nécessaire que l’honnête homme ait lu tous les livres, ni qu’il ait appris avec soin tout ce qu’on enseigne dans les écoles : bien plus, ce serait un vice de son éducation s’il avait consacré trop de temps aux lettres. 11 a bien d’autres choses à faire dans la vie (2). »

Ainsi l’objet des études se précise au possible^ au réel qui le délimite et forcément le rétrécit. La vraie science est faite pour l’homme, non l’homme pour la science (3).

Mais ce sont là des principes d’éducation générale qui sortent de notre domaine.

Nous avons voulu montrer que, si nous ne nous en occupons pas dans notre programme, ce n’est pas parce que nous nous désintéressons do cette question, mais parce que la mission limitée de l’enseignement technique de l’école dentaire est de faire des professionnels; faire des hommes c’est le rôle des éducateurs proprement dits, de ceux qui dirigent l’édu-

(1) Voir l’Easeignement Intégral.

(2) Descartes, Recherches de la vérité parla lumière naturelle.

(3) Bertrand, l'Enseignement intégral.

cation publique primaire, secondaire et supérieure. Pourtant les principes généraux de pédagogie que nous venons de rappeler nous serviront plusieurs fois dans l’étude qui va suivre.

Une autre critique qu’il faut examiner maintenant est adressée à l’enseignement qui nous occupe :

L’enseignement des écoles dentaires n’est ni assez scientifique ni assez médical. Il devrait, suivant les uns, débuter par des études médicales complètes, se terminer par l’obtention du diplôme de docteur en médecine, avant d’aborder les études spéciales à l’École Dentaire.

Suivant les autres, les études scientifiques et médicales, faisant partie du programme d’enseignement du dentiste, devraient être terminées avant l’entrée dans les écoles.

Enfin, ajoute un troisième, l’enseignement scientifique et médical des étudiants chirurgiens-dentistes devrait au moins être plus étendu.

Il est vrai qu’un certain nombre de professeurs des écoles demandent aussi l’augmentation du programme technique, qu’ils trouvent insuffisant, la diminution des études scientifiques et médicales qu’ils trouvent trop étendues, et qui lui prennent déjà une trop grande partie de son temps. C’est sur un autre terrain, celui de l’enseignement, la même lutte qui se continue, entre les partisans de la prépondérance des études médicales, et les partisans de la prépondérance des études spéciales, correspondant, pour les écoles dentaires, à deux orientations différentes sur lesquelles il est, par suite, nécessaire de nous expliquer.

OBLIGATION D’ÉTUDES MÉDICALES COMPLÈTES ET DU DOCTORAT EN MÉDECINE AVANT L’ENTRÉE DANS LES ÉCOLES

Cette prétention est vieille d’un siècle. On la croyait abandonnée depuis que les législateurs de la loi du 30 novembre 1892 l’avaient, en fait, repoussée en créant le diplôme spécial de Godon • 17

chirurgien-dentiste, et surtout depuis la mort de son principal défenseur, M. Magitot.

Nous avons vu, dans une étude récente, qu’elle compte encore quelques partisans (1). Force nous est donc de nous expliquer à son sujet.

Historiquement, cette prétention d’imposer le doctorat en médecine aux dentistes est de date relativement récente. Elle est née de ce fait que, la loi du 19 ventôse an XI sur l’art médical, ayant négligé d’indiquer par un article spécial la situation faite à l’art dentaire par la loi nouvelle, les dentistes possédant un diplôme médical prétendirent l'imposer à tous les dentistes, arguant du silence de la loi pour l’interpréter dans le sens d’une assimilation complète de l’art dentaire à l’art médical.

Cette prétention était contraire aux précédents histoririques. Les édits royaux du xviie et du xvm® siècle avaient toujours considéré l’art dentaire comme un art distinct, avec titre spécial de dentiste, ou àlexpert-dentiste. On comprend l’intérêt que pouvaient avoir les dentistes officiers de santé ou docteurs en médecine, à agiter ainsi devant le public le parchemin doctoral; aussi n’y manquèrent-ils pas dans tous leurs écrits du siècle. Cette théorie était généralement bien accueillie par les autorités médicales, ne serait-ce que par esprit de corps, alors qu’au contraire les autorités judiciaires,après des arrêts contradictoires, la repoussaient définitivement par un arrêt de la Cour de cassation et un de la Cour d’appel d’Amiens en 1846, conformes à la jurisprudence des siècles précédents, dans le procès intenté par la Société de chirurgie dentaire de Paris à quatre dentistes non diplômés de l’époque (2).

