‹ L'évolution de l'éducation dans les diverses races humainesChapitre 121 sur 141 · III. — L'éducation secondaire · texte numérisé non relu

III. — L'éducation secondaire

Les Romains partageaient la durée de la vie en cinq

(1) Dézobry. Loc, cit. Lettre lxxxviii.

('Ij Duruy. Luc. cit. 104.

cil. XVII. — l'éducation a ROME 483

âges: la puérilie, radolescence, la jeunesse, la maturité et la vieillesse. La puéritie se terminait à seize ou dixsept ans. A cet âge, Téducation d'un fils de famille était achevée, à peu près comme l'est la nôtre au sortir du collège. Jusqu'alors l'adolescent avait porté la toge prétexte^ c'est-à-dire bordée de pourpre, comme celle des consuls, similitude destinée sans doute à assurer à Tenfant le respect public; à ce moment, il revêlait la toge virile ou toge pure, toute blanche. La remise de la toge se faisait soit par le père, soit par un proche parent délégué, en grande cérémonie et en présence de toute la famille et des amis. La bulla d'or renfermant une amulette, jusqu^alors portée au cou par l'enfant, était passée à celui des Lares et l'on s'en allait processionnellemcnt au Capitole et au Forum (1).

Après avoir pris la toge virile et être devenus citoyens, les jeunes gen« de bonne famille abordaient Téducation supérieure, sous la direction de maîtres spéciaux, d'orateurs, de jurisconsultes, de littérateurs, de géomètres, etc. Beaucoup de ces maîtres étaient des Grecs et même les familles les plus distinguées envoyaient leurs jeunes gens passer à Athènes quelques années pour y parfaire leur éducation, pour y acquérir, dit Cicéron, « la fleur de politesse et de savoir née sur un sol étranger » (2). Dans les grandes maisons patriciennes, les précepteurs, môme distingués, étaient souvent des esclaves et il n'était pas rare que leurs collègues libres fussent des affranchis. Auguste lui-même donna pour précepteur à son petit-fils un affranchi, nommé Verrius Flacus, qui se transporta avec toute son école dans la Maison palatine en s'engageant seulement à ne pas accepter de nouveaux élèves à l'avenir (3).

(1) D^zobry. Lettre lxviii.

(2) De oral. III. li. Epist. fnmil. XVI.

(3) Dézobry. Loc. cit. Lcltre iv.

Il n'était pas donné à tout le monde d'aller à Athènes; mais, après avoir pris la toge virile, beaucoup de jeunes Romains s'attachaient à des orateurs et les accompagnaient au Forum et aux tribunaux pour se donner une éducation politique et juridique (1). Car, à partir des derniers temps de la République, la connaissance de la langue grecque et celle du Droit formèrent le fond de toute éducation libérale (2). — Durant la période républicaine, cette éducation romaine fut surtout littéraire, à l'image de celle de la Grèce, qu'elle avait simplement copiée. Elle s'adressait seulement à la mémoire qu'elle meublait^ à l'esprit qu'elle aiguisait. Ce n'est certainement pas elle, qui a trempé le caractère romain; d'ailleurs, elle ne s'est organisée qu'après l'âge héroïque de Rome, alors que l'antique vigueur morale commençait déjà à s'amollir. Au reste et d'une manière générale, l'éducation de la volonté n'a que peu de rapports avec l'instruction intellectuelle. L'âme romaine des premiers âges s'était formée ailleurs qu'à l'école; elle résultait des conditions mêmes* au milieu desquelles la cité de Romulus s'était fondée et avait grandi, des luttes incessantes, des exemples frappants donnés aux enfants par les parents, de l'obligation imposée aux citoyens par la nécessité même de confondre leur intérêt particulier avec l'intérêt public, en résumé, d'être héroïques sous peine de périr avec la patrie. — Sans doute les légendes apprises aux enfants dans le milieu familial, les récompenses civiques décernées aux grands citoyens, etc. étaient propres à soutenir la force morale; elles n'auraient pas suffi à la former.

