‹ L'évolution de l'éducation dans les diverses races humainesChapitre 123 sur 141 · V. — La philosophie · texte numérisé non relu

V. — La philosophie

De même que l'éloquence sérieuse et utile s'était atténuée en rhétorique, la philosophie, introduite à Rome par des Grecs seulement durant le VI« siècle après la fondation de la ville, dégénéra aussi très vite en sophistique, en une dialectique pleine d'arguties et de raisonnements subtils; or, ce fut particulièrement cette pseudo-philosophie, qui eut du succès dans la Ville éternelle (3). On allait assister aux cours du philosophe, comme au théâtre et pour la même raison: pour s'amuser (Sénèque). Ce que l'on appréciait surtout, c'était le jeu de l'orateur, le timbre de sa voix, le mouvement de sa physionomie, l'élégance de ses périodes, le mouvement et l'éclat de sa diction (4). Le professeur lui-même sentait et jouait» comme s'il avait été sur un théâtre. Bien plus les applau-

(1) Friedlaender. Loc. cit, 27.33.

(2) Friedlaender. Loc. cil. 4, — Duruy, etc. Loc. cit. 606.

(3) Duruy etc. Loc. cit. 608.

(4) Sénèque. Lettre cviii.

dissements, les éloges outrés lui étaient nécessaires. EpietMe, qui se moque spirituellement de ce travers, nous dit, que ces philosophes de parade marchaient en se tenant raides, comme s'ils avaient avalé un piquet. L'auditoire élait-il clairsemé? Ils s'en allaient tout mélancoliques. Avaient-ils au contraire récolté des applaudissements? ils se mettaient à quêter des éloges explicites: « Comment m'avez-vous trouvé »? — « Admirable, Seigneur, aussi vrai que je me porte bien !» — « Comment ai-je dit tel passage? » — « Lequel?» — « Celui où j'ai parlé de Pan et des nymphes. » — t Dans la perfection » (1). — Ces beaux parleurs étaient ordinairement de condition libre ; mais, dans les riches maisons, il y avait des philosophes domestiques, quoique n'étant pas de condition servile; des philosophes pris à gages par les grands. A ceux-ci Ton confiait l'éducation des enfants; on en faisait aussi des sortes de directeurs de conscience. Aux époques de proscription, c'étaient eux qui préparaient à la mort. Certains d'entre eux étaient dignement traités et considérés, comme des amis (2). D'autres, pris à gage uniquement pour la montre par des riches grossiers et vaniteux, devaient supporter mille petites avanies, que Lucien a plaisamment relevées dans une de ses satires: « Tu as une longue barbe, un extérieur respectable, un manteau grec décemment ajusté. Tout le monde te connaît pour un grammairien, un orateur, un philosophe. Pour cela précisément, ton patron croit honorable pour lui d'avoir un homme de ta sorte mêlé à ceux qui le précèdent ou lui font cortège : cela lui donne le bruit d'un amateur des sciences grecques »... « Il n'achète de toi que la barbe et le manteau ». Puis Lucien raconte les mésaventures d'un philosophe stoïcien ainsi gagé, qui, en voyage, devait

(1) Kpiotèle. Diss. 111. 23. — Diss. I. 21. (Friedlaender. 426-427).

(2) Friedlaender. /.oc. cit. 413-414.

CH. XVII. — l'éducation a ROME 491

s'asseoir auprès d'un mignon aux jambes effilées, même

porter avec sollicitude la chienne de sa maîtresse, intéressant animal qui allait bientôt mettre bas : « Vous m'obligerez infiniment, disait la maîtresse, en prenant soin •de cette charmante petite bête, qui fait toutes mes délices, etc. » [\).

Toute celle éducation décadente avait sur Tesprit romain plus d'un effet fâcheux. Chez certains, elle éveillait la vanité littéraire et ils as^^ommaient leurs amis, en recherchant leurs éloges, en faisant lire leurs productions dans les banquets (2). Chez la plupart des gens bien élevés, l'abus de la rhétorique habituait à se griser de phrases affectées, à viser sans cesse à l'effet, sans plus se soucier de la vérité (3), à remplacer la pensée par d'élégantes périodes, en somme, à énerver l'esprit et à abaisser le caractère.

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