Ceux qui avaient commencé à soutenir cette thèse continuèrent, malgré leur défaite judiciaire, leur campagne par

(1) VoirCRDET. Revue de Stomatologie,ociohte 1900.

(2) Voir Aodibrand, Delmont, Roger et Godon.

des pétitions aux pouvoirs publics, pétitions dans lesquelles, cette fois, ils dénonçaient les dangers de la liberté d’exercice laissée aux dentistes.

Il est curieux de remonter ainsi à la genèse de cette campagne, dont on ne trouve aucune trace dans les auteurs des siècles précédents. Faüchard parle bien de la nécessité d’instruire les dentistes dans leur art, nulle part il ne réclame pour eux le doctorat en médecine ni les études médicales complètes et aucun de ses contemporains non plus.

C’est donc bien la situation particulière créée par le silence de la loi du 19 ventôse an XI à l’égard des dentistes, qui a provoqué Information dans cette profession, en France pendant près d’un siècle, de ces deux camps : les dentistes partisans d’un diplôme médical, et les dentistes partisans de la liberté d’exercice ou d’un diplôme spécial.

Ceci est tellement vrai qu’aux États-Unis , où il n’existait aucune loi fédérale sur l’exercice de la médecine, qui était libre comme l’art dentaire, la même situation ne s’est pas produite; bien au contraire, le développement de l’enseignement, et plus tard des lois, s’est fait tout seul dans la voie de la spécialisation de l’art dentaire et non dans celle de l’assimilation à l’art médical.

C’est beaucoup après qu’il s’est formé un groupe de dentistes médecins en Amérique, de même qu’il s’est formé en France un groupe de dentistes partisans d’une réglementation spéciale, groupe qui a fini par avoir gain de cause devant les pouvoirs publics avec la loi du 30 novembre 1892, contre, d’une part, les partisans de l’assimilation à la médecine (obligation du doctorat), et aussi, d’autre part, il faut l’avouer, contre les défenseurs de la liberté d’exercice.

Il semblerait donc que la question est maintenant entendue et qu’elle n’a plus qu’un intérêt rétrospectif, puisque la loi a parlé.

Mais puisque la solution du doctoral rencontre encore en France quelques partisans, nous allons revenir sur la question.

Tout d’abord, la question n’est pas restée cantonnée entre les docteurs en médecine d’une part et les simples dentistes d’autre part. Les polémiques ont dissipé bien des malentendus,et l’on peut présenter des deux côtés, etnon des moindres, une liste égale de médecins ayant défendu les deux thèses.

C’est ainsi qu’au professeur Gallard on peut opposer le professeur Paul Bert, au D’’ Magitot, le Lecaldey, à l’exinterne Cruet et à l’ex-interne Frey. La place nous manque pour rappeler les luttes intéressantes soutenues par les dentistes Comme Fillette, P.Dübois, et nous-même. Il nous suffit de de renvoyer ceux que la question intéresse aux articles publiés récemment par notre ami le D’’ Sauvez et à ceux dus à un de nos jeunes et sympathiques chefs de clinique, M.G.Gross (1)^ qui soutient si brillamment en ce moment la polémique dans l’Odontologie.

Débarrassée de tout le verbiage inutile engendré par la polémique, la thèse en faveur du doctorat ne contient que l’argument suivant : V Ondontologie est une spécialité médicale au même titre que les autres et, comme elles, dérivant du même tronc commun : le tronc médical. Il ny a pas plus de motif de créer pour cette spécialité un procédé d’enseignement spécial que pour les autres^ un diplôme distinct pour le dentiste que pour le laryngologiste, par exemple (2).

Seulement pour faciliter la défense de cette thèse, on a substitué habilement à la spécialité restreinte de l’odontologie, la spécialité plus étendue de la stomatologie.

(1) Voir : Odontologie, de 1898 à 1900.

(2) Voir P. Bert à la séance de réouverture des cours de l’École Dentaire en 1884.

L’avenir de l’art dentaire de Lecaüdey, discours de Fillette en 1882, à la séance de réouverture des cours de l’École Dentaire de Paris. L'Odontologie. Dubois, D"* Sauvez, l’Odontologie.