A Rome, la vigueur du corps n'était pas plus négligée que celle du caractère. Cependant il n'y avait pas, dans la Rome primitive, d'écoles de gymnastique. Les palestres

(1) Duruy. Loc. cit.

(2) Duruy. Loc. cit. 607.

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romaines se fondèrent tardivement et simplement à Timitation de celles de la Grèce, à qui Ton empruntait tout son système d'éducation, juste au moment où, malgré cette éducation plus savante, elle était incapable de lutter contre le Peuple-roi. Dans la Rome républicaine, ou le patriotisme farouche constituait la meilleure partie de la moralité, la gymnastique guerrière avait précédé Téducation scolaire. Dès Tenfance, les Romains étaient assouplis aux plus rudes exercices, qui s'exécutaient au Champ de Mars. On accoutumait les jeunes gens à faire et à supporter de longues marches, à sauter, à courir avec le lourd équipement militaire des légionnaires. Le poids des armes était même considéré, comme chose négligeable, les armes étaient réputées les « membres du soldat » (1). La natation était obligatoire, même pour les valets d'armée (2). Une fois les hommes enrôlés dans les légions, de nombreux exercices les rompaient au métier de soldat (3). Tout était donc combiné dans l'éducation romaine pour mettre un corps robuste au service d'une volonté forte.

L'éducation grecque, telle qu'elle s'implanta à Rome, n'avait plus rien de commun avec celle des premiers âges de la Grèce, surtout avec celle de Sparte. Ce dont se souciait surtout cette éducation, c'était de développer l'homme intellectuel et en se préoccupant assez peu de l'intérêt civique et patriotique ; aussi est-ce surtout après la ruine de la forme républicaine, au siècle dit d'Auguste, que se produisit particulièrement l'hellénisation de la jeunesse romaine, spécialement de la jeunesse aristocratique et riche, par l'éducation. Alors ce que l'on s'attacha spécialement à enseigner, ce fut la littérature et l'art oratoire, et même la première était principalement destinée à préparer à l'éloquence. Horace veut que le

(t) Cicéron. Tusculanes. H-16.

(2) Duruy. Italie ancienne. 279.

(3) Ch. Letourneau. La Guerre, elc. 448-449.

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poète façonne déjà la langue balbutiante de Tenfant et lui fournisse un vocabulaire choisi (1) ; il affirme aussi que la poésie le moralisera (2), mais il ne le démontre pas. Pour les enfants distingués, renseignement élémentaire comprenait en outre les poètes grecs, surtout Ilomcre, auquel on joignait Ménandre (3). Homère fraya la voie aux autres poètes grecs, à Hésiode, Théocrile, Pindare, Callimaque, etc. Ainsi, à Naples, le père de Stace faisait étudier tous ces auteurs à des enfants de famille sénatoriale (4). Sans doute Tétude des poètes latins marchait concurremment avec celle des poètes grecs ; mais ces poètes romains eux-mêmes n'étaient le plus souvent que des imitateurs de la littérature hellénique, particulièrement Virgile et Horace, qui tinrent longtemps la première place dans Téducation (3). Vers la fin du premier siècle de notre ère, une réaction se produisit en faveur des vieux poètes latins, contemporains des guerres puniques. Naevius, Ennius, Plaute, etc, devinrent à la mode (G) et supplantèrent les poètes dits modernes. On ne se bornait pas à lire les poètes pour se distraire, pour s'orner Tesprit; on en faisait l'objet d'une élude sérieuse et môme les maîtres s'efforçaient de former des poètes nouveaux à l'image des anciens (7). Or, par là ils appesantissaient de plus en plus, sur la littérature de leur pays, un joug, le joug hellénique, qu'elle n'a jamais essayé de secouer et dont, à son exemple, l'Europe latinisée n'a pas manqué plus tard de se charger avec empressement.

(1) Horace. Epilre. 1. v. 126-127.

(2) Tbid. V. 28-20.

(3) Friedlaeiuler. Mœurs romaines au temps d'Auguste, t. IV. 8.

(4) Staco. Silves. V. 3. 146-194.

(oj Friedlaender. Loc cit. 9.

(6) rifid. 12-13-17.

(7) Iljid. 18-19.

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