III. — L'instruction profane
Mais celte instruction religieuse, presque ascétique, n'est point la seule qui soit dispensée dans l'Inde. Dans les villes et même dans les villages, il y a des écoles publiques et d*abord des écoles élémentaires, donnant la seule instruction que reçoive le vulgaire, quand il en reçoit, et qui ne va pas au delà de la lecture, de l'écriture, de l'arithmétique. Dans ces écoles, le maître n'a d'autre traitement que les rétributions payées par les écoliers et elles sont de mince valeur. On calcule que, dans le sud de Tlnde, les frais d'écolage ne dépassent pas, pour un élève, de 18 à 20 francs par an. Ailleurs, dans le Bengale, dans le Béhar, le maître est payé par les élèves en nature, en grains et en légumes. Environ un tiers des garçons recevraient cette instruction élémentaire (2). Aux filles on ne donne aucune instruction particulière ; on les dresse seulement à piler et à cuire le riz, à vaquer aux autres occupations domestiques. Seules, les courtisanes des pagodes apprennent à lire, à chanter et à danser. Pour une femme honnête, il serait même honteux de savoir lire (3). De leur coté, les Brahmanes se gardent bien de communiquer à leurs femmes leurs doctrines philosophiques; ils craignent ou qu'elles n'en fassent part à des profanes ou que, les prenant au sérieux, elles n'abandonnent leurs maris pour s'adonner à la vie ascétique (4).
Les écoles primaires ne sont guère destinées qu'aux
(1) Manou. Liv. viii. 209. 300.
(2) Dubois do Jancigny. Inde. 25i.
(3) Sonnerat. Voyage aux Indes, t. I. ch. IV. 81.
(4) Strabon. Liv. XV. ch. I. parag. 59.
CH. XIV. — l'éducation dans l'inde et la perse 395
classes pauvres. Les riches font élever leurs enfants dans leurs maisons par des précepteurs brahmaniques; car, seuls, les brahmanes possèdent quelque science ; aussi sont-ils les dispensateurs de Tinstruction supérieure. Cet enseignement relevé est ordinairement gratuit ; ce sont les professeurs eux-mêmes, qui, avec les libéralités volontaires des princes et des riches, entretiennent un certain nombre de disciples (i). Néanmoins quelques brahmanes enseignent à prix d'argent. C'est dans les temples fameux des grandes villes, que sont établies ces écoles supérieures; mais les études n'y sont ni régulières, ni systématisées; il n'existe aucun règlement, aucune discipline. Les étudiants apprennent, comme ils veulent et juste aussi longtemps que cela leur convient ; ils ne subissent pas d'examens et on ne leur confère aucun grade. Enfin, de leurs études ils ne peuvent tirer d'autres avantages qu'une certaine considération. Aussi les Brahmanes réellement instruits ont rarement puisé leur savoir dans les écoles publiques ; ils le doivent ordinairement à l'éducation privée, que leur ont fait donner leurs parents dans la famille. C'est ainsi, de génération en génération et en quelque sorte par hérédité, que, dans l'Inde, se transmettent les sciences (2). Mais de quelle nature et de quelle étendue sont ces sciences de l'Inde?