Or, la proposition ainsi présentée est vraie pour la stoma-' tologie, tout le monde le reconnaît; il est évident que la spécialité des maladies de labouche nécessiteles mêmes connaissances en médecine que les autres spécialités médicales,et que le stomatologiste doit être médecin au même titre que le laryngologiste, quel’otologiste^etc.

Mais voici où le désaccord commence ; Vodontologie n’est pas la stomatologie; celle-ci comprend les maladies de la bouche et des annexes, tandis que Vodontologie est limitée à la région gingiro-dentaire,s,\i\\?c(\\. l’heureuse expression du D’’ Tellier de Lyon (l),et le spécialiste de la région gingivodentaire, c’est le dentiste.

Or,les opérations que le dentiste a toujours pratiquées sur la région gingivo-dentaire sont, pour la plupart, très difiérentes des interventions que sont appelés à faire le médecin ou le chirurgien sur les autres régions du corps. Elles ont presque toutes pour base la prothèse, c’est-à-dire le remplacement des dents ou de parties des dents détruites (dentisterie opératoire ou prothèse proprement dite), et si la prothèse est un art qui a certains rapports avec la médecine, on est obligé de reconnaître qu’elle en a encore plus avec les sciences mécaniques. C’est ce qui a créé pour le dentiste, dans tous les pays, la nécessité d’un enseignement spécial, celui de l’école dentaire, comprenant la part d’enseignement médical etd’enseignement technique qui lui est nécessaire.

Quelle doit êtrel’étendue del’enseignementmédical? Quelle doit être celle de l’enseignement technique? C’est une question de mesure; cela dépend du temps que l’on peut consacrer à ces études. Actuellement la scolarité est, dans la plupart des écoles dentaires de 3 années, et elle est considérée comme trop courte par la plupart des praticiens, qui ont deinandéau Congrès qu’elle fût portée à 4 ou à 5 années.Les études

(1) Voir Congrès de Lyon, 1898,et1898.

médicales complètes exigent au minimums ou 6 ans. Si l’on y ajoutait ensuite les études dentaires faites sérieusement, on voit àquel âge cela conduirait le futur dentiste pourcommencersa pratique.C’est pour cela que les médecins qui, leur diplôme doctoral obtenu, se décident à embrasser la carrière de dentiste, escamotent généralement les études professionnelles en quelques mois, d’aucuns quelques jours (j’en ai connu), pressés qu’ils sont de commencer leur pratique, parce qu’ils ont le plus souvent épuisé toutesleurs ressources pécuniaires et intellectuelles. On ne va pas, je suppose, les citer comme des modèles de bons praticiens !

Mais je suppose qu’il y en ait qui, leurs études médicales terminées, consentent à consacrer aux études spéciales de la dentisterie le temps nécessaire. Nous plaçant au pointdeyue de l’enseignement, nous devrions dire encore que c’est un mauvais procédé pour se préparer à l’exercice de la dentisterie. En eflet, cette spécialité repose surtout, avant tout, sur l’habileté manuelle, la dextérité. Cette qualité ne s’acquiert que par une longue pratique commencée de bonne heure, comme dans toutes les professions où elle est nécessaire. Or, ce n’est pas à 26 ou 27 ans que l’on peut l’acquérir facilement. Il faut, pour le dentiste, que l’éducation de la main se fasse dès le début de ses études pour qu’il devienne un bon praticien. C’est pourquoi ceux qui ont commencé leurs études de bonne heure par la prothèse font de meilleurs opérateurs, commetous les directeurs d’écoles dentaires l’ont constaté (1).

Ainsi donc, malgré les avantages incontestables que peut donner, au point de vue scientiflque, le doctorat en médecine pour l’exercice de la dentisterie, les inconvénients sont tels, au point de vue technique, qu’il faut y renoncer comme règle générale. C’est une mauvaise préparation aux études den-

r (1) Voir lettre du D' Eirk au Congrès de 1900. L’Odontologie de 1900,

taires. Les cas contraires que l’on pourrait citer sont des exceptions qui ne font que confirmer la règle.

