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CHAPITRE III

Organisation générale des études

On peut voir par le tableau synoptique publié aux annexes que le programme des études à l’École Dentaire de Paris et dans la plupart des écoles dentaires est réparti en 3 années dans les conditions suivantes :

1° Enseignement scientifique et médical ^ l^^orique.

° ^ ( pratique.

2" Enseignement technique \

( pratique.

Ces deux enseignements sont donnés concurremment, c’està-dire que l’élève suit, dès son entrée à Técole, en même temps et les cours théoriques et pratiques de l’enseignement scientifique et médical, et les cours théoriques et pratiques de l’enseignement technique.

On a proposé, comme le font certaines écoles, en Suisse par exemple, une autre organisation qui consisterait en ceci :

1“ Commencer les études par l’enseignement scientifique et médical théorique et pratique ; 2° terminé par un premier examen scientifique et médical.

Continuer les études par l’enseignement technique, théorique et pratique, terminé également par l’examen technique, autrement dit donner ces deux enseignements successivement et non concurremment. Cette méthode a pour elle une apparence de logique, qui la rend séduisante et l’on com-

prend qu’on l’ait adoptée dans certains pays, où l’élément professionnel a été sans influence sur l’organisation des études, ou a été insuffisamment renseigné sur les nécessités de l’enseignement dentaire.

Nous allons dire pourquoi. A notre avis, ce système ne peut être appliqué, en France du moins, avec les décrets en vigueur actuellement. D’après le décret du 25 juillet 1893, les études dentaires doivent durer 3 ans et se terminer par 3 examens définitifs avant laremise du diplôme, portant :

Le 1®*^ sur l’anatomie et la physiologie ;

Le 2® sur la pathologie générale et spéciale (la thérapeutique et l’anesthésie) ;

Le 3* sur la technique.

Il est donc évident que l’élève doit, pendant ses 3 années, être préparé en même temps sur toutes les matières de ces. trois examens définitifs.

Il faut donc que l’enseignement soit organisé en conséquence, afin de l’entraîner jusqu’au jour de l’examen sur les différentes matières scientifiques, médicales et techniques dont il se compose. Cela a été l’intention voulue du Conseil supérieur de l’Instruction publique.

Donc, l’organisation actuelle des études dans les écoles dentaires est conforme aux décrets qui les régissent.

Faut-il en demander la modification et sur quoi doit-elle porter ?

Dans l’hypothèse de l’augmentation de la durée des études d’une année, par exemple,'avec les examens définitifs au bout des quatre années, nous nous trouverons dans la même nécessité d’entraîner les élèves sur les différentes matières de l’enseignement, pendant une année de plus; il n’y auraitdonc rien de changé. Le seul moyen de réaliser la réforme que l’on demande serait de modifier l’époque des examens et de placer,par exemple,les examens scientifiques et médi- Godon 18

eaux au bout des deux premières années d’études, et les examens techniques au bout des deux dernières. Dans ce cas, les études devraient être scindées de la même façon. C’est, sous une autre forme, la réforme demandée par le Qleü- DOT et appliquée dans plusieurs des Universités ayant une section Dentaire.

Cette réforme est-elle souhaitable? Nous ne le pensons pas. Nous nous sommes déjà expliqué à son sujet, nous n’y reviendrons pas ; nous ajouterons seulement, et en cela nous sommes d’accord avec la pensée qui a inspiré le conseil supérieur de l’Instruction publique au sujet du décret de 1893 : qu’il est préférable que l’étudiant dentiste soit entraîné pendant ses i années d’études, sur les matières composant le programme scientifique et médical, au lieu de s’en débarrasser , en 2 années, pour se consacrer, les deux autres années, à la technique pure et oublier la partie scientiOque et médicale. Il l’oubliera déjà bien trop vite lorsqu’il exercera à son compte. Il est préférable aussi que l’étudiant commence de bonne heure l’éducation de la main, dès le début de ses études, et qu’il s’y entraîne pendant 4 années au lieu de 2 ; il est enfin préférable, au cas où l’on admettrait le stage au laboratoire de prothèse préliminaire à l’entrée dans les écoles, qu’il n’y ait pas, dans les exercices de prothèse et de dentisterie opératoire, une interruption de 2 années.

Pour toutes ces raisons, nous sommes convaincu que l’organisation actuelle de l’enseignement adoptée par la majorité des écoles dentaires, et qui consiste à donner parallèlement, pendant toute la durée des études, l’enseignement scientifique et médical et l’enseignement technique, est la meilleure.

