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CHAPITRE IV

L'Enseignement dentaire pendant la période pratique.

De ce qui précède, il résulte que les anciens connaissaient un certain nombre d’opérations de dentisterie et de prothèse dentaire, que ces opérations, pour la plupart, n’étaient point pratiquées par les médecins qui, en général, n’aimaient point à s’en occuper ou les ignoraient, qu’elles étaient réservées à des spécialistes, à des chirurgiens-dentistes dont l’existence est parfaitement constatée. Où ces chirurgiensdentistes puisaient-ils les connaissances nécessaires à l’exercice de leur art?

Il est évident que les divers procédés de la prothèse, dont quelques spécimens sont arrivés jusqu’à nous, se transmettaient par tradition et s’apprenaient par l’apprentissage, soit par transmission familiale, comme cela s’observe de toute antiquité, soit chez un maître comme pour la plupart des arts à cette époque. Il devait en être de même des diverses pratiques de la dentisterie opératoire. Le chirurgien-dentiste, dans ces temps primitifs, était un praticien s’occupant de toute la petite chirurgie qu’il apprenait probablement en aidant, en assistant le prêtre, médecin des temples de Sérapis en Égypte ou d’Asclépios en Grèce.

Quant aux notions d’anatomie, de pathologie et de thérapeutique qui lui étaient nécessaires, il les trouvait dans les leçons de médecins, dans les Asclepieia ou dans leurs ouvra-

ges, ceux cI’Hippocrate, par exemple, et de ses successeurs.

Nous avons pu voir que, chez les Romains, l’art dentaire a fait de réels progrès et a atteint son plus grand développement pendant la période impériale, et quoiqu’il subisse ensuite un temps d’arrêt à la chute de l’empire, cette période est très intéressante au point de vue de son histoire.

Nous avons vu qu’il existait à Rome des dentistes dont l’existence est authentiquement constatée, qu’ils y pratiquaient la dentisterie opératoire et la prothèse, considérablement augmentées d’importance sur celles des Grecs; pourtant, nous ne trouvons nulle trace d’un enseignement organisé.

Force nous est de faire les mêmes hypothèses que pour les dentistes grecs : apprentissage pour la prothèse et la dentisterie opératoire chez un maître dont l’élève est l’aide ; étude des notions scientifiques dans les ouvrages de médecine dont quelques-uns, comme ceux de Celse et de Galien, s’étendent davantage sur les maladies des dents et leur traitement.

L’enseignement dentaire n’existait pas davantage chez les Arabes. Donc, apprentissage comme chez les Romains pour les diverses pratiques de la dentisterie opératoire et de la prothèse, études pour les notions scientifiques dans les ouvrages des médecins ou des chirurgiens, comme Abclcasis, dont les ouvrages contiennent quelques chapitres sur les opé. rations dentaires.

A l’époque troublée du moyen âge, les hommes d’étude se sont réfugiés dans les couvents ; plus tard, des Universités sont créées, mais, pas plus dans les uns que dans les autres, l’étude de l’art dentaire n’a de place.

D’ailleurs, nous avons vu qu’il n’a guère progressé, bien au contraire, sauf chez les Arabes, et que les diverses pratiques de cet art, redescendu à l’état rudimentaire, se transmettent par tradition verbale jusqu’au jour où les écrits des

médecins et des chirurgiens, comme Guy de Chauliac, Jean de ViGO, viennent remettre en honneur, les travaux des anciens ou y ajouter des pratiques nouvelles.

L’enseignement au xvii® siècle ne s’est pas modifié pour le chirurgien-dentiste^ malgré les progrès considérables en prothèse et en chirurgie dentaires et quoique déjà aient paru des ouvrages spéciaux comme ceux de Jean Strobelberger. Aussin’avons-nous rien à ajoutera ce que nous avons déjà dit.

A cette période de renaissance de la chirurgie, le dentiste est un homme plus instruit, la dentisterie opératoire a fait des progrès importants, le dentiste pratique l’obturation et même l’aurification, la réimplantation et la transplantation ; la prothèse a progressé aussi : on connaît des procédés plus perfectionnés pour la fabrication des dentiers artificiels.

Les Facultés de médecine admettent les dentistes, avec les barbiers-chirurgiens et les chirurgiens, comme élèves, pour étudier l’anatomie et les diverses parties des sciences médicales qu’ils sont autorisés à pratiquer par les divers édits royaux.

Pourtant il n’y a pas de cours spéciaux de chirurgie dentaire, c’est l’apprentissage qui continue à être le seul procédé d’enseignement de la dentisterie opératoire et delà prothèse.

RÉSUMÉ

Nous venons de passer en revue, d’une manière un peu rapide, la situation du chirurgien-dentiste dans les diverses civilisations de l’antiquité,du moyen-âge et des temps modernes jusqu’au xviii® siècle, c’est-à-dire pendant 40 siècles, si nous comptons à partir du papyrus d’EsERS, et de 24 siècles, si nous comptons depuis Hérodote.

Par une reconstitution basée sur des hypothèses qui semblent justifiées et des déductions s’appuyant sur les travaux

des anciens, nous avons pu montrer que le chirurgien-dentiste a existé comme spécialiste dans tous les temps et dans toutes les civilisations, par suite de l’abandon que presque tous les médecins, de toutes les époques, lui avaient fait des diverses pratiques qui constituent l’art dentaire ; que sa fonction, d’abord simple, rudimentaire, s’était lentement augmentée, à mesure que progressait l’art dentaire, par les découvertes des praticiens et des savants, et le développement et les besoins des diverses civilisations. Limitées d’abord, au point de vue de la dentisterie et de la prothèse, à quelques opérations d’urgence,telles que le pansement des dents creuses et douloureuses, les baumes calmants formant obturation temporaire, le maintien des dents branlantes au moyen de fils d’or ou de soie, ou leur extraction et leur remplacement par des moyens primitifs, nous avons montré que ces diverses opérations s’étaient perfectionnées à travers les âges pour parvenir au point de développement et de progrès que la dentisterie avait atteint au début du xviii® siècle. Nous avons vu que, pendant cette longue période, purement pratique, le chirurgien-dentiste n’avait,pour tout enseignement, que la tradition verbale et le procédé empirique de l’apprentissage, pour l’étude de la prothèse dentaire et de la dentisterie opératoire.

Quant aux notions scientifiques qui lentements’élaboraient, il n’avait pu les puiser, les ouvrages techniques faisant défaut ou n’étant pas parvenus jusqu’à nous, que dans des ouvrages de médecine où elles ont toujours été très restreintes, très limitées, parce que l’art dentaire avait toujours été considéré, de tous temps, par les médecins, comme en dehors de la médecine proprement dite.

Enfin, malgré ces difficultés, tous les praticiens qui exercèrent l’art dentaire réussirent à l’amener au degré de développement auquel la dentisterie était parvenue au x\ui«siè- Godon 5

de, développement qui lui avait permis d’atteindre sa majorité sdentifîque, en donnant naissance à des ouvrages techniques complets, vraiment scientiliques, préparant ainsi la création de sociétés, d’écoles spéciales, dont nous n’avons trouvé nulle trace dans la première période et qui vont constituer la période véritablement scientifique que nous allons étudier maintenant.

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