Nous n’insisterons donc pas davantage sur ce point qui n’offre, du reste, à notre avis, qu’un intérêt tout à fait rétrospectif. Après avoir relu attentivement tous les plaidoyers faits dans un sens ou dans l’autre, je demeure sincèrement convaincu qu’il n’y a,au fond de cette question, delà part des dentistes qui soutiennent l’obligation du doctorat, que pure vanité et ostentation. Il n’y a qu’à les examiner du reste de près. Comme les anciens aruspices ils ne peuvent se regarder sans rire lorsqu’ils défendent cette cause.

L’objet des études doit rester limité au réel, au possible, et c’est ce que les fondateurs des écoles dentaires dans tous les pays ont compris en créant un programme spécial d’études pour les futurs chirurgiens-dentistes, distinct des études médicales des Facultés de médecine. Nous parlerons plus loin des critiques relatives aux travaux pratiques, aux examens de fin d’année, aux examens de fin d’études, aux diplômes, etc. Nous allons examiner d’abord chacune des orientations différentes que nous venons d’indiquer en faisant connaître nos solutions. Nous y reviendrons ensuite en étudiant chacune des parties du programme de l’enseignement.

L’eNSEIGNEMET PRÉLEMINAIRE A l’eNTRÉE DAXS LES ÉCOLES DEVRAIT COMPRENDRE LES ÉTUDES MÉDICALES.

Cette proposition, qui vient d’être soutenue très brillamment, mais sans succès, par notre excellent confrère et ami le QüECDOT,à la dernière séance du Congrès international, n’est, sous une forme plus atténuée, que la reproduction de la proposition du doctorat en médecine obligatoire, pour les élèves dentistes avant qu’ils abordent l’enseignement technique.

C’est la théorie de Magitot et de ses élèves, Crüet, etc., dont nous venons de montrer l’inanité.

M. Queudot fait observer qu’il ne demande pas le docto-

rat en médecine, mais simplement que les études médicales actuellement reconnues nécessaires au dentiste, soient préliminaires à l’enseignement technique. Je réponds que la plupart des arguments qui ont fait repousser le doctorat en médecine s’appliquent également à sa proposition.Parmi ces arguments, le principal est le suivant : inconvénient de commencer trop tard les études techniques, pour lesquelles il est nécessaire d'acquérir de bonne heure une grande habileté manuelle; par suite, difBculté de concilier cette proposition avec la nécessité de l’éducation manuelle préliminaire reconnue nécessaire. Du reste, les extraits suivants des discours des professeurs Harlan, Brophy et Kirk, prononcés à la séance de clôture du Congrès de 1900,me paraissent répondre suffisamment à cette proposition.

Voici d’abord la lettre du D'^ Kirk (de Philadelphie).

C’est avec plaisir que je réponds à votre demande de vous donner mes vues personnelles, au sujet du caractère général de l’éducation préliminaire qui serait, à mon idée, la mieux appropriée à préparer un étudiant à entreprendre les études professionnelles devant aboutir au diplôme dentaire. Je fais, depuis plusieurs années, une étude approfondie de cette question importante et j’ai remarqué avec beaucoup d’intérêt, l’effet que l’éducation préliminaire avait sur les étudiants qui, avant d’entreprendre leurs études professionnelles, avaient été instruits dans des conditions diverses. Mon attention a été spécialement concentrée sur cette question, ces trois dernières années, par suite d’une mesure de la Faculté du Département Dentaire de l’Université de Pensylvanie, qui a augmenté, selon une échelle progressive, l’étendue des connaissances nécessaires à ceux qui demandent à y être admis. J’ai été à même de remarquer les résultats de notre système d’éducation préliminaire, par rapport à cette augmentation des connaissances nécessaires à l’admission. A mon grand étoimement, j’ai constaté qu’en proportion de cette augmentation le nombre de ceux qui d’année en année n’ont pu avancer dans la voie des études professionnelles s’est aussi accru. J’étais loin de m’attendre à pareil résultat, car j’avais pensé qu’une éducation préliminaire plus avancée préparerait mieux l’étudiant à se consacrer aux études professionnelles. Je m’appliquai alors à approfondir la question et à trouver la cause de cette situation paradoxale : c’est ainsi que je découvris un point fort intéressant dans le problème, à savoir que les étudiants qui avaient reçu leur éducation préliminaire dans ce que nous appelons nos Mannal Training Schools étaient, à tout point de vue, les hommes les plus capables et les mieux en état de comprendre et de s’assimiler l’enseignement donné dans les cours d’études professionnelles, tandis