De cette proposition il résulte également celle-ci, c’est que, comme le dit M. le D'^ Rov, il y a avantage à ce que l’enseignement complet soit donné à l’école dentaire, où les cours de sciences et de médecine peuvent être mieux appropriés,

aux nécessités de notre enseignement spécial, comme nous l’avons déjà montré au sujet du certificat du P.G.N. Il en donne pour raison que, s’il est indispensable que l’étudiant dentiste ait des connaissances en anatomie, en physiologie, en chimie et en physique, il n’est pas indispensable que ces connaissances soient aussi étendues que s’il se destinait à la médecine, ou à acquérir un grade en sciences physiques. Or, qu’arrive-t-il? C’est que, dans les Facultés, les cours sont faits en vue des études de médecine et des sciences physiques ou naturelles et il ^en résulte que, les étudiants dentistes, par le temps restreint qu’ils sont obligés d’y consacrer, ne peuvent profiter que d’une portion restreinte d’un cours plus élevé qu’il n’est strictement nécessaire pour leurs études ultérieures; ou bien qu’ils y consacrent un temps suffisant mais, dans ce cas, c’est au détriment de leurs études professionnelles. « C’est ce qui se passe en Suisse,dit-il, et il en montre les inconvénienis que nous connaissions bien,"pour avoir reçu dans nos écoles des diplômés des écoles suisses, venus pour y compléter leur instruction technique qu’ils trouvaient insuffisante. »

Doit-on préférer la prédominance des études non dentaires ou la prédominance des études de technique spéciale? La préférence pour la seconde solution ne nous paraît plus douteuse, elle n’implique pas le sacrifice de ces études non dentaires dont nous sommes les premiers à reconnaître et à proclamer la nécessité; mais, comme nous l’avons dit il y a un instant, le seul moyen de faire concorder ces études scientifiques et médicales avec les exigences de la technique professionnelle consiste : 1° à faire ces cours à l’école dentaire où ils recevront un développement proportionné à leur but; 2° à augmenter la durée des études de façon à pouvoir répartir sur un temps plus prolongé un programme, somme toute, assez long à s’assimiler par suite du temps consacré à la pratique.

Les différentes matières de cours figurant dans les divers programmes sont toutes utiles, mais à la condition essentielle d’être exactement dosées, et c’est justement le point qui me paraît critiquable dans le programme anglais et le programme suisse, où l’on paraît avoir un peu trop en vue l’assimilation avec les études médicales.

A notre avis, pour un dentiste, si l’on veut bien nous permettre d’employer cette figure empruntée au langage budgétaire, les études médicales doivent être, non des études de remplacement des études dentaires, mais des études de superposition.

En ce qui concerne les cours théoriques dentaires, il n’y a rien de particulier à signaler, d’autant que, comme on l’a vu, ils sont semblables à peu près partout et ont sensiblement la même importance.

Le tableau que nous reproduisons ci-contre, relatif à la durée et à l’organisation des études dans les différents pays, ainsi que les réflexions qui suivent à la page 284, sont empruntés à l’excellent rapport fait par notre ami le D'^ Roy au Congrès de 1900 sur l’enseignement dentaire.

On voit, dans le tableau ci-contre, que, à VÉcole Dentaire de Genève, en trois ans et demi, sur un total de quatre mille sept cent dix-huit heures de Vavail, deux mille deux cent cinquante heures sont consacrées aux cours théoriques, six cent douze heures aux travaux pratiques scientifiques et médicaux (dissection, assistance à un hôpital général, etc.) et trois mille huit cent cinquante-six heures aux travaux techniques (prothèse, dentisterie opératoire, etc).

kVÉcole dentaire de Paris, en trois ans d’études et sur un total de quatre mille deux cent douze heures de travail, sept cent vingt heures sont consacrées aux cours théoriques, deux cent seize heures aux travaux pratiques médicaux (dissection, assistance à unhôpital général, etc.) et trois mille deux cent soixante-seize heures aux travaux tehniques (prothèse, dentisterie opératoire, etc.)

A VEcole de chirurgie dentaire de Liverpooï (Liverpool Dental Hospital and Liverpool Royal Injlrmary School of Medicine, Dental Department) nous avons calculé que, en deux ans d’études, cinq cent quatrevingt-quatorze heures environ devaient être consacrées aux cours théoriques et mille six cents heures à la dentisterie opératoire; il ne nousa pas été possible de déterminer d’une façon suffisamment précise le temps consacré aux travaux pratiques scientifiques (dissection, assistance à l’hôpital, etc.) et à la prothèse (i) ; en ce qui concerne ce dernier point le calcul présente au reste moins d’intérêt|en raison de l etude préalable de cette brancheavant l’admission à l’Ecole.

Il résulte de ces chiffres, sur lesquels nous aurons encore à revenir ultérieurement, que, à VÉcole dentaire de Paris, les cours théoriques sont, par rapport à la totalité de l’enseignement, dans la proportion de sept à trente-neuf, soit moins du cinquième, tandis que à VÉcole dentaire de Genèveces mêmes cours sont dans la proportion de vingt et un à quarantequatre, soit près de la moitié. Par contre, à VÉcole dentaire de Paris les cours de technique professionnelle sont, pour la totalité de l’enseignement, dans la proportion de trente à trente-neuf, soit environ les trois quarts de l’enseignement total et pour VÉcole dentaire de Genève dans celle de dixsept à quarante-quatre, soit seulement les deux cinquièmes de l’enseignement total.

Sans attacher une importance exagérée à ces chiffres, les proportions établies sont assez instructives comme on le voit (2).

(1) L’emploi du temps de cette école que nous avons entre les mains porte en effet comme ayant lieu tous les jours et aux mêmes heures : la prothèse, la dissection, la dentisterie opératoire, l’assistance à l’hôpital : il ne nous à donc pas été possible d’établir des chiffres sérieux.

(2; Voir Rov, Rapport sur l’Enseignement dentaire au congrès de 1900.

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