que les étudiants dont l’éducation préliminaire avait été d’une nature purement littéraire étaient ceux qui montraient les résultats lesmoins satisfaisants. J’en vins alors à rechercher quelles étaient la nature et l’étendue de l’enseig^nement des écoles dites des « Manual Training- », puisque cet enseignement semblait être la meilleure préparation à l’étudiant pour poursuivre ses études professionnelles. Nos écoles de « Manual Training » en Amérique et surtout à Philadelphie, où le système a été le mieux développé, se basent sur la théorie que l’intelligence de l’étudiant doit être instruite, non seulement par l’oreille et les yeux, mais encore par le toucher. Par conséquent, l'étudiant consacre une portion de son temps à des exercices manuels — exercices de mécanique technique — qui sont tous choisis avec grand soin, au point de vue du pouvoir qu’ils ont d’instruire l’esprit par les mains. Dans nos écoles des « Manual Training »,on ne perd pas un instant de vue le principe que cette instruction a pour objet de donner à l’élève, non point le pouvoir de fabriquer des choses matérielles, mais bien, au moyen de la fabrication de choses matérielles, des habitudes d’observation minutieuse, de raisonnement logique et de précision. L'introduction dans l’instruction préparatoire, d’une certaine quantité d’exercices de « Manual Training » produit un effet remarquable sur l’esprit de l’étudiant et se manifeste dans la plus grande facilité avec laquelle il assimile les études purement « culturales » de science et de littérature. J’ai l’assurance de professeurs experts en ce département de l’éducation que dans les écoles où les « Manual Training » ont été adoptés, les étudiants feront en deux heures dans les classes « culturales » (science, littérature, etc. ), ce qui nécessiterait trois heures si le travail manuel n’avait pas été enseigné.

Il est encore à noter que dans nos « Manual Training Schools », une répartition très soigneuse da temps a été faite entre les trois divisions importantes da travail, savoir la littérature {histoire, langues, etc.), la science et le travail manuel. Mon expérience et Vétude que j’ai faite de ce sujet me font croire que la meilleure préparationà Cétude dentaire est celle qui se base sur une répartition harmonieuse de ces trois parties de réducation. Je ne veux pas naturellement affirmer que l’enseignement qui se donne dans les meilleures de nos écoles de « Manual Training », est la préparation idéale à l’étude dentaire, mais je dis que mes observations me donnent l’indication que le système d’enseignement préliminaire sur le modèle général des « Manual Training », sera le mieux adapté à nos besoins.

Agréez,

Edward C. Kirk,

Doyen de la Faculté de dentisterie de l’üniversité de Pensylvanie. L’avis de M. Harlan est le suivant :

Afin que cette question puisse être comprise à fond par ceux qui ne connaissent pas le français, je vais l’expliquer.

Nous avons examiné et adopté une série de résolutions, et nous sommes arrivés à un vœu qui se réfère à l’entrée dans les écoles dentaires et qui porte que, pour entrer dans une école dentaire, Vélève doit avoir reçu une instruction littéraire et, de plus, connaître deux langues vivantes ; il doit

en outre avoir reçu une instruction scientifique et une instruction manuelle. Le Dr Queudot a proposé à la fia de cela ou eu opposition avec cela que Venseignement médical soit donné seulement par les Facultés de méde. cine, et soit considéré comme préliminaire à l’admission dans les écoles dentaires, les écoles dentaires ne donnant pas l’enseignement technique.

Aux États-Unis et en Ang-leterre, comme dans d'autres pays, l’enseignement médical et l’enseignement technique sont donnés en même temps et les diplômes sont totalement différents. La proposition du Queudot consisterait à exiger que chaque dentiste fût d’abord reçu docteur en médecine et dentiste ensuite. Messieurs, c’est ici un congrès dentaire, c’est-à-dire une réunion de dentistes de tous les points du monde, qui est le porte-paparoles de la profession du monde civilisé. Aujourd’hui ce Congrès adopte une résolution qui touche à l’avenir et peu nous importe ce qui a été fait dans le passé. Cette proposition tend à élever l’enseignement dentaire dans le monde entier, et la prétention qu’un homme doit d’abord recevoir une instruction médicale pour pouvoir être élève dans une école dentaire, repose sur de fausses prémisses, parce que l’instruction médicale qui est donnée dans une école dentaire est équivalente à celle qui est donnée dans une école de médecine quelconque. Je tiens à dire à mes confrères des pays étrangers que ce serait un signe de faiblesse d’esprit que d’adopter cette propositon, parce que c’est encore la vieille question. Nous sommes ici pour adopter des principes et des règles qui nous permettent de continuer les congrès dentaires, indépendamment et séparément de toute autre espèce de congrès. Je vous demande, au moment où cette question vous est soumise, de la repousser.

Voici enfin la réponse de M. Brophy, de Chicago :

Comme je n’ai pas pu comprendre la discussion en français, j’ai appris de ceux qui ont pu la comprendre que l’amendement qui vous est présenté consiste en ce que \'enseignement médical soit donné par les Facultés de médecine et considéré comme préliminaire à Vadmission dans les écoles dentaires.

Monsieur le Président, nous comptons dans ce congrès des membres qui n’ont pas eu la possibilité de fréquenter les écoles de médecine, et cependant quelques-unes des contributions les plus précieuses à notre littérature professionnelle en anatomie, physiologie, chimie, matière médicale, thérapeutique et dans toutes les sciences connexes ont été présentées ici et constituent aujourd’hui une partie de la littérature de notre profession. Quelques-uns de mes confrères d’Amérique, particulièrement de notre ville, et moi-même, nous avons quelque expérience en la matière. Dans les débuts de l’institution à laquelle nous appartenons à Chicago, le projet était de n’admettre que des gradués en médecine; mais après leur avoir donné an enseignement d'une durée de deux ans dans les branches spéciales, pour leur permettre d’exercer la dentisterie, nous constatâmes que cette méthode était mauvaise. Elle était mauvaise parce que d’abord nous ne pouvions faire acquérir à ces élèves, dans ce laps de temps, cette délicatesse de manipulation qui est si essentielle pour réussir dans la prati-

qae de la dentisterie. Nous avons fait cette expérience dans les conditions et les circonstances les plus avantageuses ; mais à la fin nous avons été obligés de renoncer au système et de lai substituer le système d’enseignement actuellement en vigueur. Pourquoi, dans une profession aussi nombreuse, lorsque nous comptons dans ce grand congrès près de 1.200 représentants de toutes les parties du monde, demander à d’autres qui n’ont pas idée des principes essentiels de la pratique dentaire, de faire quelque chose qui nous prépare à nous engager dans un enseignement de trois ou quatre ans, comme le porte le projet de résolution ? Il me semble que l’auteur de la proposition pourrait nous demander avec autant de raison, de suivre un enseignement technologique, de grande technologie. J’imagine que le confrère qui la présente oublie que la chimie n’est pas la médecine, que l’anatomie n’est pas la médecine, que la physiologie n’est pas la médecine, mais qu’elles contribuent toutes à former la grande science qui s’occupe de traiter les maux de l’espèce humaine. Et y a-t-il une corporation, y a-t-il des hommes dans ce monde qui aient plus à s’occuper du soulagement des souffrances humaines,basé sur des principes scientifiques, que ceux qui sont réunis ici aujourd’hui ? Et n’avons-nous pas dans nos grands établissements d’enseignement, développé par une expérience de cinquante années, avec des maîtres comme Taft, comme Freeman et autres de ce genre dans notre pays, un système à continuer qui est satisfaisant et suffisant pour former nos étudiants, dans les branches qu’ils ont l’intention de suivre^ Je puis dire à ceux qui m’écoutent que le distingué professeur Jonathan Taft me déclarait, il y a quelques années seulement, qu’on obtiendrait un plus grand succès en instruisant les étudiants à l’Université de Michigan, si toutes les branches — anatomie, physiologie, chimie, matière médicale, bactériologie, thérapeutique et anatomie pathologique — étaient radicalement enlevées aux écoles de médecine et enseignées dans les écoles dentaires aux étudiants en dentisterie.

Monsieur le Président, je n’ai déjà parlé que trop longtemps, mais je pense que cet amendement à la proposition sera repoussé.

Après ces réponses si autorisées, l’amendement du Quec- DOT fut repoussé à une très grande majorité; nous n’avons rien à ajouter,

L’ORIENTATION DES ÉTUDES DANS LES ÉCOLES DOIT ÊTRE DIRIGÉE VERS UNE AUGMENTATION DU BAGAGE SCIENTIFIQUE ET MÉDICAL DU CHIRURGIEN-DENTISTE

Nous avons trouvé cette critique dans un rapport sur les écoles américaines, dû à M. le D" Gires (1),

Cette critique procède des mêmes préoccupations que la

(1) Voir Df Gires, l’Enseignement de l’Art dentaire en Amérique, 1897.

précédente et l’on pourrait lui répondre par quelques-uns des arguments cités ci-dessus.

Nous y ajouterons qu’il est souhaitable, évidemment, que le chirurgien-dentiste soit, au point de vue de la science et de la médecine, le plus instruit possible; pourtant, la capacité cérébrale de l’étudiant et le temps dont il dispose pour ses études étant limités, il est nécessaire de tenir compte de ces deux facteurs dans la répartition delà quantité de science médicale et de technique qu’il devra absorber. Il y a une question de proportion à établir, une question d’équilibre entre les deux enseignements; cependant il est de toute nécessité de consacrer aux études techniques le temps qui convient pour en faire un praticien suffisant à sa sortie de l’école; quant à l’enseignement scientifique et médical il doit être limité au temps qui reste. Les examinateurs de la Faculté de médecine sont là pour déterminer par leurs exigences envers le candidat l’étiage scientifique nécessaire.

L’ORIENTATION DES ÉTUDES DANS LES ÉCOLES DENTAIRES DOIT ÊTRE DIRIGÉE VERS UNE AUGMENTATION DU BAGAGE TECHNIQUE DU CHIRURGIEN-DENTISTE

Comme on le voit par cette proposition, il a été formulé ce reproche que le temps consacré à l’enseignement technique dans le programme des études dentaires était insuffisant, notamment par M. Richard Ghauvix et par M. Martinier, dans leurs communications au congrès; je ne puis mieux faire que de les citer tous les deux.

Nous sommes certainement tous d’accord pour reconnaître que le programme des études médicales est beaucoup trop chargé et prend beaucoup trop de temps aux étudiants, au détriment des études techniques et surtout de la prothèse pendant toute la durée de leur scolarité. La variété et le grand nombre de cours médicaux et de cliniques médicales, les differents stages hospitaliers ne permettent pas de former les praticiens que nous souhaitons parce que les travaux pratiques exigés ne sont pas en rapport avec

rimportance qu’ils doivent avoir dans notre enseig-nement et dans la pratitique de notre profession (i).

Dans les conditions actuelles, il nous paraît que l’étudiant, n’ayant consacré qu’un temps tout à fait insuffisant aux exercices opératoires, sort de l’Ecole assez mal armé pour satisfaire à la fois à ce que devraient être les exigences légitimes des malades et aux besoins de son existence.

Sous l’ancien régime, un étudiant employait 5 matinées sur 6 aux exercices opératoires, la sixième étant réservée au service clinique. Actuellement, le temps consacré à la dentisterie opératoire est de deux matinées par semaine. Quelles que soient les combinaisons proposées, il est impossible de diminuer l’éloquence des chifiFres et de faire que cette proportion de 7-6 ne donne les résultats constatés. Encore faut-il que l’étudiant travaille le dimanche, ce qui est fréquent du reste. Si l’un augmente le nombre des opérations exigées, on en diminuera fatalement la qualité.

Il résulte de cette situation :

1“ Que la masse du public n’est pas traitée par les procédés les plus perfectionnés dont la science dentaire dispose et que les praticiens formés sous le régime légal actuel ne sont pas assez préparés à remplir intégralement le rôle que doit assumer le dentiste moderne ;

20 Que la responsabilité de cette situation ne saurait équitablement leur être imputée. Comme il ne viendrait à personne l’idée de l’attribuer au public lui-même, nous devons la trouver dans le manque d’entente des deux derniers facteurs dont nous avons à nous occuper (les Ecoles et l’Etat).

Les écoles ont fait humainement tout ce qu’elles pouvaient faire pour condenser et rendre assimilable en trois années bien réduites tout le bagage professionnel du dentiste. Leurs commissions d’enseignement consomment des quantités considérables de projets, de modifications qui ne peuvent, hélas ! modifier grand’chose. Quelle que soit la somme de travail dépensée par les administrations des Ecoles, elles ne parviendront jamais à faire tenir en 3 ans les cinq années indispensables pour faire de bons praticiens.

L’Etat français a jugé indispensable de protéger le public contre les dangers que pouvait lui faire courir l’art dentaire sous le régime de la pleine liberté.

Mais, il faut bien le dire, les préoccupations officielles n’ont, en aucune façon, porté sur l’art dentaire et sa technique spéciale (2).

Nous n’avons rien à ajouter aux critiques de nos amis, MM. Richard Chauvin et Martinier; nous partageons tout à fait leur manière de voir.

(1) Martinier, discours d’ouverture de la 5‘ section au Congrès de 1900.

(2) Voir R. Chauvin. Congrès dentaire de Paris, 1900, 4® fascicule.

Les exigences médicales de l’État, résultant de la loi de 1892, auxquelles il a fallu donner satisfaction d’abord,ont réduit le temps anciennement consacré à la technique; d’autre part, les perfectionnements multiples apportés à la dentisterie opératoire et à la prothèse dans ces dernières années, et auxquels il faut exercer les futurs dentistes, sous peine d’en faire des praticiens insuffisants, nécessiteraient au contraire que le temps consacré à la technique fût plus grand qu’il ne l’était précédemment.

On est donc amené à limiter le programme d’enseignement au point de vue médical, aux additions qui y ont été opérées à la suite de la loi de 1892. Et du reste, si quelques esprits, se plaçant à un point de vue théorique, réclament qu’il soit plus étendu, les professeurs examinateurs de la Faculté, com-' pétents, je pense, en la matière, se déclarant en général satisfaits, nous n’avons pas été plus exigeants.

Quant au programme technique, tous les directeurs d’écoles et les professeurs de dentisterie et de prothèse sont d’accord pour reconnaître, vu les motifs indiqués plus haut, qu’il doit être augmenté.

Donc, en résumé, la durée des études est trop courte. Il faut l’augmenter, comme nous le verrons plus loin.

Dans presque tous les pays civilisés, il existe maintenant des lois réglementant les conditions d’exercice de l’art dentaire. Les jurys d’examens peuvent avoir une grande influence sur l’orientation des études. C’est aux examinateurs qu’il incomberait, en augmentant leurs exigences, d’obliger les écoles dentaires à augmenter une des parties de leur enseignement aux dépens de l’autre. Malheureusement les dentistes n’ont pas toujours voix prépondérante dans ces jurys.

C’est alors aux associations professionnelles, aux fédérations nationales, à faire entendre leurs voix et surtout aux

fédérations internationales à formuler des programmes unifiés.

On l’a bien senti au congrès lorsqu’on a créé une commission internationale d’enseignement. C’est un organisme professionnel nouveau, dont l’influence peut être utilement employée à la réforme des programmes de l’enseignement.

En attendant, nous pensons que l’orientation à donner à l’enseignement dans les écoles dentaires doit être surtout dirigé vers le développement et le perfectionnement constant de la technique, surtout avec l’organisation scientifique et médicale que nous avons adoptée depuis 1892, et qui nous semble maintenant satisfaire entièrement aux exigences des examinateurs, comme on nous le rapportait à la suite de l’examen de novembre 1900 (1). Le programme d’études de l’école dentaire de Paris, envisagé dans son ensemble et tel que nous l’avons présenf' dans notre tableau synoptique, est très satisfaisant. Au point de vue de la coordination générale des études, nous étudierons tout à l’heure les perfectionnements que l’on pourrait, à notre avis, lui faire subir.

Ce programme, s’il n’est pas tout à fait le même que celui des autres écoles étrangères, a pourtant les plus grandes analogies, les plus grandes ressemblances avec ces divers programmes envisagés dans leurs grandes lignes. On peut donc dire qu’il représente le programme d’enseignement des écoles dentaires en général.

Ce programme est-il parfait? Nous n’avons pas la prétention de le dire, mais il reste perfectible ; pourtant il ne mérite pas toutes les critiques qui lui ont été adressées, puisqu’on lui doit la génération des dentistes de ces vingt dernières années et toute l’évolution professionnelle qu’elles ont produite. Nous passerons en revue, dans l’examen des chapitres, les diverses critiques, en lâchant d’y répondre et d’exposer les réformes qui nous sembleraient actuellement désirables.

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